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Seleção, Grêmio, Ronaldinho: le buteur du Standard Joao Klauss raconte son Brésil

Seleção, Grêmio, Ronaldinho: le buteur du Standard Joao Klauss raconte son Brésil

Depuis janvier, Klauss a déjà inscrit cinq buts au Standard et délivré cinq assists. Eda Eric Muller

João Klauss, le buteur du Standard nous raconte son histoire, son Brésil et son amour pour le club de Grêmio, dont il a porté les couleurs.

Arrivé à Liège en provenance d’Hoffenheim en janvier, João Klauss do Mello fait l’unanimité. Sur la pelouse, où il tire le Standard vers le haut et marque. Et dans le vestiaire, aussi. Le buteur brésilien de 24 ans, prêté jusqu’en juin 2022, évoque ses débuts belges, son amour du «futebol», de ce qu’il représente au «Brasil», et de Grêmio, son club de cœur.

João, est-ce que le Brésil est «o país do futebol», comme le dit l’expression?

Oui, c’est sûr. Tout le monde adore ce sport là-bas, les garçons y jouent tout le temps en rue, c’est 100% football. Certains supporters préfèrent acheter un ticket pour un match plutôt que de quoi manger.

 

À Grêmio, il était interdit de porter du rouge, la couleur d’Internacional

 

Vous avez des origines allemandes et italiennes, mais vous êtes né au Brésil. Où est votre cœur de supporter?

Seleção, Grêmio, Ronaldinho: le buteur du Standard Joao Klauss raconte son Brésil
La Seleçao, «un rêve» qui ne le hante pas. Eda Eric Muller
C’est un bon mix, non? (rires). La famille de mon père venait d’Allemagne. Son nom de famille est Clauhs, parce qu’à l’époque, certaines lettres comme le K n’étaient pas autorisées à la commune. Mes deux prénoms sont João Klauss, et «de Mello» est mon nom de famille. Tout le monde m’appelle Klauss, sauf ma femme et ma mère qui m’appellent João. J’ai toujours été supporter du Brésil et, au niveau des clubs, j’étais vraiment un fanatique de Grêmio (NDLR: club de la ville de Porto Alegre, deux fois champion national). Et pourtant j’ai été jouer chez le grand rival, Internacional (NDLR : autre grand club de Porto Alegre). Il y a une grande haine entre ces deux clubs, un peu comme entre le Standard et Anderlecht. Il est interdit de porter du bleu à l’Inter et du rouge à Grêmio, même sur vos chaussures, car c’est la couleur de l’autre club. Chez les jeunes, il y avait souvent des bagarres entre joueurs et les matchs étaient arrêtés. Quand j’étais à l’Internacional, j’ai été le premier de ma génération à marquer sur le terrain de Grêmio; c’était quelque chose. Le match entre ces deux équipes porte un nom: le «Grenal». Quand il a lieu, la police est en alerte, les supporters d’Internacional sont encadrés pour arriver au stade de Grêmio, etc. À 10 ans, j’ai été assister à ce match avec mon père, mais on est parti à la mi-temps, parce que les supporters se battaient et que ça m’avait effrayé. J’y suis retourné vers 16-17 ans. Grêmio, c’était l’équipe de Ronaldinho, de Douglas Costa et de beaucoup d’autres grands joueurs.

Vous aviez une idole?

Ronaldinho est un des plus grands joueurs de l’histoire, il avait des qualités naturelles. Mais bon, les supporters de Grêmio lui en veulent parce que lorsqu’il est rentré au Brésil, il devait revenir dans son club, puis il a finalement choisi Flamengo à la dernière minute. Enfin, j’ai toujours du respect pour lui. Jeune, je regardais Romario, Ronaldo, Ronaldinho, Rivaldo. Je n’avais que cinq ans, mais je me souviens de la finale 2002 gagnée contre l’Allemagne. C’est mon premier grand souvenir de supporter, parce qu’après, on était descendu dans la rue faire la fête.

