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Le Ligny 1815 Museum expose une chemise de Napoléon retrouvée à Waterloo

Retrouvée à Waterloo lors de sa défaite, la chemise de Napoléon 1er est prêtée au Ligny 1815 Museum dans le cadre du bicentenaire de sa mort.

Un objet si symbolique implique un dispositif exceptionnel. Le 1er régiment des chasseurs de la garde impériale de Ligny s’est mis en branle, mercredi, pour accueillir la chemise de Napoléon 1er, retrouvée par les Prussiens le soir du 18 juin 1815 lors de sa défaite à Waterloo, au Ligny 1815 Museum dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de la mort de l’Empereur. «C’est le butin de guerre des Prussiens, comment le directeur du Ligny 1815 Museum, Benoît Histace. Ils l’ont retrouvée dans une des voitures de voyage de Napoléon. C’était un trophée pour eux. C’est donc avec un grand bonheur que nous accueillons cette pièce unique. C’est aussi une reconnaissance pour notre musée.»

Pour ne pas oublier

Si cette chemise en toile de lin est aujourd’hui exposée à Ligny dans des conditions strictes (voir ci-contre), ce n’est évidemment pas un hasard. C’est à Ligny que Napoléon 1er a gagné sa dernière bataille face à l’armée prussienne. «Cet objet symbolique nous est prêté par le Musée royal de Mariemont (Morlanwelz), indique Benoît Histace. C’est notre manière de commémorer ce bicentenaire. Par cet objet, le musée veut relater le drame qui s’est déroulé dans notre village, à Ligny.»

Un combat de plus de six heures

En effet, si on retient la dernière victoire de l’Empereur, le village de Ligny a subi des pertes humaines ô combien importantes.

Cette bataille du 16 juin 1815 a dévasté le village. «C’est un vendredi. Il fait chaud et 150 000 hommes sont de part et d’autre du ruisseau de la Ligne sur 7 km de front. C’est un combat très violent qui dure plus de six heures. Chaque seconde, un homme tombe. Au-delà de ça, le village est rayé de la carte. Tout est incendié, les récoltes détruites. Les animaux et le bétail ont été réquisitionnés. »

La population est jetée dans un désarroi total. Il faudra plusieurs années pour reconstruire Ligny et retrouver un semblant de vie. «Nous avons évidemment à cœur de se souvenir de ce fait tragique, militaire. C’est un devoir de mémoire, de transmission de manière vivante d’où la présence d’un régiment de reconstitution, les chasseurs à pied de Ligny.»

Cette chemise aura le don de susciter la curiosité des visiteurs dans les prochains jours et ce jusqu’au mois d’octobre, moment où elle retournera au Musée royal de Mariemont. Un clin d’œil pour la commémoration de la mort du bicentenaire de la mort de Napoléon. «Qu’on aime ou non ce personnage, il a laissé un héritage civil et militaire», conclut le directeur du musée.

 

Une conservation sous haute protection

Cette chemise, retrouvée comme butin de guerre par les Prussiens à Waterloo, est âgée d’au moins 206 ans. Pour la conserver, tout un dispositif est mis en place. «La conservation des textiles est tributaire de deux éléments, commente Gilles Docquiez, conservateur d’histoire régionale et domaniale au Musée royal de Mariemont. Tout d’abord, l’invasion de nuisibles, d’insectes. Et puis l’humidité. Le textile, c’est un matériau organique qui réagit à l’humidité de l’air et ambiante. Ce n’est pas pour autant que l’objet doit être enfermé dans un caisson. L’air peut y circuler.»

L’ennemi: la lumière

Autre élément aussi, c’est la lumière. Ce n’est pas un hasard si la chemise de Napoléon se retrouve aujourd’hui à l’étage du musée, dans une pièce où la lumière du jour ne pénètre pas. «Ce type de textile, même s’il n’est pas teint, il peut changer d’aspect, de couleur. Il faut s’imaginer que la chemise avait un aspect plus blanc au départ mais, qu’avec les 200 ans d’écart, les différents types de conservation employés, elle a changé légèrement de couleur.» Elle était, selon les experts, d’un blanc éclatant. «On le sait car nous nous référons à d’autres textiles de l’Empereur.»

 

Deux preuves d’authenticité

Cette chemise de Napoléon n’a pas toujours été entre les mains d’un musée. «Elle a été acquise par un officier belge au XIXe siècle, explique Gilles Docquiez, conservateur d’histoire régionale et domaniale au Musée royal de Mariemont. Puis elle s’est retrouvée par héritage dans une famille de La Louvière. Et c’est cette famille qui en a fait don au Musée royal de Mariemont en 1963.»

Mais comment a-t-on pu certifier qu’elle appartenait à l’Empereur? Deux éléments le prouvent. «Il y a, en bas à gauche de la chemise, le chiffre impérial qui n’était apposé que sur les effets personnels de Napoléon 1er. Ensuite, dans la déroute, les berlines, ou voitures de voyage, de l’Empereur ont été abandonnées par les troupes françaises à hauteur de Genappe. Les Prussiens, qui étaient sur leurs talons, se sont divisés le butin. Pour attester la découverte de cette chemise, un capitaine prussien y a posé, en bas à droite, le sceau prussien en 1826. Cela signifie que ce capitaine était présent lorsqu’ils ont mis la main sur le butin et qu’il a prélevé cette chemise. En d’autres mots, il l’a authentifiée.»

Il existe aussi d’autres points de comparaison avec d’autres chemises qui ont appartenu à l’Empereur. «Certaines sont encore aujourd’hui vendues aux enchères et présentent les mêmes caractéristiques après analyses d’experts.»

Il reste une question

Il y a toutefois une question à laquelle personne ne peut répondre aujourd’hui: a-t-elle été portée par Napoléon? Impossible de le déterminer. «Était-ce du linge sale ou bien attendait-elle d’être portée par l’Empereur? En tout cas, il n’a pas eu le temps de se changer pour la porter après la bataille puisqu’ils ont tous pris leurs jambes à leur cou (rires).Le capitaine prussien qui a acté n’a pas dit dans quelle condition il l’avait trouvée. Si elle était pliée, en boule, chiffonnée.»

 

Vite Dit

Quinze ans plus tard

Ce n’est pas la première fois que la chemise de Napoléon 1er est exposée à Ligny. «Il y a une quinzaine d’années, nous l’avions déjà reçue, explique le directeur Benoît Histace. Et c’est toujours un plaisir, un réel honneur d’accueillir cette pièce unique dans notre musée.»

Un très bon mois d’avril

Beaucoup de visiteurs ont (re)découvert le Ligny 1815 Museum au mois d’avril. «Il est meilleur qu’en 2019. Nous avons travaillé sur le marketing, la communication et le parcours de visite. Celui-ci est adapté à notre public cible: les familles, les enfants, les connaisseurs. Nous voulons également développer, sur Ligny, des balades “champ de bataille”.»

 


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