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ÉCONOMIE

Les huissiers débarquent chez les indépendants

Les huissiers débarquent chez les indépendants

Depuis quelques jours, de plus en plus d’indépendants voient arriver les huissiers. Andrey Popov - stock.adobe.com

Les saisies et ventes publiques se multiplient chez les indépendants. Sur le terrain, la tension est palpable.

De plus en plus d’indépendants en détresse financière voient désormais débarquer les huissiers de justice. Les saisies et ventes publiques se multiplient de manière importante en Wallonie, et ce depuis une dizaine de jours. C’est du moins le constat de plusieurs observateurs de terrain. Des saisies qui ne sont pas le fait de l’État, mais bien de créanciers privés.

«Beaucoup d’entreprises sont en grande difficulté, et proches de la faillite. Ça, les créanciers privés l’ont bien remarqué. Le problème pour eux, c’est que quand une entreprise tombe en faillite, c’est l’État qui est le premier créancier et qui va donc récupérer les lois sociales, la TVA, etc., explique Vincent Maillen, fondateur du groupe Facebook Indépendant, qui compte 47000 membres. Les créanciers privés risquent donc de se retrouver sans rien du tout! C’est pour cela qu’ils sont en train d’envoyer les huissiers maintenant, pour récupérer leur dû.»

Une spirale infernale puisque l’indépendant, déjà en situation précaire, se retrouve alors avec de nouveaux frais sur le dos. «Et c’est parfois ce recours aux huissiers qui va faire plonger l’entreprise.»

Cet état des lieux dramatique, Vincent Maillen n’est pas le seul à le relayer. Il est d’ailleurs confirmé par l’Union des classes moyennes. «Le moratoire sur les faillites a été levé le 31 janvier, donc les huissiers de justice ont pu recommencer leur travail, avance Clarisse Ramakers, directrice du service d’études de l’UCM. Cela dit, il n’y a pas eu de mission confiée par l’État, c’est-à-dire par l’administration fiscale et sociale. Par contre, entre entreprises, c’est une réalité. Les entreprises essaient de refaire leur trésorerie donc s’il y a des créances qui restent en souffrance, elles vont vouloir avoir un remboursement de ces créances.»

Sans négociation

Sur le terrain, il nous revient que les huissiers de justice sont, par ailleurs, assez peu enclins à négocier, pressés par leurs créanciers. «Je pense notamment au cas d’une dame, seule avec trois enfants, qui a vu débarquer les huissiers, témoigne une source proche des services d’urgence sociale. C’est une personne qui n’a jamais eu de problème, dont la société tournait bien, avec un beau projet. Mais étant donné que tout est à l’arrêt et que le droit passerelle ne suffit pas à payer toutes ses charges, c’est compliqué. L’huissier de justice lui réclamait 700 euros à payer dans les huit jours, alors qu’elle n’avait déjà plus de ressources!»

Et avec des entreprises en personne physique, le risque est clairement de voir ses biens personnels saisis. «Dans le cas de cette dame par exemple, c’est sa maison qui est en jeu.»

«Des répercussions dans la sphère familiale»

Les appels à l’aide des indépendants se multiplient, et la pression augmente. Afin de limiter les frais, beaucoup d’indépendants ont cherché des locations moins coûteuses pour poursuivre leur activité professionnelle. Mais face à ces secteurs à risques, les propriétaires refusent souvent de louer leurs biens.

Difficile, dans ces circonstances, de voir le bout du tunnel. «La détresse psychologique face à ces saisies est immense. Et c’est le sentiment de honte qui prédomine. Les indépendants ont beaucoup de mal à demander de l’aide. Et puis, les répercussions familiales ne sont pas à négliger, poursuit notre source. Je pense à l’histoire d’une dame, dont l’ado de 17 ans voulait casser la figure de l’huissier de justice, parce qu’il trouvait la situation injuste! En plus d’être confrontée à l’huissier, elle a donc dû calmer son enfant. L’anxiété que ces personnes vivent dans leur milieu familial est vraiment très interpellante.»

 

Le recours au CPAS ? «Une vraie barrière»

Les frais d’huissier viennent donc encore plomber les finances des indépendants, déjà sous pression. «Ce qu’il faut par ailleurs souligner, c’est que les indépendants sont souvent assez mal informés des possibilités de médiation de dette, pointe Vincent Maillen. Ils n’en parlent pas. Pourtant, les CPAS peuvent recevoir les indépendants en difficulté et les aider à gérer leurs dettes. Contrairement aux idées reçues, on ne va pas forcément au CPAS pour recevoir de l’argent, on y va aussi pour recevoir une aide administrative, juridique, etc. Mais les indépendants n’en sont pas nécessairement conscients. Et puis, il y a toujours cette barrière terrible, pour eux, de franchir la porte d’un CPAS. Cela reste néanmoins une possibilité.»