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Décès de Julen Madariaga, dernier des fondateurs d’ETA

Décès de Julen Madariaga, dernier des fondateurs d’ETA

Julen Madariaga AFP

Julen Madariaga, qui était le dernier fondateur encore en vie de l’ex-organisation séparatiste basque ETA, est décédé lundi à l’âge de 88 ans, a-t-on appris mardi auprès de responsables basques en France et en Espagne.

«Il est décédé à Saint-Pée-sur-Nivelle (Pyrénées-Atlantiques), où il résidait. C’était un militant exemplaire, toujours fidèle même s’il a souvent été mis en difficulté en interne au sein d’ETA», a indiqué à l’AFP Jakes Abeberry, responsable du journal abertzale («patriote») Enbata et ancien élu municipal à Biarritz.

«Il avait subi un AVC il y a quatre ou cinq ans et avait beaucoup décliné. Depuis un an, on ne le voyait plus», a-t-il ajouté.

Annonçant le décès de Madariaga sur Twitter, le porte-parole du parti indépendantiste basque Sortu, Arnaldo Otegi, a salué un homme «engagé pour la liberté de notre peuple».

Né en 1932 dans une famille bourgeoise de Bilbao, Julen Kerman de Madariaga Agirre avait fondé avec quatre autre militants au début des années 50, en pleine dictature franquiste, le groupe Ekin qui est devenu en 1959 Euskadi Ta Askatasuna (Pays basque et Liberté).

ETA a mené pendant quatre décennies une lutte armée pour l’indépendance du Pays basque, renonçant à la violence à partir de 2011 et annonçant sa dissolution en 2018.

Avocat et intellectuel, Madariaga était l’un des rares fondateurs d’ETA à s’exprimer, après avoir pris ses distances avec l’organisation dans les années 1990. «Je me suis retiré parce que je désapprouvais les méthodes utilisées par la nouvelle direction des années 80», déclarait-il en 2011 au journal Sud Ouest.

Opposé à la violence d’ETA et longtemps considéré comme un «traître» par ses anciens camarades de lutte, il a en revanche activement milité au sein de son bras politique Herri Batasuna.

Mais face au refus de cette organisation de condamner l’assassinat en 1995 à Saint-Sébastien de l’homme politique conservateur Gregorio Ordoñez, il l’avait quittée et fondé ensuite Aralar, un parti socialiste et indépendantiste, avec d’autres militants.

Emprisonné une première fois en 1961 après une action contre un train de militaires à Saint-Sébastien, Madariaga avait aussi été condamné en 1988 à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs.

En 2006, il avait été interpellé dans le cadre d’une opération franco-espagnole et suspecté, comme une dizaine d’autres, d’être un intermédiaire dans le circuit de collecte de «l’impôt révolutionnaire» d’ETA auprès des entrepreneurs du Pays basque et de Navarre. Il avait ensuite été libéré sous caution.