SCHAERBEEK

À Schaerbeek, la brasserie La Mule veut vous faire picoler à l’allemande: «Si les Polonais en boivent après le chantier, j’aurai réussi ma vie»

À Schaerbeek, la brasserie La Mule veut vous faire picoler à l’allemande: «Si les Polonais en boivent après le chantier, j’aurai réussi ma vie»

Le brasseur Joël Galy a fondé La Mule à Schaerbeek. Il espère populariser des styles de bières dites «de soif», à l’allemande. Comme sa «hefe weisse» tout juste sortie des cuves des Écuries van de Tram. ÉdA – Julien RENSONNET

La Mule ravive la mousse des brasseries populaires de quartier à Schaerbeek. Avec ses bières de soif légères, Joël Galy importe à Bruxelles la tendance des biergarten allemands. On a goûté sa première pinte dans la cour des Écuries van de Tram.

Le bouche-à-oreille a filé plus vite qu’un tram 89 à Schaerbeek: la colle des étiquettes n’est pas encore sèche sur les canettes que les riverains défilent aux Écuries van de Tram pour y goûter les premières goulées de la brasserie de La Mule. Joël Galy, le taulier, doit refréner les ardeurs: il veut garder quelques pintes sous le coude pour le marché bio du lendemain. En deux jours à peine, il a écoulé son premier brassin en entier ou presque. «J’ai vendu 90 bacs!» Outre le take away à la brasserie, ses canettes exposent leurs étiquettes d’inspiration années 50 dans les beer shops amis. Mais pas de panique: «on a de la bière, la lager est prête, ça va rouler».

En attendant de décapsuler une Mule pour l’apéro de ce vendredi, Joël revient sur son parcours, explique comment il s’est lancé en plein covid, dévoile sa passion pour les basses fermentations allemandes, avoue son amour à Schaerbeek et cause… coiffure!

 

1Des bières d’inspiration… allemande

 

La première bière sortie des cuves de La Mule, c’est une «hefe weisse». En gros, une blanche à la bavaroise, bière de froment donc, à fermentation haute et non filtrée. D’où cette robe très trouble, dont Joël Galy n’est pas peu fier. Et sans épice, au contraire des blanches belges.

À Schaerbeek, la brasserie La Mule veut vous faire picoler à l’allemande: «Si les Polonais en boivent après le chantier, j’aurai réussi ma vie»
Sur l’étiquette: «naturtrub». Selon Joël Galy, les brasseries allemandes indiquent cette mention sur leurs produits pour assurer leurs clients que la bière est «naturellement trouble». ÉdA – Julien RENSONNET

«C’est un de mes styles préférés», révèle le maître-brasseur. Qui explique que son amour des styles allemands vient aussi de la désinvolture avec laquelle on les descend dans les bars et biergarten chez nos voisins. «Peu de Belges visitent Cologne, Düsseldorf, Munich. Là-bas, quand on entre dans un bar, pas besoin de demander: on t’apporte une bière. Et dès que c’est vide, on remplit. Tu dois mettre un carton dessus pour les arrêter. J’adore ça». Les Bruxellois pourront y goûter quand La Mule disposera de son bar et de sa terrasse, en cours d’aménagement. «On espère ouvrir mi-juin».

Dans ses cuves se prépare aussi une lager, une basse fermentation «un peu comme une pils de chez nous». Mais qui patiente plus longtemps que nos étiquettes industrielles noir-jaune-rouge. «Elle aura un vrai bon goût de malt». Aussi en projet: une «helles», autre cousine de notre pils, «avec un côté plus péchu». Et puis une saison, hennuyère celle-là, qui changera de recette en fonction des brassins. «Une autre bière de soif, vraiment mon style».

Joël Galy ne sacrifie donc pas à la tendance des bières très houblonnées à l’anglo-saxonne, les IPA et consœurs. «Mes potes de L’Ermitage ou de La Source font ça très bien. Je ne veux pas leur voler des clients. Pour les styles allemands, il y a un créneau à prendre à Bruxelles. Et puis je veux faire des bières acceptables pour tout le monde, qu’on boit entre pote, pas qu’on déguste en la humant 20 minutes dans son verre. Dans le monde de la bière, on croit que tout le monde boit des IPA, mais c’est faux: les Belges boivent de la Jupiler et de la Maes. Si les Polonais boivent mes canettes en sortant du chantier, j’aurai réussi ma vie». Et les Allemands? «Plein d’expats de Bruxelles sont déjà passés!»

 

2Une brasserie bien schaerbeekoise

 

Le lien le plus évident entre la nouvelle brasserie et sa commune d’adoption, c’est évidemment son nom. «L’âne, c’est le symbole de la Schaerbeek maraîchère, quand les paysans conduisaient leur production à la Ville. Et puis, nous sommes installés aux Écuries van de Tram, qui hébergeaient les chevaux tirant les véhicules hippomobiles. Or, un cheval et un âne, ça donne une mule», décrypte le brasseur. «Et puis, j’arbore une belle coupe mulet depuis 12 ans!»

