POLITIQUE

Des Assises bruxelloises contre le racisme, «enfin»

Des Assises bruxelloises contre le racisme, «enfin»

Ben Hamou espère voir émerger «enfin», par-delà ce plan régional, un plan interfédéral de lutte contre le racisme et la discrimination raciale. Photo News

C’est une première à Bruxelles, mais aussi en Belgique: le Parlement bruxellois ouvre ses «Assises contre le racisme». Et il était temps.

Le parlement bruxellois a officiellement ouvert jeudi matin les premières «Assises contre le racisme», quarante ans après l’adoption de la loi Moureaux contre le racisme et 20 ans après la conférence mondiale de Durban contre ce phénomène de société.

Objectif des panels thématiques organisés d’ici mi-juillet dans les différentes compétences de la Région, et auxquels prendront part des représentants d’associations, des experts, des acteurs publics et privés: établir une photographie aussi précise que possible de la situation et des différentes facettes du phénomène dans une ville qui compte 184 nationalités. Les témoignages et échanges permettront d’élaborer des recommandations d’actions prioritaires à mener pour lutter plus efficacement contre la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’afrophobie, l’asiophobie et d’autres formes de racisme, et de jeter les bases d’un plan régional contre le racisme.

Selon le président du parlement bruxellois, Rachid Madrane, qui a ouvert les travaux jeudi matin, la commission de l’Égalité des Chances de l’assemblée bruxelloise rédigera ensuite une résolution qui intégrera ces recommandations.

«Enfin»

Cette résolution et les travaux menés dans les différents panels de discussion des prochaines semaines inspireront fort utilement le travail préparatoire du prochain Plan d’action régional de lutte contre le racisme que pilotera la secrétaire d’État à l’égalité des Chances Nawal Ben Hamou (PS), a souligné celle-ci dans son intervention jeudi matin.

Ben Hamou caresse plus largement l’espoir de voir émerger «enfin», par-delà ce plan régional, un plan interfédéral de lutte contre le racisme et la discrimination raciale dans le cadre de travaux au sein de la Conférence interministérielle de lutte contre le racisme.

Elle a également promis l’élaboration (en cours) d’un Code bruxellois de lutte contre les discriminations, rassemblant toutes les dispositions réglementaires existantes en la matière à Bruxelles, histoire d’en faciliter la compréhension.

Pionnier

Selon Rudi Vervoort, déjà précurseure en matière de tests de situation en matière d’emploi et de mesures de soutien aux plans de diversité dans les entreprises, la Région bruxelloise compte accompagner la mise en œuvre de l’ordonnance «testing», pionnière en Europe, de moyens d’inspection. À ses yeux, le modèle du guichet Actiris, qui permet aux citoyens de signaler une discrimination à l’embauche, devrait être étendu à des services privés.

La Déclaration de Politique Régionale du gouvernement bruxellois prévoit notamment la possibilité d’étendre l’obligation de déclaration aux services privés de l’emploi tels que les agences de travail intérimaire, les organismes de recrutement et de sélection entre autres..

La DPR prévoit également une révision de la législation existante sur les tests à l’aveugle permettant d’évaluer un risque ou une présomption de discrimination.

Des initiatives sont également prises dans le cadre de la Prévention et de la Sécurité face aux actes racistes dans l’espace public, dans la rue, mais aussi de plus en plus sur les réseaux sociaux.

Le profilage ethnique, la stigmatisation de certains quartiers populaires, l’absence de formation anti-raciste sont des problématiques auxquelles il convient d’apporter des réponses justes et ciblées

«Par ailleurs, le profilage ethnique, la stigmatisation de certains quartiers populaires, l’absence de formation anti-raciste sont des problématiques auxquelles il convient d’apporter des réponses justes et ciblées», a encore dit Rudi Vervoort. Le gouvernement régional a ainsi chargé Brusafe de renforcer la formation des acteurs de la chaîne de sécurité en ce qui concerne l’accueil des victimes de discriminations ou de violence, l’enregistrement d’office des plaintes par la police et l’amélioration de l’encodage et de la catégorisation des faits de discrimination.

Moins d’un quart de la population d’origine belge

La séance inaugurale des assises a permis de planter le décor plus largement: à Bruxelles, moins d’un quart de la population est d’origine belge (personne née belge de deux parents nés en Belgique). En Flandre et en Wallonie, c’est le cas de respectivement 70% et 60% de la population.

Le racisme y prend diverses formes, notamment dans les domaines du logement et de l’emploi où des initiatives légistiques ont été entreprises pour le freiner, ou encore dans les relations entre la police et les jeunes mais où il reste du travail, de l’aveu des intervenants de jeudi.

Au-delà des représentants du parlement et du gouvernement bruxellois, sont venus l’expliquer les représentants d’Unia; de la Coalition Napar Coalition NAPAR composée d’une soixantaine d’organisations belges plaidant pour un plan d’action interfédéral contre le racisme; de BruPartners -coupole des partenaires économiques et sociaux de la capitale –, de Comase management consultation; ainsi que Laura Westerveen, docteur en sciences politiques de la VUB.

Un point attire particulièrement l’attention en matière de racisme structurel: des formes parfois complexes de cumul de facteurs de discrimination, à l’image de la situation vécue par des mères d’origine étrangère sur le marché du travail.

Globalement, le centre interfédéral pour l’égalité des chances Unia dit avoir a répertorié, en 2019, 198 notifications en rapport avec des critères raciaux et 99 en rapport avec des convictions religieuses. Mais ces signalements sont largement inférieurs à la réalité du phénomène, si l’on en croit la secrétaire d’État bruxelloise à l’Égalité des chances.


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