RUNNING

Tous les coureurs bientôt chaussés de carbone? Pourquoi il faut (ou pas) se laisser tenter

Tous les coureurs bientôt chaussés de carbone? Pourquoi il faut (ou pas) se laisser tenter

-

Les chaussures avec une plaque de carbone intégrée dans la semelle sont désormais la norme parmi les élites. Cela signifie-t-il pour autant que chaque coureur, peu importe son profil et ses objectifs, a intérêt à suivre le mouvement? On essaye de vous éclairer au mieux.

Depuis quelques années et sous l’impulsion de Nike, les chaussures avec une plaque de carbone intégrée dans la semelle sont de plus en plus présentes. Au départ des courses pour élites, tous les athlètes en sont désormais chaussés. Elles sont devenues la norme en peu de temps et prendre le départ sans pour tous ceux qui visent une place ou un chrono serait se donner un désavantage par rapport à la concurrence. Dans les départs de masse des courses amateurs, beaucoup de coureurs les portent également, convaincus que cela leur fera gagner du temps et, donc, des places.

Plus rapide, vraiment?

Mais ces chaussures sont-elles vraiment plus rapides? Et, si oui, est-ce le cas pour tous les profils de coureurs?

Les premières études sur le sujet furent celles réalisées par Nike sur la Vaporfly 4% qui, comme son nom l’indique, permettrait selon la marque à la virgule d’améliorer son économie de course de 4%. En ce qui concerne le gain de temps, les chercheurs l’estiment à environ 3%. Un gain colossal, surtout quand la distance de la course s’allonge! Pour se donner une idée, cela voudrait dire que, sans fournir plus d’efforts, les chaussures permettraient de passer de 3 h 00 à 2 h 55 sur marathon.

Cependant, ces chiffres impressionnants avaient été calculés dans une étude financée par Nike lui-même et des études ultérieures, indépendantes, ont minimisé l’impact de ces chaussures sur l’économie de course et le gain de temps. Si le gain chronométrique est incontestable au vu de l’amélioration des chronos chez les élites et des déclarations de ceux-ci ces derniers mois, il faut cependant le relativiser par rapport au discours marketing avancé par les marques.

Après quoi je cours?

Reste qu’il est fort probable que le mouvement n’en soit qu’à ses débuts. Bien que plus chères que les modèles classiques, les chaussures dotées d’une lame de carbone continuent à séduire de plus en plus de coureurs à la recherche de performance, peu importe le niveau de celle-ci. Si la question ne fait aujourd’hui pose plus débat pour les élites, le peloton amateur est-il en voie de se convertir complètement au carbone?

La réponse dépend, comme souvent en course à pied, du profil et des objectifs. Peu importe leur niveau, les coureurs à la recherche d’une performance ont tout intérêt à se laisser séduire car la transition vers ce type de chaussures de compétition est beaucoup plus aisée qu’auparavant.

Pour courir vite, il faut courir avec une chaussure légère qui impactera la consommation d’oxygène le moins négativement possible. Ici, le poids est le principal facteur de dynamisme d’une chaussure. Tous les 100 grammes ajoutés aux pieds, la consommation d’oxygène de l’organisme augmente de 1 pourcent.

La performance à la portée de tous

Le problème qui se posait pour beaucoup de coureurs jusqu’il y a quelques années, c’est qu’une chaussure plus légère était forcément plus «minimaliste»: moins de mousse, moins d’amorti, plus de flexibilité… En résumé, une chaussure nécessitant plus de travail musculaire par rapport à une chaussure d’entraînement traditionnelle et «maximaliste».

Les coureurs habitués (et c’est la norme à l’heure actuelle) aux chaussures maximalistes sont difficilement en mesure de performer avec des chaussures de compétition minimalistes sans se blesser, surtout si la distance s’allonge, car ils n’y sont pas habitués. Ils modèrent moins bien les impacts avec le sol et ont l’habitude de se reposer sur l’amorti de leurs chaussures. Ils ont donc besoin de plus de mousse pour ne pas se blesser, ce qui alourdit les chaussures.

