NAMUR

324 tickets vendus au Caméo, à Namur: #stillstanding n’est pas une fiction mais une évasion

À côté d’une affiche du film «Effacer l’historique» remise au goût du jour, 324 personnes ont pris leur ticket pour assister à leur première séance depuis longtemps.ÉdA – Florent Marot

Pour son acte 5, les acteurs culturels ont prouvé, à Namur, leur détermination dans un secteur en manque criant d’oxygène.

Laurence Hottart, coordinatrice du Caméo Namur et présente au sein de l’équipe des Grignoux, avait annoncé la couleur. Le samedi 1er mai serait un jour d’exploitation «normal». Illégal? Oui, mais pas totalement irresponsable. À l’affiche des cinémas art et essai tant liégeois que namurois: 32 séances et un protocole sanitaire respecté au cordeau. Le tout sans scénario catastrophe avec amende à la clé. Résultat: 324 tickets vendus à Namur et un bonheur visible tant chez les spectateurs que dans l’équipe.

À l’heure où les premières séances sont en passe d’être terminées, le hall d’entrée du Caméo renoue avec le regard curieux, parfois inquiet des cinéphiles, souvent des habitués. Ils n’étaient jamais vraiment partis. «On a reçu de nombreux mails de soutien, souligne Laurence Hottart. On a essayé de garder le lien avec notre newsletter toutes les semaines.» Ce sont des fidèles, des cinéphiles condamnés à regarder en streaming ou sur des plateformes. «Là, on revoit des familles, des personnes de tous âges. Cela fait du bien.»

Pour la coordinatrice, le moment est intense: «je suis un peu nerveuse, à l’image de ce que je ressentais lorsqu’on a ouvert le Caméo, il y a un 5 ans (NDLR: à quelques jours près, la date anniversaire correspondait à celle du premier confinement). Nerveuse mais aussi euphorique.» Un sentiment d’autant plus compréhensible dans un secteur trop longtemps réduit au silence.

Il fallait un acte de résistance. Il a été posé en toute connaissance de cause. «La grosse crainte, c’était de devoir arrêter les séances. On savait dans quoi on s’engageait. Mais cela m’aurait fait mal au ventre de tout stopper.» Comme une manière de contrer le sort: le passage par la caisse de ces amoureux du 7e art, venus quelquefois très à l’avance pour retirer ce ticket, forme de sésame à la quasi-normalité.

Avant-premières

Journée de revendication, ce 1er mai du 7e art a tenu à soigner sa programmation avec quelques pépites trop vite éteintes mais aussi des avant-premières comme le 16e court-métrage de Pedro Almodovar (La voix humaine) ou encore Mandibules de Quentin Dupieux. Comme elle le précise dans ses communications, l’ASBL Les Grignoux n’oublie pas les autres acteurs culturels.

«On devait vraiment rouvrir, souligne Laurence Hottart. Les Grignoux est une ASBL solide et nous allons survivre à cette crise mais nous devons absolument rester solidaires avec le secteur

En venant au cinéma, les habitués mais aussi les personnes en demande de culture ont montré leurs attaches à ce qui constitue leur essentiel. Comme le confiait une spectatrice, «à la limite, je m’en fous d’être contrôlée. Le principal, c’est de pouvoir les soutenir.» Et ce 1er mai, ils étaient nombreux à être debout pour la culture.