À Schaerbeek, la brasserie La Mule veut vous faire picoler à l’allemande: «Si les Polonais en boivent après le chantier, j’aurai réussi ma vie»
Joël Galy arbore une belle coupe mulet dont il est très fier. Il lui fait un clin d’œil dans le nom de sa brasserie. Mais La Mule fait surtout référence à Schaerbeek, «la Cité des Ânes». EdA - Julien RENSONNET

Il y a plusieurs décennies que Schaerbeek n’avait plus accueilli de brasserie sur son sol. La dernière en date, c’est la brasserie Roelants, qui perdure jusqu’en 1962. Mais la commune garde un autre lien fort avec l’histoire brassicole grâce à sa fameuse cerise, longtemps utilisée dans la kriek mais devenue rare aujourd’hui. Joël Galy aimerait remettre son acidité au goût du jour dans un lambic maison: «La cerise de Schaerbeek, elle est immangeable. C’est juste bon pour les pigeons. Mon rêve, c’est d’en récolter chez les habitants et de brasser une kriek avec».

 

3Une brasserie née du coronavirus

 

Passé 6 ans à la Brasserie de la Senne où il s’occupait de certaines recettes, puis 1 an chez Cantillon, Joël Galy ne chausse pas ses premières bottes au pied des cuves. Le Franco-Suédois, qui a «toujours habité Bruxelles», a appris à brasser «à la maison, avec ma maman, qui l’a toujours fait».

En mai 2020, ce fan de l’Union devait partir au Mexique où un poste l’attendait dans une grosse brasserie. Mais évidemment, le covid-19 passe par là. «L’occasion se présente de s’installer aux Écuries van de Tram et, avec mon associé Jean-Yves, on la saisit».

À Schaerbeek, la brasserie La Mule veut vous faire picoler à l’allemande: «Si les Polonais en boivent après le chantier, j’aurai réussi ma vie»
Joël Galy arbore une belle coupe mulet qu’il rappelle dans le nom de sa brasserie. Mais La Mule fait aussi un clin d’œil à Schaerbeek, «la Cité des Ânes». ÉdA – Julien RENSONNET

250.000€ d’investissement permettent de s’équiper. «J’ai mis des sous de ma poche, j’ai eu des soutiens privés. La banque m’a prêté 100.000€». Étonnant, en pleine crise. «Je coche toutes les cases de la nouvelle politique commerciale: écolo, bio, social, remettant l’industrie en ville. Et les banques savent qu’il faut investir quand ça craint». Le professionnalisme de l’homme à la coupe mulet convainc aussi très vite. «Mon passé brassicole m’a beaucoup aidé».

Pour l’immédiat, Joël est confiant. «Les ventes à vélo marchent bien pour les collègues. Et entre les deux confinements, les Bruxellois ont relocalisé leurs sorties dans leur quartier. Peut-être au détriment du centre. C’est un bon côté de la crise: je n’ai pas à m’en plaindre».

Certifiée bio, La Mule vend «à moins de 40€ le bac». L’ambition est de rester «abordable», et pas de monter comme certain «à 6 ou 7€ la canette». La capacité de la brasserie devrait atteindre 1000 hectolitres, «soit 250 bacs par semaine».

 

4Une bière en canette

 

À Schaerbeek, la brasserie La Mule veut vous faire picoler à l’allemande: «Si les Polonais en boivent après le chantier, j’aurai réussi ma vie»
La canette: un contenant moins envahissant et plus écolo que la bouteille. ÉdA – Julien RENSONNET

Ça ne vous aura pas échappé: la hefe weisse de La Mule se loge en canette. «C’est le côté graphique du contenant qui m’a d’abord convaincu: on peut davantage s’y exprimer». Le design est signé Ammo, qui crée aussi des étiquettes pour les confrères de De Ranke, Cantillon, No Science ou La Senne. Joël Galy: «On cherchait ce côté vintage, le look “pot de gomina de 1950”, les vieilles étiquettes de bières, avec des couleurs qui tabassent». Et un clin d’œil à peine voilé à l’Art Nouveau bruxellois.

Autre avantage de la canette: elle prend moins de place. «Deux fois moins que la bouteille», mesure le patron. «Ça vaut aussi dans le camion où elle est plus légère, ce qui a un impact écologique. Elle est 100% recyclable et on recycle beaucoup en Belgique. Il faut enfin savoir que le poste le plus énergivore des brasseries industrielles, c’est le lavage chimique des bouteilles consignées».

À Schaerbeek, la brasserie La Mule veut vous faire picoler à l’allemande: «Si les Polonais en boivent après le chantier, j’aurai réussi ma vie»
Le design de La Mule, créé par l’artiste Ammo, se réfère aux années 50, au steampunk, mais aussi à l’Art Nouveau bruxellois. ÉdA – Julien RENSONNET


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