MOUSCRON

À Mouscron, le restaurateur du Point G prête un espace au gérant des cafés le Don et Ferdinand

Le resto Point G dispose d’un vaste terrain. Pour la reprise, ce samedi, le patron a décidé d’en laisser un bout à un collègue cafetier…

En ce début de semaine, deux patrons de l’horeca nous attendent au restaurant Point G. Il y a bien sûr le maître des lieux, Geoffrey Greer, mais aussi Charles Coussement, gérant de deux cafés mouscronnois bien connus: le Donald’son et le Ferdinand. La réouverture de samedi, c’est sur le même terrain qu’ils la joueront. Interview croisée.

Sur la pancarte à l’entrée, on lit «Resto Point G» mais aussi «Bistro Point G by Don et Ferdi». Racontez-nous…

Charles Coussement: Ce n’était pas concevable pour moi d’ouvrir mes cafés: il n’y a pas de terrasse au Ferdinand et une toute petite au Donald’son. Malgré les efforts de la Ville pour soutenir le secteur, je ne voyais pas de solution. Et puis Geoffrey m’a appelé pour me proposer de monter un bar dans son hangar, qui est un espace ouvert, au fond de son terrain. Une aubaine et une chouette collaboration en perspective…

Geoffrey Greer: Cette décision s’est imposée naturellement, étant donné la configuration des lieux. Être solidaires les uns envers les autres, c’est essentiel!

Dans quel état d’esprit êtes-vous, quelques jours avant la réouverture?

G. G.: Dans un bon état d’esprit bien sûr! On est prêts à recevoir les foules, ce premier week-end! Les clients sont demandeurs, le téléphone sonne énormément. On va servir non-stop à partir du midi. Beaucoup de personnes réservent même une table de 12 h à 22 h! Il y a un défi à relever…

C.C: On est impatients et motivés! D’autant que l’on estime que sur le grand Mouscron, plus de 50% des cafés ne sauront pas rouvrir.

Comment avez-vous vécu cette année de pandémie?

G.G et CC.: On a essayé de prendre le bon côté des choses: cet arrêt forcé nous a enlevé le stress du boulot et de la gestion d’équipe, et nous a offert du temps pour la famille et pour nous-mêmes. Mais bien sûr, voir ces chaises sur les tables et les frigos à l’arrêt, cela faisait mal au cœur et on est heureux de reprendre notre activité.

Quel est l’impact des mesures sanitaires demandées sur votre capacité d’accueil?

G. G.: En tant normal, on a 110 couverts en intérieur et 180 avec la terrasse, quand il fait beau. Avec les conditions imposées pour cette reprise, on sera sur 120 couverts, grâce à l’extension de notre restaurant, que l’on peut ouvrir sur tout un côté, et à une tonnelle.

C.C.: On installera 15 à 20 tables de 4 personnes autour de nos deux bars mobiles installés dans des caravanes. C’est évidemment beaucoup moins que lorsque l’on peut accueillir les gens debout, dans nos établissements.

Reprenez-vous avec l’ensemble de votre personnel?

G.G.: J’ai de la chance, je récupère l’ensemble de mes salariés fixes. Chez moi, tous (4 personnes en salle et 4 en cuisine, auxquels s’ajoutent les étudiants) sont embauchés à temps plein et étaient au chômage économique ces derniers mois. Maintenant, le fait de devoir terminer à 22h et donc de travailler sur une amplitude horaire raccourcie complique la donne pour remplir leurs grilles horaires. On aimerait travailler une heure ou deux de plus, d’autant que cela nous permettrait aussi d’assurer deux services plutôt qu’un: ici, l’envoi en cuisine se fera sur 1h-1h30 au lieu de 3h. Ça sera encore un peu plus speed…

C.C.: Je reprends ce samedi avec le serveur principal du Don et son homologue du Ferdinand (NDLR: qui débarquent, plein d’enthousiasme, à la fin de notre entretien pour plancher sur la mise en place du bar et la communication autour de celui-ci). Pour le reste, dans les deux cafés, on travaille beaucoup avec des extras et des étudiants, que je rappellerai dès que possible. Tous devraient répondre présents sauf deux qui partent pour des raisons professionnelles, extérieures au Covid. L’horaire sera un grand changement pour nous aussi: d’ordinaire, le Don est ouvert toute la nuit, et on ferme le Ferdi vers 2, 3h, parfois 4h du matin… Ainsi, quand on va rouvrir en intérieur, il ne faudra pas nous demander de fermer à 22h: ce sera ingérable…

Allez-vous ouvrir tous les jours, après cette longue période d’inactivité?

G.G.: On travaillera chaque jour midi et soir, et en formule non-stop, à partir de midi, durant le week-end.

C.C.: Le bar, lui, ne sera pas ouvert tous les jours, je ne pense pas que cela serait pertinent, mais tout au moins du jeudi au dimanche.

Est-ce que le paramètre «météo» vous effraie?

G.G. Puisque le restaurant comporte une terrasse, nous sommes habitués à faire avec celui-ci! En tant «normal», je regarde de toute façon quotidiennement la météo: s’il y a un risque de pluie, je prends moins de couverts. Pour cette reprise, seule la terrasse n’est pas protégée. Mais sachant que s’il ne fait pas beau, une partie des clients ne viendra pas, cela devrait s’équilibrer naturellement. On verra bien. On a une clientèle assez cool, familiale: je pense que les gens sauront s’adapter.

C.C. Oui, dans l’horeca, on sait que le facteur météo est de toute façon central: le beau temps annonce une bonne journée, et inversement. On s’organisera…

Dernière question: pourquoi avoir choisi ce secteur d’activité intrinsèquement si exigeant?

G.G. : Ce n’était pas ma branche, je suis ingénieur de formation! Ici, c’était la maison familiale et quand mes parents ont déménagé, on s’est dit que c’était une bonne idée d’ouvrir un restaurant à cet endroit. De fait, ça l’était, si l’on en croit tous les bons moments vécus.

C.C.: Ce n’était pas mon choix premier non plus: j’avais opté pour des études d’ingénieur en école royale militaire. Quand la rémunération s’est arrêtée, il a fallu gagner un peu d’argent. J’ai commencé dans l’horeca, j’ai passé 10 ans à la Renaissance en tant que maître d’hôtel puis j’ai eu l’opportunité de reprendre le Don puis le Ferdi. J’ai sauté sur les occasions: je pense qu’au final, l’horeca, tu l’as dans la peau ou tu ne l’as pas…



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