UN AN DE CRISE: ILS RACONTENT | Christophe Levaux, directeur médical au CHRH: «Une année hors norme»

UN AN DE CRISE: ILS RACONTENT | Christophe Levaux, directeur médical au CHRH: «Une année hors norme»

Le dimanche 15 mars 2020, Christophe Levaux et ses équipes ouvraient l’unité Covid au CHRH. Heymans Archives

Il y a pile un an, la crise du Covid nous touchait de plein fouet. L’Avenir Huy-Waremme débute une série témoignages qui reviennent sur cette «année noire». Premier acteur de terrain: Christophe Levaux. Le directeur médical du Centre hospitalier régional de Huy, revient sur 12 mois à jamais inoubliables. «Dimanche 15 mars, les patients sont arrivés aux urgences les uns après les autres. Là, j’ai rappelé des collègues pour monter l’unité Covid dare dare.»

Dr Levaux, vous souvenez-vous du sentiment qui vous a animé le dimanche 15 mars 2020?

Oh oui. Celui d’une urgence absolue et de jamais vu. J’étais resté tout le week-end à l’hôpital pour surveiller l’évolution des choses. Puis, les patients sont arrivés aux urgences les uns après les autres le dimanche. Ils étaient une quinzaine qu’il fallait hospitaliser. Là, j’ai rappelé des collègues pour monter l’unité Covid dare dare.

C’était le grand saut dans l’inconnu où il a parfois dû improviser?

On a dû se réinventer, c’est sûr. Mais ce n’était pas de l’improvisation totale car nous avions préparé les choses lors de différentes cellules de crise les semaines précédentes. Les plans étaient prêts avec la désignation des agents aux postes médicaux. Cela a aidé d’être en contact avec les directeurs des autres hôpitaux de la province. Les Liégeois ont d’abord été touchés. On a senti la vague arriver. Ce qui a été très surprenant, c’était de déjà devoir ouvrir l’unité le week-end.

Comment qualifieriez-vous ces douze mois?

Une année hors norme sous tous les plans et catastrophique au sens littéraire du terme car cela dépasse les capacités habituelles de réponse.

Vous est-il arrivé de paniquer?

Non, car on avait préparé un plan. Je parlerais plutôt de peur par rapport à l’inconnu et à la hauteur de la vague.

La pénurie de matériel était-elle prévisible?

On ne s’y attendait pas du tout quand elle s’est présentée après deux ou trois semaines. Des gants, des blouses, c’est de l’équipement d’une banalité. Comme s’il n’y avait pas de farine pour faire du pain dans une boulangerie! La problématique dépassait l’hôpital. Heureusement, les citoyens se sont mis à coudre des chasubles notamment. Et, on en a peu parlé, mais le consortium aéronautique liégeois nous a grandement aidés en fabriquant des tabliers et en nous fournissant du matériel et du textile.

Il a aussi fallu surveiller l’état de fatigue physique et psychique des troupes.

Au tout début non, tout le monde était plongé dans l’intensité. Les premiers signes d’intense fatigue sont apparus après plusieurs mois.

Des agents du CHRH ont-ils décidé de tourner le dos à leur profession après ces épreuves?

Pas à ma connaissance, mais il doit peut-être y en avoir. La cellule psychologique pour aider le personnel a joué un grand rôle durant cette crise sanitaire. Douze mois sont passés et tout le monde est épuisé car il a ensuite fallu rattraper les retards dans la prise en charge des autres pathologies. Le service oncologie et le bloc opératoire tournent encore maintenant à plein régime.

L’arrivée d’une seconde vague à l’automne n’est pas étrangère à l’état des troupes. Pensiez-vous y échapper?

Quand la première vague, qui a duré de mi-mars à juin, a été derrière nous, nous avons craint une deuxième mais sans trop y croire. À la fin de l’été, on pensait être tranquilles. Malheureusement, la deuxième vague sera plus rapide, plus haute et plus dure à affronter. Et là, il y a eu beaucoup de découragement.

Personne ne veut avoir à affronter une troisième vague. Vous «touchez du bois» après les craintes apparues il y a une quinzaine de jours?

En province de Liège, je dirais qu’on vient d’avoir un bruit de fond sans plus. Il y a actuellement quelques patients pris en charge, mais c’est tout à fait gérable.

S’il fallait retirer du positif de ces douze mois?

Beaucoup de solidarité interne et externe. Cette période aura remis les priorités là où elles devaient être. On a senti de gros changements dans le regard du politique sur le secteur médical. Les hôpitaux ne sont pas qu’un problème financier et répondent avant tout à des besoins.

Il y aura clairement un «après Covid». En interne aussi avec des enseignements à tirer sur le fonctionnement du CHRH?

Oui, il y en aura sans doute. Et j’espère qu’on maintiendra cette énorme entraide entre les hôpitaux de la province, et des deux réseaux confondus.

Cette année aura aussi sollicité les finances de l’hôpital. Quel est l’état des lieux, même si cela ne relève pas de vos responsabilités?

Cela n’a pas été facile, mais on s’en sort.

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