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Crise sanitaire: comme sur un jogging, il y a plus de perdants que de vainqueurs

Crise sanitaire: comme sur un jogging, il y a plus de perdants que de vainqueurs

Le chrono, c’est le boulot de Pierre olivier. Son activité est à l’arrêt complet... eda

Chaque année, des centaines de joggings et trails sont organisés au cœur des villes et villages par des bénévoles et des ASBL. Cette dynamique associative est le moteur de l’économie liée au running.

Autour de ces rendez-vous, il n’y a pas que les magasins spécialisés qui bénéficient de retombées: on pense ainsi aux fournisseurs de services comme les chronométreurs, les placeurs de douches provisoires, les monteurs de chapiteaux, l’horeca… La plupart de ces organisations sont aussi dépendantes des bénéfices générés pour faire fonctionner leur association, financer des infrastructures dans des écoles… À l’exception des magasins de running, l’ensemble de ces acteurs a eu un fameux point de côté depuis le confinement de mars 2020…

 

1.Le temps long du chronométreur

 

Pierre Olivier a effectué toute sa carrière, ou presque, dans le secteur bancaire. Passionné de jogging, il a lancé sa société dédiée au chronométrage d’événements sportifs en 2013. O’Top services a ainsi chronométré jusqu’à environ 200 manifestations par an avant le confinement. «C’est mon travail principal, rappelle Pierre Olivier. C’était mon gagne-pain et je me suis retrouvé sans revenu au même titre que tous les professionnels liés au secteur de l’événementiel.» Sans joggings, trails ou triathlons, O’Top s’est retrouvé à l’arrêt: «clairement, il n’y avait pas d’alternative. S’il n’y avait pas eu les aides, j’aurais clairement mis la clé sous le paillasson.» Mais ces aides ne tombent pas d’elles-mêmes car le job de «chronométreur» n’est pas officiellement reconnu le code NACE (Nomenclature statistique des Activités économiques dans l’Union européenne) .

Pierre Olivier a aussi été contraint de mettre son employé au chômage. Une étape d’autant plus douloureuse lorsqu’il s’agit de son fils… «Ce qui va être dur, c’est la période qui arrive. On pourra reprendre quelques événements mais on va perdre l’accès aux aides». À quelques mois de la pension, le chronométreur avoue «avoir rêvé une meilleure fin de carrière.»

 

2.La douche froide pour Yves

 

Crise sanitaire: comme sur un jogging, il y a plus de perdants que de vainqueurs
Séance sèche-cheveux autour de la remorque-douches de Yves -
Dans les critères de qualité d’une bonne organisation, la douche d’après-course est un élément important pour les coureurs. Avec sa remorque chargée d’une ancienne chaudière, Yves Tondus a fait le tour de centaines d’organisations en 30 ans d’activités. Sous un chapiteau ou un préau, il installe ses tuyaux et pommeaux de douche raccordés à une borne incendie. Mais la crise sanitaire l’a contraint à cesser son activité. «Je fais cela en activité complémentaire et je devais continuer à payer des cotisations alors que je n’avais aucune prestation. Je relancerai ma société quand les courses reprendront. Vu que je n’avais pas un chiffre d’affaires assez important, je n’avais pas droit aux aides.» Il a bien reçu quelques demandes pour couvrir des manifestations cette année «mais je ne sais pas comment ça va aller.» Les courses lui manquent et pas seulement pour une raison financière mais «parce que je le fais car je m’y plais bien!»

 

3.La débrouille pour les organisateurs professionnels

 

Les courses sont majoritairement organisées par des bénévoles. Quelques sociétés professionnelles sont sur le marché belge et ont donc été impactées économiquement par l’annulation de leurs événements. Wim De Doncker est à la tête de Sport Events, organisateur de courses et de trails partout en Belgique. L’année 2020 a été en dents de scie pour la société: «tout a été annulé de mars à juillet. Puis, on a eu un bel été jusqu’en septembre et on a organisé plusieurs courses. Elles étaient toutes sold out et ‘covid proof’.» Le dernier événement remonte à la mi-octobre, c’était à Bruxelles et la course avait attiré 1400 trailers. «Maintenant, on essaye encore d’organiser un événement par mois.» La formule a bien entendu été revue: pas de départ groupé mais bien étalé. «Certaines communes acceptent qu’on accueille 200 personnes par jour». En 9 jours, un de leurs événements a attiré environ 1800 coureurs. Par contre, dans leur base forte du côté de La Roche-en-Ardenne et Houffalize, impossible de mettre en place un trail faute d’accord des autorités politiques.

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Le «Trail des fantômes» (La Roche): une des nombreuses organisations de Sport Events EdA
Se réinventer

Grâce à ces événements, la société de Wim De Doncker peut ainsi employer 7 personnes «et je continue à payer tout le monde. Comme nous sommes obligés de reporter les événements, c’est chaque fois du boulot.» Pour garder le cap, il a été nécessaire d’innover. Exemple avec la vente de fichier GPX (destiné aux montres GPS) reprenant un tracé de 42 km dans la forêt de Soignes. Vendu à 10€, le fichier a été téléchargé 200 fois.

