TOURNAI

Le Tournai d’avant: une rue nouvelle pour admirer Notre-Dame

1900. Comme le beffroi, la cathédrale a été restaurée; mais, engoncée parmi des habitations, on la voit mal. La ville y met bon ordre.

La topographie de Tournai, dans ses grandes lignes, n’a guère changé au cours des âges. Pourtant, l’amélioration du trafic entraînera la naissance de la rue de la Wallonie mais c’est une volonté esthétique qui prévaut pour que soit tracée la rue de la Cathédrale.

Un chœur caché

Nous voici en 1900, place des Acacias (P.E. Janson). Elle porte un passé très lourd car c’était là le cimetière dit le «Monchiel». Elle est aussi plus petite car la rue du Curé Notre-Dame avance les immeubles de l’école Saint-Luc et de la Poste jusqu’au droit de la rue de l’Hôpital Notre-Dame.

La nécropole disparaît au XVIIe. Le 11 avril 1675, le Chapitre sollicite de la ville l’autorisation de construire des maisons rue des Chapeliers (11) et aux Vieux Marché aux Poteries (7). Deux ans plus tard, les habitations sont construites, supprimant donc le cimetière au Vieux Marché Poteries, celui des pestiférés.

Ces constructions neuves ont un double inconvénient: elles cachent presque totalement le côté nord du chœur du sanctuaire, ce que déplore le Courrier de l’Escaut du 28 juin 1899: «Cet édifice unique est encastré hélas dans un pâté de maisons»; de plus, elles ajoutent de nouveaux écueils à la circulation car la translation vers le beffroi, depuis les Acacias, se fait via la rue de la Cordonnerie et la rue des Chapeliers.

Il fallait y remédier, ce ne fut pas du tout aisé.

On dégage

La campagne en vue de détruire ces habitations gênantes fut extrêmement violente, partisans du «laisser debout ce que nos aïeux nous ont légué, même en ruines» et, en face, ceux qui estimaient que «ces maisons du XVIIe n’ont aucune valeur patrimoniale, il faut les démolir».

Au-delà de ces considérations souvent partisanes, impossible à suivre ici,, remarquons que certaines masures furent abattues et que la question du dégagement agitait tant les membres des sociétés dites «savantes» que l’ensemble de la presse belge ou ceux qui, comme Louis Loquet qui, chargé des plans du nouvel hôtel des Postes rue du Curé Notre-Dame prévoit des échappées sur le sanctuaire.

Les tractations furent longues, on vous les épargne sinon que le Ministère des chemins de fer, Postes et Télégraphes se rendront finalement aux arguments de la ville.

Devant la levée de boucliers, le Conseil du 6 mars 1903 décide «le dégagement de la cathédrale et l’aménagement de ses abords».

Ceci comprend l’agrandissement de la place des Acacias par la démolition du pâté de maisons de la rue du Curé Notre-Dame, dont l’ex-école Saint-Luc et la Poste où est créé un jardin lapidaire (disparu en 1937 avec l’érection de la bibliothèque communale), les sacristies accolées à la chapelle Notre-Dame, la création d’une courte rue entre place des Acacias et Chapeliers. On ne touche à rien d’autre..

Un avant-projet de l’architecte Sonneville prévoyait une dépense de 600 000 francs (y compris expropriations). La Ville accepte une dépense du tiers, le gouvernement autant et le tiers restant par la Province, le Chapitre, les particuliers. Un don de cent mille francs de François Vanderborgh en mémoire des époux Semet-Francotte facilita la quête.

L’implantation de cette artère nouvelle oblige à la destruction d’une douzaine d’habitations. Disparaissent dès lors du paysage la maison dite «A la licorne» et aussi, au 41 des Chapeliers où s’arrêtent les destructions, la Monnaie du Chapitre qui conservait «un escalier de 22 marches conduisant à trois étages de caves superbes». Nécessité a force de loi, le chœur Nord de la cathédrale est dégagé. Tout n’est pas dit pour autant.

En sa séance du 2 août 1907, la rue nouvelle est dénommée rue de la Cathédrale.