TOURNAI

Le Tournai d’avant: Halle aux draps, qu’en faire demain?

Les colères de la nature ou des hommes n’empêcheront de rebâtir la Halle. La ville lui voit un avenir, patrimonial, social, économique.

De l’incendie causé par les bombes allemandes, il fut souvent question pour déplorer la ruine d’un édifice prestigieux et des collections remarquables qui y étaient entreposées. Ayons aussi, surtout, une pensée pour les victimes humaines de ce désastre; car la Halle avait été réquisitionnées comme bien d’autres lieux, afin d’accueillir les milliers d’évacués fuyant les horreurs de la guerre. Combien étaient-elles dans la Halle? Les documents ne le précisent pas et seuls quelques témoignages décrivent l’horreur.

Au travail

Très vite, l’édifice reçoit ouvriers et spécialistes du patrimoine. Les uns vont déblayer, étançonner les parties fragilisées par le sinistre; les autres fouillent dans les décombres cherchant les pièces susceptibles d’être nettoyées et restaurées, il n’y en aura guère sinon quelques tableaux lithiques et, quand même, la truelle d’argent dont se servit Louis XIV pour sceller en 1671 la première pierre de l’église de l’abbaye Saint-Martin. Rien en fait à côté de ce qui fut.

La restauration est au point mort sauf quelques mesures sécuritaires mais un vieux projet se concrétise, on construit alors l’arcade par-dessus la ruelle de Grand-Garde (1941).

Confiée à l’architecte tournaisien Paul Clerbaux, la reconstruction de la halle débute dès 1947. Elle sera «scrupuleuse» jusque dans les moindres détails, coûte cher: 383 436,37 F prévus en 1943 pour le gros œuvre Halle seule. Elle est aussi extrêmement rapide car, malgré l’importance des travaux, l’exposition des Arts religieux en août 1949 s’y installe.

Expos et théâtre

La Halle renoue avec ses cycles de conférences initiées par diverses sociétés et d’expositions avec des œuvres de Fernand Allard (l’Olivier) en 1950, Scaldis avec Gand et Anvers en 1956, le 5e Salon triennal des beaux-arts du Hainaut en 1957, les tapisseries, porcelaines et orfèvreries en 1958…

Dans un cadre plus commercial, le commerce tournaisien y fait montre d’un tel dynamisme qu’il faut une tente sur la place de Nédonchel. Et là, on touche à un problème majeur, la Halle s’avère souvent trop petite pour les grands événements projetés.

Tournai possédait un joli théâtre élevé par Bourla à la rue Perdue, touché en 1940, la ville a démoli cette bonbonnière l’an d’après, espérant en des dommages de guerre pour le reconstruire plus moderne. Espoirs vains.. C’est la grande salle qui accueille, dans les années cinquante et dans des conditions de conforts et d’acoustique assez médiocres (diverses améliorations y seront apportées: fosse d’orchestre, plan incliné) les opérettes célèbres et même quelques opéras. Le public répond, il s’y entasse comme il le faisait avant-guerre.

La mise en service de la Maison de la culture sonne le glas (1980) de ces spectacles.

Quel avenir?

Durant les dernières décennies, la Halle cherche un avenir pérenne. Il y a, ponctuellement, des bals de circonstance, des réunions d’aînés, une halte-garderie en 1978 et encore plusieurs expositions dont la plus prestigieuse de toutes, en 1982, dédiée au 1500e anniversaire de la mort de Childéric, roi des Francs.

Le Cabaret Wallon dont les anciens n’ont pas oublié les fameuses revues et les Filles Celle Picardes y donnent leurs séances, les Amis de Tournai l’animent avec des initiatives louables mais est-ce là que se trouve l’avenir d’un tel édifice?

Elle sera bientôt restaurée - il y pleut – et la question se pose: que sera, demain, le sort de la Halle aux draps?