Comment voit-il l’avenir de son activité? Le Covid a poussé des milliers de personnes à s’aérer dans les forêts mais, en certains endroits, on frôle l’embouteillage. Organiser une course dans ces zones attractives semble donc peu probable. «Maintenant, on ne saurait pas ajouter des nouveaux événements en Flandre», constate-t-il. Les gens se sont habitués à prendre l’air en dehors d’une organisation: quelle sera leur attitude une fois que les courses pourront reprendre? Sont-ils encore prêts à payer pour courir dans la nature, pour côtoyer des centaines d’autres coureurs? «Je pense que ce sera une opération zéro. Grâce à la crise, beaucoup de personnes ont aussi commencé à courir». Wim De Doncker est rassuré: son entreprise était en bonne santé financière avant la crise sanitaire. Et il est convaincu que les activités outdoor ont de l’avenir. «Pour la santé, faire du sport, ça va être encore plus important. Je pense que nous sommes dans le bon secteur. Je préfère être celui du sport que ceux des discothèques et des festivals.»

 

4.Challenges à géométrie variable

 

Crise sanitaire: comme sur un jogging, il y a plus de perdants que de vainqueurs
Le challenge condrusien veut réorganiser des courses, mais pas des virtuelles Masson
Les challenges sont partagés entre la volonté de proposer des courses différemment ou de ne rien faire tant que la situation n’est pas claire. Le challenge Delhalle a privilégié l’option «virtuelle». «L’ensemble de nos organisations est partant pour le faire en virtuel si ce n’est pas possible en physique», explique Alain Antoine, le président du Delhalle. Les différentes courses peuvent alors proposer un parcours balisé accessible plusieurs jours, une trace GPX à télécharger ou un parcours équivalent à réaliser depuis son domicile (en tenant compte du ratio dénivelé-distance identique à celui de la course). «On a un peu d’espoir pour que ça recommence en juin.» La réaction des coureurs? «On est un peu surpris car on a même des nouvelles inscriptions au challenge. Il y a des gens qui prennent goût à se confronter virtuellement». Les deux premiers joggings (Erpent et Bousval) ont attiré environ 500 coureurs chacun.

Pas de buvette, pas de course

Dans le sud du pays, les Allures libres de Gaume sont incontournables. Michel Thémelin, responsable du challenge, est catégorique: «courir par groupes de 60 et étaler ça sur une matinée, ce n’est pas possible. Pour l’instant on n’a pas de demande des coureurs car tout le monde est conscient que ce n’est pas possible de courir à plusieurs centaines. Dès qu’on pourra se retrouver à 3-400 coureurs, le challenge redémarrera. Organiser une course sans buvette et sans l’aspect convivial, ce n’est pas très réalisable».

Du côté du challenge condrusien, le son de cloche de Gaetano Falzone est identique. «On n’est pas motivé à l’idée de faire partir les gens sur plusieurs jours.» Ce que le président craint, c’est que les organisateurs des différents manches se démobilisent et ne souhaitent pas rempiler pour l’année suivante. «Il faut trouver une solution, car, si on ne fait rien pendant deux ans, ça va décourager les gens .»

 

5.Commerces: les vainqueurs de la «Covid-race»

 

Crise sanitaire: comme sur un jogging, il y a plus de perdants que de vainqueurs
Les magasins Trakks en pleine expansion. La «crise» n’est pas passée par les magasins de running -
Indéniablement, les commerces proposant des articles de running ont pris la courbe ascendante depuis mars 2020. «On fait partie des privilégiés, sourit en grimaçant Yves Waroquier, propriétaire de Born to run à Nivelles. On n’a jamais aussi bien tourné en 12 ans d’ouverture. Mais on ne s’en réjouit quand même qu’à moitié…» Sans pratiquer la vente en ligne – «on résiste»-, il est parvenu à dépasser son chiffre d’affaires de 2019 malgré trois mois de fermeture. «C’est essentiellement une nouvelle clientèle. Si on arrive à en garder 10 à 20%, c’est déjà pas si mal.»

Son de cloche identique du côté des magasins Trakks. L’année 2021 sera importante pour l’enseigne qui vient d’ouvrir un nouveau point de vente à Liège (Rocourt) et qui va s’installer à Charleroi au 1er juillet. «Cette année nous a permis de sortir la tête du guidon, constate Christophe Thomas. On a pu travailler les choses à plus long terme.» Il a ainsi pu injecter des moyens dans le développement digital et avec des effets quasiment immédiats. «Notre site est mieux référencé. Aujourd’hui 35 à 40% des achats se font en ligne par tablette ou smartphone. On a aussi pu travailler la géolocalisation des pages en fonction de nos magasins. Tout cela, ça brûle des budgets.» Les magasins Trakks ont ainsi pu développer les ventes en ligne vers l’étranger. «Tous les jours, on envoyait des colis à l’international. On n’a pas directement compris pourquoi. En fait les gens n’arrivaient plus à se fournir au niveau local.» Le confinement a provoqué des ruptures de stock un peu partout et les clients s’approvisionnaient là où il trouvait le produit recherché. «Aujourd’hui, 30% de nos ventes en ligne sont pour l’étranger.»

 

Crise sanitaire: comme sur un jogging, il y a plus de perdants que de vainqueurs
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Ce jeudi, dans les journaux «L’Avenir», retrouvez notre supplément de 64 pages sur la saison running 2021. Pour vous remettre en forme, Julien Piron, kiné sportif et triathlète, vous propose une séance de renforcement musculaire en vidéo. Car reprendre la compétition après des mois d’abstinence n’est pas sans danger.

Retrouvez aussi dans ce supplément des rencontres avec le meilleur marathonien belge et le dernier vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. On fait aussi le point sur le matériel connecté, les chaussures «carbone» et vous donne un tas de conseils pour la nutrition, la santé et l’entraînement. On revient aussi sur cette saison covid et quelques bons plans aussi pour courir, avec ou sans confinement.

Découvrez aussi le supplément sur www.lavenir.net/running2021

 



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