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EXCLUSIVITÉ

Rendez-vous au 109, des Soupirs pour retrouver… vos esprits?

Aimeriez-vous vivre dans une maison hantée? C’est le sort du jeune Elliott qui s’est installé au 109, rue des Soupirs. Découvrez, en exclusivité, quelques pages du tome 3 qui sortira le 19 mai.

Mr Tan, Antoine Dole de son vrai nom, est le scénariste de la série 109, rue des Soupirs. Auteur prolifique, il a entre autres, créé le personnage de Mortelle Adèle et la série Shaker Monster.

Mr Tan, vous êtes également l’auteur de «Mortelle Adèle» dont on connaît l’énergie et la fronde (elle ose tout). L’imaginer et la faire vivre durant ces années… vous a-t-elle changé?

J’ai longtemps cru qu’Adèle était mon opposée, un négatif de moi, mais elle était la métamorphose par laquelle je devais passer pour m’accomplir pleinement. En la faisant vivre, j’ai appris à m’affirmer à travers elle, à prendre confiance en moi, à interagir autrement avec les autres. Je l’ai créée à un moment de mon enfance où j’étais très seul, et victime de violences scolaires. Aujourd’hui, Adèle a rassemblé plusieurs millions de lecteurs autour de moi. Elle est pour moi la preuve que quand on touche à sa vérité, qu’on découvre qui l’on est, alors tout fait sens et s’aligne, c’est comme cela que l’on invente sa place dans ce monde.

Dans la série «109 rue des Soupirs», tout nous invite à penser que cela va être triste: sépia (couleur passée), ville peu chatoyante… Mais très vite, arrivent notamment les jeux de mots: 109 rue des Soupirs… Elliott serait-il ce sang neuf?

Elliott grandit dans une famille où les parents sont absents. Il découvre cette maison qui effraie tout le voisinage et y apporte sa bonne humeur, sa joie, son enfance, et rappelle aux fantômes qui y habitent les sensations et émotions qui les retiennent dans le monde des vivants. C’est ce qui va lier tous ces personnages: le désir d’être du côté de la vie, en étant là, les uns pour les autres, comme une vraie famille. C’est l’idée que, où que l’on aille, qui que l’on soit, quelle que soit notre histoire, il existe une famille qui nous attend quelque part.

Les fantômes existent, pensez-vous? Et si oui, comment?

J’imagine que nos vies sont traversées d’émotions si intenses, si fortes, qu’elles déforment forcément quelque chose du monde qui nous entoure. C’est ici que se logent les fantômes pour moi, dans les souvenirs qui vibrent encore si fort qu’ils se refusent à disparaître.

Pensez-vous, comme Walter, que nous passons notre temps à le perdre?

Je pense que beaucoup prennent la vie pour acquise, et qu’on est nombreux à passer trop peu de temps à se concentrer sur l’essentiel et sur ce qui nous rend vraiment heureux. Le temps perdu, c’est le temps que l’on ne passe pas à rire, à chanter, à aimer, à danser, à faire battre nos cœurs. Quand ma vie s’arrêtera, un jour, j’espère qu’elle sera portée par ce tourbillon d’émotions heureuses qui me donnera l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait pour la vivre.

Pour le dessin de cette série, avez-vous fait des suggestions à Yomgui Dumont? On sent fort qu’il connaît les techniques du dessin animé. Aurez-vous envie de voir cette série sur écran?

Yomgui et moi partageons cette sensibilité commune pour les univers gothiques, et notre rencontre autour de ce projet était une évidence. Quand nous avons commencé à parler de la série, nous avons très vite évoqué des références qui se rejoignaient, et l’univers qu’il a déployé a naturellement rejoint la vision que j’en avais au moment de l’écriture. Nous formons un duo qui fonctionne d’instinct, Yomgui est très à l’écoute et a beaucoup de talent pour s’emparer d’un texte. La finalité d’une animation sur petit écran est une autre étape, mon cœur appartient définitivement à l’objet précieux qu’est le livre. Mais je serais ravi de voir les fantômes du 109 vivre d’autres aventures, quelle que soit la forme de celles-ci.

La palette utilisée pour le second tome est plus claire. Est-ce que la couleur fera son apparition à un moment donné?

Ce n’est pas en projet pour le moment, mais qui sait… Il faudrait que ça ait du sens. C’est ce qui est important pour moi: que le texte, le dessin, la couleur, soient au service de quelque chose. Si la couleur devait apparaître dans un prochain tome, ce serait parce que le texte et le sujet l’appellent.

Dans le tome 2, la famille du 109 rue des Soupirs se précise. Elliott en est désormais un membre. Mais rencontrera-t-il d’autres enfants?

Il a déjà fort à faire avec les fantômes du 109, la série se déploie petit à petit, laissons-nous le temps d’explorer le reste de cet univers sur la durée. Il y a tant à raconter!

Quel est le titre du 3e album?

Fantômes d’extérieur! Car pour la première fois, les fantômes vont devoir quitter la maison et s’aventurer à travers la ville. Mais c’est pour une bonne raison! Chut, je n’en dis pas plus.

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