BRUXELLES

Un événement test? «Avec l’événementiel bruxellois, sans masque, sans mentir sur l’ADN de la nuit»

Un événement test? «Avec l’événementiel bruxellois, sans masque, sans mentir sur l’ADN de la nuit»

Lea Brussels By Night Federation, qui représente le monde de la nuit bruxellois dans son côté culturel, se positionne comme candidat à un événement test en plein air qui servirait de base à l’organisation d’un été festif outdoor à Bruxelles et en Belgique. BELGA

Le monde de la nuit et de l’événementiel bruxellois est candidat à l’organisation d’un événement test en plein air. Il répond ainsi à la perche tendue par la Ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden après La Boum 2.

La porte s’entrouvre-t-elle? La Ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden invite en effet les organisateurs de La Boum 2 à «débattre» d’un potentiel événement test. Pourtant, l’élue CD&V était peu ou prou restée sourde aux appels des «organisateurs» de la «fête» qui a mis le feu au bois de La Cambre ce 1er mai, comme les autorités le sont à ceux du secteur de la nuit depuis le début de la crise. Les débordements de ce week-end ont semble-t-il amené un fléchissement dans la politique de Verlinden, qui s’en est ouverte à nos confrères néerlandophones de HLN. Pas question ceci dit de donner de faux espoirs: «Il n’y a pas de place pour les organisateurs, comme ceux de La Boum 1 et 2, qui agissent en dehors du cadre légal», prévient la Ministre.

Plus tôt dans la journée, les organisateurs de La Boum 2 n’ont pas attendu la main tendue pour appeler à une Boum 3: L’Abîme fixe d’ores et déjà rendez-vous aux fêtards, citoyens et activistes le 29 mai, au même endroit. Une demande en ce sens a été introduite à la Ville de Bruxelles. On se doute que les forces de l’ordre y seront aussi si Verlinden et L’Abîme n’accordent pas leurs violons. Ce qui est loin d’être garanti vu la cacophonie et le jeu de ping-pong auxquels ils se sont prêtés avant La Boum 2.

Dans un tel contexte, le monde de la nuit bruxellois ne reste pas sourd à l’appel d’Annelies Verlinden. La Brussels By Night Federation se dit même l’interlocuteur idéal pour organiser un premier événement festif outdoor. C’est ce que nous confie Lorenzo Serra, le porte-parole du secteur qui représente une trentaine de clubs bruxellois et quelque 200 «itinérants», collectifs d’artistes, labels et festivals.

Lorenzo Serra, pourquoi réagissez-vous aux annonces d’Annelies Verlinden?

Nous pensons que cette sortie politique est en quelque sorte une provocation, une perche tendue au monde de la nuit et de l’événementiel, qui doit la saisir. Ce qu’elle dit, c’est que les politiques sont prêts à autoriser un événement encadré par des professionnels. Pour apporter la meilleure réponse à la demande qui grandit et qui a une nouvelle fois montré son impatience à La Cambre. Je m’y attendais: maintenant, c’est une pression de fou qui pèse sur les décideurs. Et pourtant, le Belge est généralement assez calme.

Un événement test? «Avec l’événementiel bruxellois, sans masque, sans mentir sur l’ADN de la nuit»
Lorenzo Serra estime qu’il faut distinguer un test qui engage tout un secteur des manifestations citoyennes. Il ne souhaite pas que le culturel, l’événementiel et la nuit soient engagées dans un processus enclenché par des organisateurs tels que ceux de La Boum à La Cambre. ÉdA – Julien RENSONNET

Pourquoi la Brussels By Night Federation et le Listen Festival que vous organisez postulent-ils?

S’il y a un tel événement test, c’est aux professionnels de l’événementiel et du monde culturel de l’organiser. Il doit y avoir une frontière claire entre les manifestations qui revendiquent de manière légitime le respect de nos valeurs démocratiques et les événements tests qui engagent un secteur entier et qui auront des répercussions sur l’avenir de notre métier. Nous, depuis le début de notre festival, nous travaillons main dans la main avec l’ensemble du secteur. Notre action se veut collective. Nous avons les métiers, les curateurs, les salles, les artistes. Un tel événement test doit se monter en coordination avec toute la scène bruxelloise, y compris les décisionnaires Annelies Verlinden, Philippe Close et Rudi Vervoort.

Maintenant, c’est une pression de fou qui pèse sur les décideurs. Pourtant, le Belge est assez calme.

Quelle est votre idée?

Ce test ne peut pas mentir sur l’ADN de ce type d’événement festif: il réunit des personnes pour danser dans un même lieu, sans se leurrer sur le port du masque. Il faudra encadrer ce test d’observateurs issus du monde de la nuit, du monde politique, du monde de la santé. À eux l’expertise sanitaire, à nous l’expertise logistique et culturelle pour construire une affiche mettant en valeur les artistes de la Région bruxelloise. Les enseignements de ce test sécurisé ouvriraient la porte à des événements outdoor cet été à Bruxelles. Il s’agit aussi de respecter les aînés, la responsabilité collective, sans que l’événement soit pris en otage par des casseurs qui allument pétards et fumigènes près des jeunes qui veulent s’ambiancer autour d’un verre.

Vous ne partiriez pas de rien: la Brussels By Night Federation travaille sur des protocoles sanitaires pour relancer la nuit indoor…

Nous nous sommes lancés en septembre 2020, avant de tout laisser entre parenthèses au 2e confinement. On s’y est remis début avril 2021 et d’ici 10 jours, nous accoucherons de notre protocole.

Le protocole se base sur un dispensaire officiel où on organise un testing rapide: en cas de résultat négatif, on obtient un accès à l’événement sur tout un week-end.

Sur quelles bases travaillez-vous?

Nous sommes proches des protocoles mis en œuvre pour le test mené ce week-end du 1er mai à Liverpool. L’idée, c’est un testing rapide à l’entrée et une soirée sans masque. Notre méthode se base sur l’idée d’un dispensaire officiel où on organise un testing rapide: en cas de résultat négatif, la personne obtient un accès à l’événement sur tout un week-end.

Comment être certain de la fiabilité du test?

Ces tests rapides éliminent d’emblée tous les super-contaminateurs. C’est leur force. Le test sera aussi lié à une appli inviolable qui empêchera les faux ou les rachats de tests négatifs. En Angleterre, le système fonctionne via des accueils sur des zones assez immenses.

Le test sera aussi lié à une appli inviolable qui empêchera les faux ou les rachats de tests négatifs

Un événement sans masque donc: et sans jauge?

Il est trop tôt pour se prononcer: ça dépendra aussi du terrain, du lieu, du nombre de m2. Il faut d’abord en discuter avec les virologues.