TOURNAI

Le Tournai d’avant: halle aux draps, grandeur et ruine

Superbe édifice du forum, la Halle aux draps a souffert de la guerre et d’une société mouvante. Reconvertit, elle brûle le 16 mai 1940…

Même abandonnée de ceux à qui elle était destinée, les marchands textiles, la halle s’était trouvé d’autres occupants.. On y trouve donc au XVIIe le service le plus important soit le poste de police militaire, la halle devient de ce fait la Grande Garde (la ruelle voisine en atteste). On y trouve, selon les époques, un temple protestant 1715 et après 1821, le poids public où sont vérifiés l’exactitude des poids et mesures utilisés, des classes de l’académie de dessin 1757-1869) et de l’école de musique et sert de salle de concerts et/ou de comédie le musée des tableaux (1848-1867)..Le rapport de 1853 rassure «elle peut encore durer de longues années, il n’y a que quelques fissures dues au charbon imprudemment placé»

L’effondrement du 19 mai 1881 démontre la légèreté avec laquelle l’inspection a été menée. Il rend caduc les estimations de restauration votée un mois plus tôt: 51 516,67 francs. En juin, le conseil communal écoute le rapport de l’architecte Carpentier selon lequel «la Grand-Garde doit être rebâtie entièrement en style Renaissance, les travaux dureraient cinq ans, coûteraient dans les 120 000 francs». La ville demande de doubler le subside de 50 000 francs!

En mieux

Les travaux de déblaiement sont immédiats et rapides, les matériaux sont vendus de la main à la main, comme la décision de rebâtir la Halle «à l’identique». En fait, pas vraiment; trois immenses lucarnes à piliers engagés corinthiens sur la toiture, le pignon de la Conciergerie n’est pas rétabli (Carpentier n’a pas les informations nécessaires et attend une étude spéciale) et, afin d’agrandir l’espace disponible, la cour est couverte avec emploi d’une charpente métallique, ce qui dote l’édifice de trois charpentes contiguës.

Par contre Carpentier dessine la cheminée monumentale, ancien vestiaire, du rez-de-chaussée laquelle porte les dates de 1614 sur l’entablement et de 1888 sur le bois de la hotte.

La restauration s’achève en 1888, la Halle garde, et c’est heureux, l’essentiel de ses attraits architecturaux telle la bretèque avec la statue de la justice, destinée aux avis publics à une époque où les médias manquaient tout comme l’instruction..

Pôle attractif

La Ville dispose donc de deux beaux espaces pour des projets qui ne tardent pas à se réaliser.

Le rez-de-chaussée, galeries et centre compris, seront le cadre de nombreuses expositions, la plupart dédiées aux savoirs locaux: de 1888 - ouvrages manuels – à 1937 - Quinzaine des musées -, les visiteurs pourront voir l’exposition des métaux, des œuvres d’artistes tournaisiens, les livres anciens et modernes, les anciennes industries d’art, les porcelaines, les arts décoratifs..

Nombreux sont les concerts, souvent de musique classique grâce à la Société de musique souvent. Tournai est alors une valeur sûre de l’art musical, Massenet et Franck y viendront faire entendre en première audition leurs partitions.

À l’étage, dans la grande salle, s’installe le Musée d’Antiquités et des Arts décoratifs. Dès le 14 juillet 1928, s’y exposent d’immenses trésors de bois, de céramiques, de bronze. Meubles, armes, ivoires, monnaies, moyen âge soit des milliers de trésors y sont rassemblés pour le bonheur du public (de temps en temps) et des chercheurs.

Une fois encore, la Halle est victime des hommes: le 16 mai 1940, à 15 h 40, pleuvent les bombes sur la ville…