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SCIENCES

À Fleurus, l’IRE développe un nouvel outil qui se passera d’uranium

À Fleurus, l’IRE développe un nouvel outil qui se passera d’uranium

À Fleurus, l’IRE développe un projet déterminant en matière de médecine nucléaire. -

L’Institut national des radioéléments, à Fleurus, développe une nouvelle technologie, plus durable, utile pour de nombreux diagnostics en médecine nucléaire.

Cela ne saute pas forcément aux yeux, lorsqu’on longe le bâtiment de l’Institut national des radioéléments, à Fleurus, mais le site est un leader en production de molybdène-99.

Ce radio-isotope est utile pour la fabrication de technétium-99, largement utilisé dans la médecine nucléaire. Il intervient dans 80% des diagnostics réalisés à l’aide de scintigraphies au niveau des os, du cœur, du cerveau, du foie, etc. Ces diagnostics concernent notamment le cancer, les maladies dégénératives, les infarctus ou les troubles respiratoires.

L’IRE mène actuellement un projet baptisé Smart, au stade de la recherche et du développement. Cette phase devrait se conclure fin 2022 et déboucher sur la construction d’une nouvelle usine de production de molybdène-99, sur le site de Fleurus. L’objectif est de lancer la production à l’aide de cette nouvelle technologie en 2028.

Aujourd’hui: de l’uranium

La méthode actuelle de production du molybdène-99 est possible au moyen de la fission d’uranium. Ce sont des cibles d’uranium-235 qui sont irradiées dans des réacteurs nucléaires, non pas de production électrique, mais bien dédiés à la recherche, à Mol, aux Pays-Bas et en République tchèque. Le rôle de l’IRE consiste alors à en extraire les radio-isotopes qui interviennent dans la médecine nucléaire, avant de les livrer à des firmes pharmaceutiques.

Mais la pérennisation de cette activité est amenée à rencontrer plusieurs obstacles: vieillissement des réacteurs de recherche, gestion des déchets radioactifs, position géopolitique de la Belgique pour la non-prolifération nucléaire (rendant l’accès à l’uranium plus difficile) et cadre réglementaire très strict autour de ces matières.

Demain: un accélérateur d’électrons

L’IRE a donc opté pour une nouvelle technologie pour sa production de molybdène-99, développant un projet de recherche qualifié d’unique au monde. L’institut élabore, en partenariat avec le fabricant néerlandais ASML, un accélérateur d’électrons.

Cet accélérateur permettra la production de molybdène-99 sans passer par l’étape de la fission nucléaire. En résumé, la technique consistera à irradier une cible, non pas d’uranium-235, mais de molybdène-100 à l’aide d’un faisceau d’électrons combinant haute énergie et courant élevé. C’est précisément cette combinaison, explique Veerle Van de Steen, responsable du projet Smart, qui rend cette technologie unique au monde.

Quels avantages?

Parmi les avantages que devrait apporter la nouvelle ligne de production, le prix du molybdène-99 issu du site de Fleurus devrait être 10% moins cher qu’actuellement.

Le nouveau processus permettra la production d’un molybdène-99 d’une plus grande pureté, dans une logique de sécurité d’approvisionnement, qui ne dépend pas de réacteurs nucléaires vieillissants. Occupant actuellement 230 personnes, l’IRE mise aussi sur ce projet pour maintenir, voire développer l’emploi.

Le fait de s’affranchir de l’uranium, ensuite, permet à la Belgique de faire un pas dans la dynamique de non-prolifération de matières nucléaires dans laquelle elle s’est engagée.

C’est loin d’être un détail: cette nouvelle technologie génère environ 100 fois moins de déchets que la technologie actuelle. Enfin, il s’agit aussi de rassurer l’opinion publique, sur le sujet sensible des matières radioactives. «Si un accélérateur d’électrons demande toujours un grand niveau de sûreté, celle-ci n’a rien de comparable avec les requis autour et dans les installations nucléaires. Smart utilise des cibles non radioactives, ce qui rend le procédé intrinsèquement sûr», indique l’IRE.

Des millions européens

Les investissements nécessaires à la mise en place du projet Smart sont conséquents. La phase de recherche et développement, de 2019 à 2023, implique des investissements à hauteur de 75 millions d’euros. Un subside de 52 millions du fédéral avait été octroyé en 2018. Dans le cadre du plan de relance européen, pour lequel la Belgique devrait hériter d’une manne de 5,9 milliards, le fédéral a décidé de dégager 20 millions pour ce projet.

La construction à proprement parler de la ligne de production s’élèvera à 256 millions, financés par l’IRE.


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