CORONAVIRUS

VIDÉO | Pour Philippe Devos, si la vaccination reste «l’atout majeur», il faut désormais «s’orienter vers quelque chose de plus agile»

VIDÉO | Pour Philippe Devos, si la vaccination reste «l’atout majeur», il faut désormais «s’orienter vers quelque chose de plus agile»

Le docteur Philippe Devos était l’invité ce jeudi matin de «Il faut qu’on parle» © Jacques Duchateau

Médecin en unité de soins intensifs et acteur en première ligne de la crise sanitaire depuis bientôt un an et demi, le docteur Philippe Devos appelle les membres du comité de concertation à changer leur fusil d’épaule et s’ouvrir à d’autres stratégies que de toujours prôner exclusivement la vaccination.

Le docteur Philippe Devos, chef adjoint du service des soins intensifs au CHC MontLégia de Liège et figure médiatique de la crise, était l’invité ce jeudi matin de la matinale « Il faut qu’on parle», l’émission de DH Radio présentée par Maxime Binet diffusée en direct sur notre page Facebook (voir la vidéo ci-dessous).

Interrogé sur la situation de son service et plus généralement celle des hôpitaux belges, celui qui est également le président du syndicat des médecins (Absym) appelle les autorités à ne plus miser tous leurs espoirs sur la campagne de vaccination.

Un personnel hospitalier au bord de la rupture

Pour faire face à la troisième vague, les hopîtaux sont entrés en phase 2A. Cela signifie que la capacité en unités de soins intensifs a été augmentée d’environ 300 lits sur l’ensemble des hôpitaux belges. Mais le personnel, lui, n’a pas été augmenté. Et certaines unités du pays sont aujourd’hui sous pression.

«La difficulté, c’est d’ouvrir des lits supplémentaires, comme on a dû le faire en novembre, a ainsi confirmé Philippe Devos au micro de Maxime Binet. Ouvrir 1 000 lits supplémentaires pour l’ensemble de la Belgique, c’est-à-dire 50% de plus, avec du personnel qui finit par s’épuiser physiquement et moralement ou bien qui est absent, ça devient de plus en plus difficile.»

Risque doublé de burn-out

Maxime Binet revenait ainsi sur la récente étude ayant dévoilé que le burn-out touchait ou menaçait aujourd’hui «68% du personnel infirmer», soit deux fois plus que les chiffres d’avant le début de la crise.

VIDÉO | Pour Philippe Devos, si la vaccination reste «l’atout majeur», il faut désormais «s’orienter vers quelque chose de plus agile»
Yannick Hansenne rappelle que le personnel infirmier souffre lui aussi du confinement. EdA - Thomas Longrie
Infirmier-chef de l’une des unités de soins intensifs du CHC dédiée aux patients Covid, Yannick Hansenne confirme: «On a des personnes qui se plaignent aujourd’hui de ne plus savoir faire leur travail comme elles l’auraient envie. Elles sont fatiguées, fatiguées physiquement mais aussi psychologiquement. Le fait de devoir travailler à flux tendu comme on le fait depuis un moment déjà et plusieurs fois sur plusieurs vagues fait qu’ils n’ont pas la capacité de pouvoir aller se ressourcer à l’extérieur, dû au confinement (...). On se plaint beaucoup que les infirmières et infirmiers plaident pour un confinement pour pouvoir protéger leurs services, mais ils en souffrent aussi de ce confinement. Ils ont un sentiment ambivalent qui fait que c’est encore plus difficile à vivre. »

On se plaint beaucoup que les infirmières et infirmiers plaident pour un confinement pour pouvoir protéger leurs services, mais ils en souffrent aussi.

Trouver le juste équilibre

Philippe Devos n’a pas manqué dès lors de tacler les membres du comité de concertation (codeco) à propos de certaines mesures imposées à la population et qui n’ont «potentiellement pas d’effet sur le virus», rappelant ainsi qu’«on a quand même un an de données à travers le monde [pour pouvoir évaluer l’efficacité des mesures]». «Ce n’est pas la meilleure des stratégie», estime ainsi celui qui appelle, à la veille d’une nouvelle réunion du codeco, à «trouver le juste équilibre» et à «reprendre une stratégie qui va permettre l’adhésion de la population à court et à moyen termes» pour «pivoter et s’orienter vers quelque chose de plus agile».

Il faut reprendre une stratégie qui va permettre l’adhésion de la population à court et à moyen termes.

Les limites du tout-à-la-vaccination

Le médecin liégeois le rappelle: «Je ne suis pas virologue, je suis médecin.» Et c’est en cette qualité de médecin de première ligne depuis bientôt un an et demi qu’il analyse la stratégie prônée par les gouvernements.

Un «risque que le plan échoue»

VIDÉO | Pour Philippe Devos, si la vaccination reste «l’atout majeur», il faut désormais «s’orienter vers quelque chose de plus agile»
Philippe Devos encourage toute personne âgée de plus de 55 ans et présentant des comorbidités à se faire vacciner. © Jacques Duchateau
«On a l’impression que le gouvernement mise tout sur la stratégie 100% vaccins et que la libération de toute la population sera liée au fait d’atteindre un taux de vaccination suffisant, or on voit quand même qu’il y a dans la population toute une série de gens qui n’ont pas l’intention de se faire vacciner. Et donc je serais quand même rassuré si on misait quand même sur d’autres choses également.»

Et si la vaccination reste «l’atout majeur», Philippe Devos veut voir plus loin: «Il y a quand même des risques que [ce plan] échoue. Parce que l’adhésion ne sera peut-être pas suffisante pour que l’on atteigne cette fameuse immunité de groupe

Le «Covid safe», une «excellente solution»

«Aujourd’hui, aux soins intensifs, ce sont des soixantenaires que nous avons, observe encore le docteur Devos. Nous n’avons plus de septantenaires ou d’octogénaires. Ce qui remplit [les unités de soins intensifs] désormais, ce sont des gens de 55 et 65 ans qui sont à risque: avec de l’obésité ou autre. Ils doivent s’inscrire à la vaccination. Et malheureusement, on en a ici dans nos services qui ont reçu leur convocation, mais qui n’y sont pas allés. Et maintenant ils sont ici, en réanimation

On a ici dans nos services [des patients] qui ont reçu leur convocation, mais qui n’y sont pas allés. Et maintenant ils sont ici, en réanimation.

Parmi les autres pistes à explorer, Philippe Devos n’a pas manqué de citer l’idée du «Covid safe», qui, «pour cette année», n’est «pas une bonne, mais une excellente solution».

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