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Au camping de «Là-Bas» à Aische, le béton c’est tabou

Au camping de «Là-Bas» à Aische, le béton c’est tabou

ÉdA – Florent Marot

Une vingtaine de zadistes squattent l’ex-camping de «Là-bas» à Aische-en-Refail. Ils s’opposent à un projet de 235 logements.

Il y a une semaine, seules les bernaches troublaient la quiétude des 18 hectares de parc, forêt et jardins de l’ex-camping d’Aische-en-Refail (Éghezée). Ce samedi, elles ont été les témoins privilégiés de l’installation illicite de nouveaux pensionnaires, venus de la région et d’ailleurs. Ceux-ci ont créé une zone à défendre (ZAD), c’est-à-dire le squat d’un terrain soumis à un projet immobilier en vue de l’empêcher de sortir du sol. En bordure des derniers vestiges et caravanes abandonnées du feu camping, ces zadistes ont donc posé leurs tentes, leurs réchauds et leurs idées. «Nous voulons vivre et rêver cet endroit, raconte Lucy, zadiste, comme s’il était libre de tout béton et destiné à le rester.» Les 18 hectares de verdure sont l’objet de desseins d’une ampleur considérable, avec 235 unités de logements prévues. Actuellement, une étude d’incidences est en cours pour en mesurer l’impact. Malgré l’ampleur du projet, le promoteur et propriétaire Vincent Riga défend une approche intégrée sur le plan urbanistique: conservation des arbres remarquables, rénovation du manoir, une crèche, une microbrasserie, un home, des sentiers et un parc publics. Une approche que les zadistes considèrent, eux, comme de la poudre aux yeux. «Nous avons le sentiment que ce sont des concessions pour faire passer un projet de bétonisation axé sur l’unique rentabilité et une logique néolibérale. Ce qu’on veut, c’est un changement de paradigme, sortir de cette logique de profit à tout prix» commente Lucy.

Une action en référé

La procédure légale est en cours pour expulser les zadistes. «Nous, on fait ça dans les règles» souligne Vincent Riga. Celui-ci compte faire valoir ses droits et le respect de sa propriété privée. Il a d’ailleurs introduit ce lundi matin une action en référé. Soit, dans les prochains jours, un huissier et la police viendront probablement expulser les squatteurs et occupants illégaux du terrain. «Si on nous dit simplement de partir, on n’obéira pas sagement. On s’attachera peut-être aux arbres, qui sait. Mais nous ne sommes pas là pour nous barricader et nous battre avec la police, on cherche le débat, pas la violence» continue Lucy. En réalité, les Jardins de Là-bas (nom du projet immobilier) sont une opportunité pour les zadistes de défendre une cause plus large, aux accents écologistes et politiquement bien à gauche. Ils comptent d’ailleurs organiser durant leur occupation des débats avec les Aischois sur l’accès au logement, la propriété privée et l’artificialisation des sols en Wallonie, entre autres. Et s’ils en ont le temps. «On sait que ce que l’on fait est illégal. Mais il faut parfois braver des interdits pour conquérir des droits. Si dans le futur, il y a de la sécheresse, l’absence de zone naturelle, des coulées de boue et des inondations, on se dira peut-être que ces écologistes qui squattaient des terrains à l’époque, ils n’avaient pas totalement tort.»

Et les riverains?

Les zadistes ne sont pas les seuls opposants aux Jardins de Là-bas. «Sauvons Aische Rural» est un collectif composé de riverains aischois créé en 2019 avec l’annonce de la construction potentielle de 235 logements dans leur village. «Nous n’avons rien à voir avec la ZAD. Nous, nous travaillons dans le cadre des lois et sur le fond du dossier avec juristes et architectes, précise d’emblée Cathy Leclercqz, porte-parole, nous sommes là pour informer les Aischois des réelles implications d’un projet immobilier d’une telle ampleur.»

À Aische-en-Refail, les toutes-boites sont à la mode. Après celui des zadistes pour informer de leur présence et leurs idées, «Sauvons Aische Rural» et le promoteur vont faire une tournée des boîtes aux lettres. «Nous avons prévu un toutes-boîtes pour faire le boulot de la commune, c’est-à-dire demander aux Aischois ce qu’ils en pensent. S’ils sont pour ou contre. La commune n’arrête pas de le présenter comme étant le projet des Aischois pour les Aischois. Mais on ne nous l’a jamais demandé en fait.» Le collectif a un avis, certes pas aussi rouge foncé que les zadistes, mais tout aussi cinglant sur les Jardins de Là-bas. Ils dénoncent des différences entre le discours du promoteur et la réalité du dossier. «Le parc public est moins grand qu’annoncé, les plans ne collent pas au discours du promoteur. Le home, la crèche, la rénovation du château sont là pour séduire et ne sont pas garantis. Ils sont considérés comme aléatoires, contrairement aux logements déjà planifiés dans le temps.»

«Sauvons Aische Rural» refuse d’être assimilé aux zadistes et à leurs méthodes. Mais ils semblent d’accord sur un point: l’ex-camping est plus beau sans le béton.

Et l’État de droit?

«Je ne m’attendais pas du tout à cette occupation sauvage, sur un projet comme celui-ci, commente Vincent Riga, promoteur j’ai le sentiment que ces gens n’ont pas du tout compris ce que l’on tente de mettre en place.»

Le promoteur se dit choqué par un tel déni de la loi. «C’est d’une violence inouïe, c’est complètement anarchiste, ils débarquent sans permission et disent qu’ils sont chez eux. On a la chance de vivre dans un État de droit pourtant, non?» Vincent Riga dénonce les fausses nouvelles propagées par les zadistes contre les Jardins du lac. «Parler de bétonisation n’a pas de sens. Il s’agit de 18 hectares, cela fait donc 14 unités à l’hectare, c’est encore moins que certains quartiers du village.» Vincent Riga a le sentiment que son projet et ses intentions sont cloués au pilori, sans l’ombre d’un dialogue.