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La Mine, presque best-seller, surtout blagueur dans son nouvel album solo

Le confinement aidant, les écrivains en herbe ont vu des ailes pousser à leur plume. Dans son nouvel album, M. La Mine leur donne quelques conseils.

Actif sur les réseaux sociaux depuis quelques années avec ses blagues graphiques et relevées, Mathieu Minet agit sous l’identité (de moins en moins) secrète de M. La Mine. Avec nul autre pouvoir que son super-crayon et sa gymnastique intellectuelle (et pourtant populaire), ce conseiller pédagogique à la faculté de philosophie et lettres de l’UNamur aime jouer de décalages, de jeux de langues comme d’images pour solliciter les zygomatiques de ses lecteurs au gré de ses pensées.

Après avoir publié il y a deux ans son Encyclopédie non exhaustive des savoirs approximatifs dans la collection Pataquès chez l’éditeur de premier plan Delcourt, M. La Mine récidive avec un 2e album solo: Comment devenir un auteur à succès (ou, à défaut, un critique acerbe).

La Mine, presque best-seller, surtout blagueur dans son nouvel album solo
M. La Mine chez Delcourt

Sous ce titre à rallonges, balancé entre premier et millième degrés, le dessinateur philosophe creuse la veine pince-sans-rire qui l’a fait connaître. Il livre ainsi un manuel, semblant sorti d’une autre époque (celle des petits livres pratiques que publiait l’éditeur Marabout, par exemple) tout en se mêlant à une joyeuse autofiction: dans une réalité parallèle (qu’on lui souhaite, cela dit), M. La Mine est devenu un ténor, un best-seller, que s’arrachent libraires et émissions de télé pour le mettre en vitrine.

Au merveilleux pays des livres (que l’auteur ne se prive pas d’égratigner de manière détournée), il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, alors Mathieu Minet, plutôt que de s’auréoler d’une gloire toute relative, s’est décidé à dispenser quelques conseils à un loser qui se rêve Baudelaire ou Voltaire.

La Mine, presque best-seller, surtout blagueur dans son nouvel album solo
M. La Mine chez Delcourt

Poète maudit, romancier de gare ou de plage, tout est bon pour se faire un nom et une plume, se trouver une muse. Entre planches de BD racontant les élucubrations et expériences de son anti-héros, mais vrai rival, et les fiches techniques dans la composition desquelles il excelle, M. La Mine a même intercalé quelques fausses pubs et évocations historiques pour offrir un panorama complet, «footeu d’gins» à son habitude, du monde éditorial et des chances d’y percer.

La Mine, presque best-seller, surtout blagueur dans son nouvel album solo
M. La Mine chez Delcourt

Du sérieux au rire, du vrai au faux, il n’y a qu’un trait dont le natif de Rumes use avec dextérité et esprit, mettant son érudition au service du gag irrésistible et pas toujours politiquement correct.

La Mine, presque best-seller, surtout blagueur dans son nouvel album solo
M. La Mine chez Delcourt

Laminé, anonyme

S’il n’a pas encore vendu des millions d’exemplaires de ses albums, Mathieu Minet est de plus en plus suivi sur la page de son avatar sur les réseaux sociaux (près de 20 000 abonnés sur sa page Facebook)… quitte à devoir faire face à leurs déconvenues et vexations.

La Mine, presque best-seller, surtout blagueur dans son nouvel album solo
M. La Mine chez Delcourt

Ainsi, il n’est pas rare que des illustrations de sa main et de son cru soient reprises et repartagées par des pages et gros sites de divertissement, brassant large mais ôtant le crédit du dessin. Et privant son auteur, propriétaire intellectuel, de potentielles retombées.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours, une page inédite de son nouvel album a ainsi fuité, en mauvaise qualité de surcroît.

«Pour donner un ordre de grandeur, j’ai trois ou quatre dessins volés qui ont dépassé la centaine de milliers de partages sans que ça draine plus d’une centaine de personnes sur ma page…, explique M. La Mine sur son compte Facebook. Je sais que c’est “le jeu” – bienvenue sur Internet – mais avouez que c’est frustrant. Petits rappels: 1) les œuvres ne sont pas générées automatiquement par la magie des Internets électroniques. 2) La relative «gratuité» des réseaux sociaux n’autorise pas la violation de droits d’auteurs.» Pour une fois, La Mine ne plaisante pas avec ça. D’autant plus que l’un de ses affiliés note que: «Je crois que tu es un des auteurs les moins crédités que je connaisse.»

La Mine, presque best-seller, surtout blagueur dans son nouvel album solo
M. La Mine chez Delcourt

Cela dit, ça n’empêche pas le Wépionnais de rayonner. Il vient de s’engager sur un projet qui lui va comme un gant et a déjà fait ses preuves à l’international (Espagne, Italie, Corée du Sud, Indonésie): Philocomix. Aux côtés des Bruxellois Jérôme Vermer et Jean-Philippe Thivet, M. La Mine signera le troisième opus de cette saga de vulgarisation philosophique non départie d’humour.

Éditions Delcourt, Collection Pataquès, 112p., 15,50€.


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