LIÈGE

VIDÉO | «Pédé, casse-toi de ma rue ou je te tue»: voici le témoignage de Jo, victime d’une agression homophobe à Liège

Les agressions à caractère homophobe augmentent. Par peur ou par honte, les victimes n’osent pas déposer plainte. Encouragé après avoir partagé son expérience sur les réseaux sociaux, Jo Delannoy prend la parole: il a porté plainte et est bien décidé à ne plus laisser passer ces actes homophobes.

«J’ai eu de la chance dans mon malheur. Ce n’étaient que des paroles.» L’homophobie, un véritable fléau qui ne s’atténue pas. La ministre wallonne de l’Egalité des chances, Christie Morreale (PS), a pu s’en rendre compte en écoutant plusieurs témoignages au sein de la Maison Arc-en-Ciel de Liège qu’elle a visitée ce lundi, à l’approche du 17 mai, journée mondiale de lutte contre l’Homophobie et la Transphobie.

Jo Delannoy a subi une agression homophobe en traversant le quartier de Sainte-Marguerite. Il n’a pas honte d’en parler, encore moins de montrer son visage. Ce jour-là, il se baladait à pied, sans se rendre compte de la violence verbale dont il allait faire l’objet quelques instants plus tard. «En arrivant près d’un groupe de jeunes, ils commencent à m’insulter», se souvient-il. «Ca va de ‘‘Pédé’’ jusqu’à ‘‘Casse-toi de ma rue ou je te tue’’.»

Juste après cet incident, Jo ressent le besoin d’en parler, de témoigner. Il partage son expérience sur les réseaux sociaux. À sa grande surprise, il reçoit un nombre incalculable de messages de soutien, d’encouragements. Se sentant soutenu, il décide de se rendre au commissariat de police, pour y déposer plainte. «Et, malheureusement, j’ai alors compris pourquoi de nombreuses personnes sont réticentes à l’idée de s’y rendre», dit-il. «J’ai eu devant moi un policier maladroit. Lorsque je lui ai dit pour quelle raison je venais, il m’a répondu que l’homophobie ne figurait pas dans son logiciel. Et puis, le policier m’a demandé, à plusieurs reprises, si j’étais moi-même homosexuel, ce qui revient à demander à une fille qui a été agressée comment elle était habillée.»

Le jeune homme sait qu’on ne retrouvera sans doute jamais ses agresseurs. Il est néanmoins important d’en parler, insiste-t-il. «On ne doit pas banaliser les actes homophobes, on doit les dénoncer pour éviter qu’ils se reproduisent. Plein de gens se sont retrouvés dans mon témoignage et m’ont dit que celui-ci encouragerait les démarches, que j’avais eu raison de ne pas me taire.»

Il n’y a pas tant de plaintes au niveau de la police, puisque les victimes ont l’impression que cela ne va rien changer.

Injures, humiliations, rejet, harcèlement… Les actes homophobes signalés aux quatre coins du pays ont de quoi inquiéter, mais «il n’y a pas tant de plaintes au niveau de la police, puisque les victimes ont l’impression que cela ne va rien changer et n’osent donc pas déposer plainte», comme l’explique Tom Devroye, le coordinateur Arc-en-Ciel Wallonie. On recense entre 150 et 200 plaintes par an, mais «on sait qu’il y a des agressions et problèmes quotidiens qui ne sont pas recensés», que ce soit dans la rue, voire au niveau du logement ou de l’emploi. «Nous encourageons néanmoins les gens non seulement à déposer plainte auprès de la police, mais aussi à déposer un signalement auprès d’Unia, l’institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination et défend l’égalité des chances en Belgique, ou de l’IEFH, l’institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Avoir ces chiffres-là nous permet après d’avoir une meilleure représentation de la réalité.»

L’homophobie est plus violente aujourd’hui qu’il y a dix ou vingt ans.

«L’homophobie est plus violente aujourd’hui qu’il y a dix ou vingt ans», explique le président de la Fédération des Maisons Arc-en-Ciel, Cyrille Prestianni. «On a une société qui accumule pas mal de violences et nous, comme personnes minoritaires dans la société, on en fait les frais. Souvent, lorsqu’on souhaite aller déposer plainte, on ne se retrouve pas devant des policiers homophobes mais bien face à des personnes peu ou pas informées.»

Les agressions aux modes opératoires variés se rejoignent autour d’un constat: la difficulté pour les victimes d’en parler, mais aussi et surtout de prouver le caractère homophobe.

La Maison Arc-en-ciel, c’est quoi?

Les Maisons Arc-en-Ciel regroupent plusieurs associations. La page Facebook de cette fédération précise qu’«elle a pour objectifs principaux d’offrir à toute personne concernée directement ou indirectement par les questions et les identités de genre ou d’orientation sexuelle, un lieu d’échange des expériences, de convivialité, d’informations, de documentation, d’écoute et d’accueil».

Elle propose des moments de rencontres, d’échanges, de l’information, de l’écoute, des formations professionnelles liées aux thématiques de l’identité sexuelle et divers moments de permanence sociale.

VIDÉO | «Pédé, casse-toi de ma rue ou je te tue»: voici le témoignage de Jo, victime d’une agression homophobe à Liège
La ministre Christie Morreale a rencontré des victimes d’agressions homophobes. Eda Thomas LONGRIE


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