 

 

Vous êtes né à Criciuma, une ville du Sud du pays, puis vous êtes parti à Porto Alegre, à 300 kilomètres de là. Était-ce pour le foot?

Oui, j’ai déménagé à 10 ans avec ma mère pour aller à Internacional. Mon père est resté à Criciuma, mais on se retrouvait le week-end. J’ai commencé très jeune à penser à une carrière dans le foot et à comprendre que si vous n’êtes pas bon, on vous mettra de côté. Qu’est-ce que j’aurais fait sans ça? Je ne sais pas. Le foot était ma première et dernière option. Notre famille n’était pas pauvre, on avait une bonne situation et j’ai pu aller dans de bonnes écoles, donc je n’avais pas cette pression d’absolument devoir réussir dans le foot. Mes parents m’ont dit : «Si tu veux être footballeur, on t’aidera, mais si tu ne veux plus, ce n’est pas grave.» Je suis très proche d’eux, on s’entend au téléphone tous les jours, parfois même plus d’une fois par jour. Mes parents, eux, venaient de familles pour qui s’était compliqué, donc ils ont dû commencer à travailler très jeune.

 

18 mois après m’avoir recalé, Grêmio m’a rappelé pour m’engager

 

Vous étiez supporter de Grêmio, donc. Et vous avez pu y signer à 15 ans. Un rêve?

Oui. C’est marrant, parce qu’après avoir quitté Internacional, j’ai passé un test à Grêmio, mais ils m’ont dit que je n’étais pas assez bon. Alors j’ai été à la Juventude (NDLR: à 100 km de Porto Alegre), mais après un an et demi, Grêmio m’a rappelé pour me dire qu’il me voulait. Vu ma passion et celle de mon père pour ce club, je ne pouvais pas refuser.

Vous avez gardé contact avec des anciens équipiers de Grêmio devenus célèbres?

Chez les jeunes j’ai joué avec Arthur Melo (NDLR: actuel international brésilien de la Juventus, passé aussi à Barcelone). Ce gars était incroyable. Depuis tout jeune, il est au-dessus des autres. J’ai aussi joué avec Everton de Benfica.

Vous n’avez jamais pu percer en équipe A. Est-ce un regret?

Ils ne comptaient pas vraiment sur moi, ce qui arrive en foot. Donc j’ai décidé de quitter le club. Mais ça reste un rêve, peut-être, un jour, de jouer pour Grêmio. Mon agent au Brésil, qui avait des contacts en Allemagne, m’a proposé Hoffenheim et j’ai pu y aller pour jouer en équipe B, dans une ligue régionale, parce que j’avais un passeport européen (italien).

 

Arriver seul en Allemagne à 19 ans, c’était dur. Je ne parlais pas anglais et je devais tout traduire avec mon téléphone

 

Passer du Brésil à l’Allemage, ça a dû vous changer beaucoup.

Quand on m’a proposé cela, j’ai directement dit «oui». Puis une fois en Allemagne (NDLR: il est arrivé en janvier 2017), je me suis rendu compte que ce n’était pas si facile. J’étais seul, j’avais 19 ans, je ne parlais ni allemand, ni anglais. Dès que je voulais demander quelque chose, je devais passer par un traducteur sur mon téléphone. J’ai rapidement appris à dire «Je ne parle pas allemand, désolé». Au club, il fallait qu’un équipier me traduise tout pour que je comprenne les consignes à l’entraînement. La première année était vraiment dure. Quand j’ai été prêté en Finlande, j’ai décidé d’apprendre l’anglais. Les choses sont différentes, aujourd’hui et j’ai plus d’expérience.

Qu’est-ce qui vous manque du Brésil, à part votre famille?

Le beau temps, certains endroits, comme la plage, et la nourriture. Je n’ai pas encore pu goûter la cuisine d’ici, ce qui est un regret, ni visiter. Je n’ai pas pu goûter vos bières, non plus, dont tout le monde me parle. J’espère en boire une dimanche soir, après la finale.

 

 

Avec Arthur Melo (tout à droite), à l’époque de Grêmio.