JUDICIAIRE

Vaste arnaque à la voiture d’occase: «Toute ma famille travaillait dans les voitures, j’ai commencé dans la ferraille à 16 ou 17 ans»

Vaste arnaque à la voiture d’occase: «Toute ma famille travaillait dans les voitures, j’ai commencé dans la ferraille à 16 ou 17 ans»

Certains accusés opéraient depuis un camp de gens du voyage à Dour. (Photo d’illustration) BELGA – Archive

Le procès de 80 personnes accusées d’avoir participé à une arnaque à grande échelle autour de la vente de voitures d’occasion se poursuit à Bruxelles. Garagistes, marchands et gens du voyage ont été entendus. L’un d’eux a expliqué le modus operandi du trafic.

«Je faisais de temps en temps des diagnostics automobiles et quelques réparations pour les familles B. et M. Ils étaient des clients occasionnels», a expliqué Y.O., mercredi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Ce garagiste figure parmi les 79 prévenus d’une affaire d’escroqueries à grande échelle sur le marché de la voiture d’occasion. Les principaux prévenus sont des gens du voyage appartenant à trois grandes familles. Une employée de la DIV, le service d’immatriculation des véhicules, deux policiers et des professionnels de la vente de voitures sont aussi poursuivis.

«Je n’ai jamais eu aucun soupçon à leur sujet», a poursuivi Y.O. «La façon dont ils se comportaient, s’habillaient… Ils avaient l’air d’être d’importants marchands de voitures, pas des voleurs», a-t-il dit.

 

 

 

En fait, eux, ils chinaient comme ils disaient. Mais jamais je ne leur ai acheté de voitures à eux directement. Je n’ai rien à voir avec les vols de voitures

 

Le tribunal a également interrogé K.P., vendeur de voitures et prévenu lui aussi. Le procureur fédéral le soupçonne d’avoir recelé des voitures volées par les prévenus des familles B., M. et S.

«Je connaissais certains de ces familles parce qu’on avait grandi ensemble à Leeuw-Saint-Pierre et d’autres ‘via via’. Parfois, ils me contactaient pour me dire qu’il y avait une camionnette à vendre à tel endroit. En fait, eux, ils chinaient comme ils disaient. Mais jamais je ne leur ai acheté de voitures à eux directement. Je n’ai rien à voir avec les vols de voitures», a soutenu le prévenu.

Le tribunal a encore interrogé mercredi A.K., l’un des trois prévenus toujours détenu préventivement. L’homme a reconnu une partie des escroqueries pour lesquelles il est poursuivi, commises avec son beau-frère, I.M., et son cousin, I.B.

Fausse preuve de virement

Le modus operandi consistait à contacter, avec des cartes de GSM prépayées, des personnes qui avaient posté des annonces pour vendre leur voiture, notamment sur des sites Web comme AutoScout24. Il s’agissait ensuite de se mettre d’accord sur un prix puis de montrer au vendeur une fausse preuve de virement bancaire, avant de partir avec la voiture «achetée». La plupart des véhicules étaient des voitures de luxe. Après avoir été subtilisés, ils étaient vendus à des professionnels de l’importation et de l’exportation automobile.

«Toute ma famille travaillait dans les voitures. J’ai commencé dans la ferraille à l’âge de 16 ou 17 ans», a raconté A.K. «Comme vous le savez, on est des gens du voyage. On tournait dans différents pays, en France, en Allemagne… Et nous sommes en Belgique depuis quelques années», s’est-il adressé au président du tribunal.

 

Il se vantait d’avoir un certificat de conformité en trois jours au lieu de quinze jours. Il obtenait aussi des fausses attestations de perte de certains documents

 

«Je me suis mis à appliquer la méthode de M.B. [prévenu toujours recherché]. Il était venu un jour dans notre camp à Dour. On était 100 à 150 caravanes là-bas. Tout passait par lui. D.T. [prévenu qui serait actuellement détenu en Allemagne], lui, n’était pas de notre communauté mais il venait nous voir souvent. Il allait chercher des voitures en Allemagne pour des clients. Quant à K.S., on le contactait pour avoir les documents du contrôle technique [des faux selon l’enquête]. Il se vantait d’avoir un certificat de conformité en trois jours au lieu de quinze jours. Il obtenait aussi des fausses attestations de perte de certains documents», a-t-il dit. L’enquête a montré que ces fausses attestations étaient en réalité dressées par deux policiers de Charleroi, qui ont déjà été condamnés pour ces faits.

Vacances, montres de luxe

A.K. a soutenu qu’il n’avait pas tiré un avantage important des infractions, malgré ses nombreux selfies le montrant très souvent en vacances ou dans une boutique de montres de luxe connue. «J’ai même été menacé de mort par une victime, un Albanais. J’ai dû le rembourser. On avait aussi des pertes», a-t-il raconté au tribunal.

Enfin, A.K. a contesté avoir fait partie d’une organisation criminelle, affirmant que chaque membre de sa communauté faisait ses propres affaires, bien que tous étaient actifs dans le même domaine.

L’interrogatoire des prévenus se poursuivra jeudi.

 

Le rappel des faits

Cet important dossier mené par le parquet fédéral concerne un total de 504 arnaques au préjudice de particuliers qui vendaient leur voiture, commises globalement entre 2014 et 2019. 83 personnes sont prévenues dans quatre causes liées. 79 de celles-ci sont présentes au procès, dont trois sont toujours sous mandat d’arrêt.

Certains des prévenus, notamment deux policiers et du personnel de la DIV, sont poursuivis uniquement pour corruption et faux. D’autres, notamment des vendeurs de voitures professionnels, sont poursuivis, certains pour avoir recelé les voitures volées, d’autres pour avoir blanchi de l’argent.

Par ailleurs, 185 personnes se sont constituées partie civile.