TOURNAI

Le Tournai d’avant: 1935, Sarma le tentateur

La rue de la cathédrale ouverte, c’est la foire d’empoigne entre commerçants récalcitrants ou désireux de s’installer dans ce site attirant.

En 1860 apparaît à Bruxelles le Bon Marché, premier magasin avec entrée libre et prix affichés. Vont suivre au fil des ans ces noms prestigieux tels que Innovation, Grands Magasins de la Bourse..

Bien plus jeune car de 1928, voici le Sarma dont Tournai fait la connaissance en 1935. Mais avant cette chaîne de vente en masse à la rue devenue «Soil de Moriamé» en 1926, d’autres enseignes vont briller dans cette courte artère.

Nouveau, un Grand Magasin

La ville a bien la volonté d’intégrer la rue de la Cathédrale dans le tissu commercial. Elle n’attend d’ailleurs pas pour la paver par des grès de Lessines, y installer des trottoirs et aménager un terre-plein place des Acacias. L’entrepreneur Louis Dewaele en est l’adjudicataire.

Pas mal pour l’époque, douze candélabres assurent éclairage et sécurité à cette rue livrée à la circulation en décembre 1905.

C’est un voisin Albert Van Rolleghem, déjà propriétaire au 12 de la rue des Chapeliers qui se manifeste bientôt; vraisemblablement fait-il partie de ceux qui rachètent les terrains vacants à la ville.

Le Collège du 2 avril 1906 accède à sa demande de mars qui évoque la construction de bâtiments à l’angle des rues des Chapeliers et Cathédrale. En 1906, c’est chose faite, le style choisi par l’architecte Achilles Van Hoecke-Dessel est le néo-Renaissance. L’enseigne annonce fièrement «Grand Magasin de la Cathédrale». Trois ans plus tard, quatre autres bâtisses sont bâties sur les plans de. l’architecte Constant Sonneville, très actif à Tournai et au-delà.

Ses façades, toujours visibles, sont harmonieuses, leur horizontalité est marquée par des cordons de pierre, les pignons percés de fenêtres à meneaux et se terminent pour trois d’entre elles, en gradins. De plus, elles s’associent fort bien avec le premier-né. L’attrait local en est incontestable.

Et voici Sarma

Le 14 mai 1935, Albert Van Rolleghem, domicilié à Bruxelles, introduit une demande au Collège afin de transformer les N° 1 à 4 de la rue Soil de Moriamé (dénomination depuis le 28 mai 1926) et 13 et 15 de la rue des Chapeliers pour compte de la société Sarma, rue Sainte-Catherine à Bruxelles.

La Commission des Anciennes Façades obligera l’architecte à quelques modifications de ses plans, moyennant quoi le Collège donne son accord le 3 juin 1906.

Les commerçants locaux ne sont pas contents du tout, ils craignent que le géant à bas prix ne leur soutire leur clientèle. Ils font fait savoir, jusqu’à interpeller le Conseil. Peine perdue, Sarma installe ses multiples rayons au rez-de-chaussée, la confection au premier, le second étage servant de réserve, de bureaux; au-dessus des greniers.

En 1938, Sarma est en tête des grandes surfaces belges avec 17 succursales et trois cents millions de chiffre d’affaires..

C’est la grande époque de Sarma à Tournai, les chalands s’y pressent, attirés par les prix, la variété des produits et le plaisir de circuler tranquillement dans les rayons. Ils ont laissé leur vélo aux mains des Francis père et fils pour faire leurs courses à l’aise. Mais d’autres enseignes lorgnent vers la poule aux œufs d’or, d’autant que Tournai a compris ses intérêts, certes économiques mais aussi patrimoniaux.

En 1981, première restructuration sous la pression de la concurrence; le restaurant ouvert après guerre doit fermer. En 1987, Sarma est repris par INNO BM.

En 1997, le magasin est définitivement fermé, il occupait cinq employées et une gérante. Une page de plus s’est tournée, d’autres s’ouvrent, beaucoup d’autres…