REIMS

Meurtre d'Anaïs Guillaume: Gillet nie face aux jurés des assises de Reims

Le jury a été constitué ce mardi. Philippe Gillet n’a pas encore été interrogé, mais a déjà annoncé sa ligne de défense.

À quelques dizaines de mètres de la célèbre cathédrale gothique qui a couronné les rois de France, l’immense et vétuste palais de justice de Reims a été déserté par plusieurs journalistes ce mardi, au premier jour du procès de Philippe Gillet, poursuivi pour l’assassinat de la jeune Anaïs Guillaume en 2013. Le corps de la jeune fille n’a pu être retrouvé que six ans plus tard, en octobre 2019, dans le sol d’une prairie de Gillet à Fromy, village ardennais français tout près de la Commune de Florenville.

«Beaucoup de nos confrères ont préféré faire des reportages plus haut dans les Ardennes, là où des fouilles ont lieu pour retrouver le corps de la petite Estelle Mouzin, séquestré par Fourniret», nous explique un confrère journaliste de l’AFP, qui couvre l’actualité judiciaire dans tout le nord de la France. Monique Olivier, l’ex-compagne de Fourniret, a fourni des détails il y a quelques heures où pourrait être enfouie la dépouille de la petite fille. Les médias français ont convergé là-bas…

«Je m’oppose à ce qui m’est reproché»

Contrairement à la procédure belge devant une cour d’assises, l’accusé Philippe Gillet n’a pas été interrogé ce mardi au premier jour de son procès. Il le sera plus tard.

Hier, plusieurs heures ont été consacrées à la constitution du jury. Il sera formé de six femmes et trois hommes, aux côtés des trois magistrats professionnels.

Voulue suite aux appels de l’accusé Gillet ainsi que du parquet général de Reims, cette nouvelle session d’assises sera longue. Elle est programmée jusqu’au 23 avril et doit en principe permettre la comparution d’une soixantaine de témoins et experts.

Mais à cause de la pandémie, la présidente de la cour d’assises de la Marne, Hélène Langlois – il y avait déjà le juge Langlois, il y a aussi une juge Langlois – a fait savoir que plusieurs auditions de témoins devraient se faire par visioconférence, plusieurs personnes ne pouvant se déplacer jusqu’à Reims. Comme cette dame devant garder son enfant en bas âge parce que sa nounou est «cas contact» Covid.

Alors oui, le «Taureau des Ardennes», comme on l’appelle désormais communément, n’a pas été interrogé par la cour.

Mais après la lecture des vingt pages de l’ordonnance de mise en accusation, la présidente Langlois a demandé tout de même à l’accusé: «Quelle est votre position sur les faits?»

Cette question usuelle dans la procédure française sert à dévoiler la ligne de défense de l’accusé.

Philippe Gillet a semblé un peu surpris par la question, il a hésité quelques secondes puis a lâché: «Je m’oppose à ce qui m’est reproché».

«Gillet avait une réputation exécrable»

Pour le reste, pendant de longues heures hier depuis 16 h 30 jusque tard en soirée, le chef d’enquête, le major de gendarmerie Didier Turk, a été longuement interrogé par toutes les parties au procès sur l’intime conviction qu’il avait de la culpabilité de Philippe Gillet.

L’officier de gendarmerie français a précisé que de nombreux témoins, tout au long de l’enquête, avaient eu peur de répondre aux questions «de peur de représailles» de Gillet, qualifié de violent.

«Philippe Gillet a une réputation exécrable dans son village et la région: violent, égocentrique, autoritaire, il règle ses problèmes avec ses poings, il suscite la crainte», a été le portrait de moralité peu élogieux dressé par le chef d’enquête.

Le major Turk a rappelé qu’Anaïs Guillaume avait clairement annoncé à son amant, âgé de vingt ans de plus qu’elle, qu’elle voulait rompre leur relation car elle était éprise d’un jeune homme de son âge.

Quinze jours avant sa disparition, la jeune femme a recouru à une IVG car elle était enceinte de Gillet.

Comment Anaïs est-elle morte? «On sait qu’au moment de l’orgasme, Gillet aimait étrangler sa partenaire. Ceci n’est qu’une hypothèse», conclut le témoin.

Il faudra bien sûr entendre l’expert légiste pour s’avancer plus loin dans cette voie.