Julien Leclercq, le prodige du snooker belge, va au mondial

Julien Leclercq, le prodige du snooker belge, va au mondial

Julien Leclercq a le snooker dans le sang. Yves Bircic

Dans quelques jours, le Crisnéen de 18 ans disputera ses premiers championnats du monde seniors de snooker. Prodigieux.

«Venez, suivez-moi, je vais vous montrer la pièce où il s’entraîne. » Crisnée, en cette fin de semaine. C’est la maman d’un possible futur champion du monde de snooker qui nous ouvre les portes de la maison familiale. Début avril, Julien Leclercq prendra le thalys en direction de l’Angleterre et de Sheffield pour y disputer ses premiers championnats du monde seniors. À 18 ans, fêté il y a quelques semaines à peine, il a été invité par Jason Ferguson, le président de la fédération internationale de snooker en personne, pour participer à l’événement. Parmi, excusez du peu, les 144 meilleurs joueurs du monde.

Il faut dire que le gaillard, qui affiche près de 2 m sous la toise, a tout du génie précoce. Toutes proportions gardées, il est un peu à cette discipline sportive ce qu’était Romelu Lukaku à ses débuts dans le foot pro: un adolescent au talent dingue qui a sauté, pardon, mangé, les étapes les unes après les autres. Sa famille a rapidement détecté son don et a tout fait pour l’aider à l’exploiter, sans pression aucune. «Sa pièce» a ainsi tout d’une caverne d’Ali Baba avec une table de billard spécialement aménagée pour lui, du matériel de professionnel et, évidemment, ces coupes souvenirs de tous les titres qu’il a déjà engrangés en Belgique et à l’étranger jusqu’ici. « Avant, on habitait à Amay et on allait s’entraîner dans le Limbourg, épicentre du snooker en Belgique, narre son papa Georges, Hutois d’origine. On devait passer par Crisnée pour aller à Play 144, club sis à Hasselt. On voyait systématiquement cette maison qui était à vendre. Mon fils m’a alors dit un jour: ‘ Ce serait bien si on l’achetait, papa. On serait plus près pour le snooker!’ Le soir même, je sonnais aux anciens propriétaires et, le lendemain, c’était fait. On a alors pu affecter cette annexe dans la foulée pour Julien. Et dire qu’ici, avant, les anciens propriétaires construisaient des cercueils… (rires).»

La marmite snooker, le petit frère de Charlotte, à laquelle il a dédié sa victoire aux championnats de Belgique U21 en 2017, est un peu tombé dedans quand il était petit. Joueur amateur occasionnel, son père l’a gentiment initié, sans aucune ambition. Le talent a fait le reste… « J’ai commencé à jouer vers mes 4 ans, mais juste comme ça, en mettant un tabouret pour atteindre la table et en tenant la queue comme je pouvais, sourit Julien. Puis mon père m’a dit: ‘Joue comme tu veux et amuse-toi.’ C’est ce que j’ai fait pendant 4 ou 5 ans avant de prendre la chose un peu plus au sérieux. J’ai alors testé tous les coups et j’ai constaté que je faisais souvent rentrer la boule dans les trous, peu imported’où je tirais.»

C’était bon: le virus du «snouk» comme on dit dans le jargon l’avait chopé . Avec un premier succès en tournoi national dès ses 12 ans alors qu’il était le plus jeune inscrit. Et des titres nationaux en pagaille depuis lors, des U16 aux seniors. « Je me suis entre-temps adjugé les services d’un coach personnel avec lequel je bosse beaucoup, poursuit Julien. En moyenne, je suis à la table 6h/jour à répéter mes gammes encore et toujours. Depuis mes 12 ans, je joue tous les jours, plusieurs heures par jour. Je sens que je progresse +mais j’avoue qu’avec le Covid, je ne sais plus trop où j’en suis car je n’ai plus joué en match officiel depuis octobre 2020. Ces championnats du monde seront un peu un saut dans l’inconnu. Mais je n’ai pas peur du tout. Je me suis déjà rendu compte que plus la pression était intense, plus j’aimais ça. C’est même avec elle que je suis le meilleur. »

Le meilleur, c’est d’ailleurs ce qu’il est devenu aujourd’hui en Belgique, avec son sparring-partner et ami Luca Brecel, 39e mondial, et Ben Mertens, autre prodige, flamand de 16 ans, comparse proche de Julien également. Pour ses premiers championnats du monde, les ambitions de ce dernier seront multiples à Sheffield. « J’y vais avec deux objectifs: me faire plaisir et surtout apprendre, dit-il modestement et calmement. Pour une première, face aux meilleurs du monde, il ne faut pas rêver. Mais je vis le snooker 24/24, 7/7. Donc, oui, j’y vais avec un autre objectif à plus long terme: arracher ma qualification parmi les 32 meilleurs du monde et devenir ainsi officiellement professionnel en décrochant un contrat avec l’association mondiale de ce sport. Ce statut m’assure ainsi de pouvoir avoir des gains en fonction de mes résultats en tournoi pendant 2 ans (NDLR: avec des montants qui pourraient avoisiner les 50.000-60.000€/an). Si cela m’arrive, je serais alors plus apaisé. Et je pourrais m’acheter un billard hi-tech pour progresser encore… »

Une autre vie l’attend avec ce statut de professionnel qui n’est réservé qu’à une élite dans le monde tandis que les stars de la discipline palpent plusieurs centaines de milliers d’euros par an. «Moi, je ne pense pas du tout à l’argent mais juste à ce statut de professionnel pour le moment, insiste Julien. Et pour l’atteindre via ces championnats du monde, il me faudra passer quatre tours. En tant qu’invité, je ne suis pas tête de série. Je risque donc d’affronter un gros calibre d’entrée. Cela va être compliqué. Mais si je sors une semaine de feu, qui sait jusqu’où je peux aller?» Avec un prize money estimé à 500.000€, le jeu en vaut la chandelle. Et si, dans quelques semaines, notre arrondissement comptait un champion du monde sur ses terres?