Auparavant, pour pouvoir courir avec des chaussures légères et performantes, il fallait aussi beaucoup courir avec à l’entraînement et s’y habituer. Mais, à l’heure actuelle, les chaussures dotées de plaques de carbone sont aussi légères qu’une chaussure minimaliste grâce à leurs mousses révolutionnaires, mais apportent le même confort d’amorti qu’une chaussure maximaliste.

Il est donc désormais très facile pour tous les coureurs habitués aux chaussures maximalistes d’effectuer la transition sur une chaussure dotée d’une plaque de carbone, qui leur permettra d’améliorer nettement leurs chronos réalisés avec une chaussure d’entraînement beaucoup plus lourde. Attention cependant à choisir une chaussure assez stable pour son style de course et à se faire conseiller au besoin.

L’utilisation de chaussures dotées d’une plaque en carbone est donc recommandée pour les coureurs habitués à courir avec des chaussures maximalistes à l’entraînement et désirant améliorer leurs performances. Pour les coureurs fréquemment chaussés en minimalistes, la transition sera plus compliquée et moins intéressante à faire, tout comme pour ceux dont l’objectif est simplement de terminer la course et pour qui une chaussure d’entraînement classique fera l’affaire.

Il y a carbone et carbone

Les coureurs tentés par les chaussures dotées de plaques de carbone devront tout de même faire attention à se munir de la paire qui convient le mieux à leur pose de pied. La stabilité est très différente d’un modèle à un autre et les coureurs attaquant plutôt du talon devront proscrire les chaussures Nike, par exemple. La mousse utilisée dans leurs modèles est très molle et instable au niveau de l’arrière du pied.

Une révolution par la mousse

Le développement majeur de ces dernières années au niveau des chaussures de course à pied n’est peut-être pas à chercher dans le développement de la plaque de carbone en elle-même. Il faut aussi, et peut-être surtout, regarder du côté de la mousse constituant les semelles et qui enveloppe cette lame. Les fabricants de chaussures de course à pied ont en effet fait un énorme bond en avant en proposant des mousses à la fois extrêmement légères et dynamiques. La combinaison de la plaque en carbone et de la mousse confère aux chaussures ces propriétés tant recherchées d’un ressort.

Le carbone à l’assaut du trail

Tous les coureurs bientôt chaussés de carbone? Pourquoi il faut (ou pas) se laisser tenter
-
Les chaussures dotées d’une plaque de carbone dans les semelles sont principalement utilisées sur route. En trail, le développement est beaucoup plus timide, même si certaines marques s’y sont essayées ces derniers mois en proposant un premier modèle, comme The North Face ou Adidas. Avec un rendu actuellement bien différent de ce qui est de mise sur la route et une réelle interrogation sur le bénéfice d’une telle technologie dans la pratique de la course à pied sur les sentiers. L’inconvénient majeur de courir avec une plaque rigide sous le pied en trail est qu’on sent moins bien le sol et que, par conséquent, les ajustements de posture pour éviter de se tordre les chevilles sont plus périlleux.

Tous les coureurs bientôt chaussés de carbone? Pourquoi il faut (ou pas) se laisser tenter
-
Ce jeudi, dans les journaux «L’Avenir», retrouvez notre supplément de 64 pages sur la saison running 2021. Pour vous remettre en forme, Julien Piron, kiné sportif et triathlète, vous propose une séance de renforcement musculaire en vidéo. Car reprendre la compétition après des mois d’abstinence n’est pas sans danger.

Retrouvez aussi dans ce supplément des rencontres avec le meilleur marathonien belge et le dernier vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. On fait aussi le point sur le matériel connecté, les chaussures «carbone» et vous donne un tas de conseils pour la nutrition, la santé et l’entraînement. On revient aussi sur cette saison covid et quelques bons plans aussi pour courir, avec ou sans confinement.

Découvrez aussi le supplément sur www.lavenir.net/running2021

Nos dernières videos