FRANCE

6 ans après le crash «Dropped», la production accusée d’avoir lésiné sur le budget

6 ans après le crash «Dropped», la production accusée d’avoir lésiné sur le budget

L’accident s’était produit il y a 6 ans presque jour pour jour. Reporters / Bpresse

L’enquête sur le crash d’hélicoptères de l’émission «Dropped» pointe la responsabilité de la société de production ALP, désormais mise en examen, dans l’accident qui a coûté la vie à dix personnes en 2015, dont plusieurs vedettes du sport français, notamment en raison d’économies sur la sécurité.

Adventure Line productions (ALP), poids lourds des jeux télévisés d’aventure tels que Koh-Lanta ou Fort Boyard, a été mise en examen le 17 février pour «homicides involontaires», a appris lundi l’AFP de sources proches du dossier, confirmées par une source judiciaire.

La société était initialement sous le statut plus favorable de témoin assisté, mais cette nouvelle étape, prélude à la décision sur un éventuel procès, était toutefois attendue après de précédentes mises en examen: celle en février 2019 du Suédois Peter Högberg, «chargé de sécurité lors du tournage», puis en octobre 2020 de Nicolas Roussel, directeur de production de l’émission.

Joint par l’AFP, les avocats d’ALP rappellent que la société «reste présumée innocente» et qu’«il ne s’agit en aucun cas d’une reconnaissance de culpabilité».

«Les équipes d’ALP demeurent profondément bouleversées par l’accident qui a coûté la vie à leurs collègues, aux pilotes et à certains participants», soulignent Mes Pierre-Olivier Sur et Mathias Chichportich.

«Elles restent déterminées à démontrer que tous les moyens matériels et humains ont été mis en place pour assurer la sécurité», concluent les avocats.

«Cela fait six ans que cette société nie ses responsabilités», a regretté Gisèle Gilles, présidente de l’«Association des proches des victimes du crash d’hélicoptères de Dropped», dénonçant la «lâcheté» de cette dernière et la «toute puissance de l’argent».

Le 9 mars 2015, sous le regard des neiges éternelles du Cerro General Manuel Belgrano (6.250m), deux hélicoptères décollaient de Villa Castelli, dans la province argentine de la Rioja, pour transporter sportifs-candidats et équipe technique sur les lieux du tournage de l’émission.

Leur objectif était de larguer dans des zones isolées les vedettes, qui auraient 72 heures pour retrouver la civilisation. Mais lors d’un vol rapproché à basse altitude, pour qu’un appareil filme l’autre, les deux hélicoptères «Ecureuil» entraient en collision avant de s’écraser.

 

 

Dix personnes mouraient dans l’accident: la navigatrice Florence Arthaud, la championne olympique de natation Camille Muffat, le boxeur médaillé olympique Alexis Vastine, cinq membres français de la production, et deux pilotes argentins, Juan Carlos Castillo et Roberto Abate.

 

«Passivité» sur la sécurité

 

Le patineur Philippe Candeloro et le nageur Alain Bernard, autres candidats comme l’ex-cycliste Jeannie Longo, racontèrent comment ils assistèrent, impuissants à cette tragédie, la plus meurtrière de l’histoire de la téléréalité.

Rapidement, deux enquêtes judiciaires étaient ouvertes, en Argentine et en France.

Vidéos et témoignages ont vite mis en cause une erreur de pilotage, hypothèse accréditée fin 2015 par la Direction d’enquête des accidents de l’aviation civile (Jiaac), l’équivalent argentin du Bureau d’enquêtes et analyses (BEA).

Mais la Jiaac pointait aussi d’autres défaillances: «lacunes dans la planification» du vol, utilisation dans un cadre commercial d’hélicoptères publics, imprudences de pilotage pour des séquences spectaculaires.

Les juges français soupçonnent désormais une «faute caractérisée» des mis en examen: avoir sous-évalué le budget affecté aux moyens aériens et privilégié les critères financiers dans le choix des pilotes et des hélicoptères, «au détriment de la sécurité des personnes».

Alexia Laroche-Joubert, patronne star de la téléréalité à la française qui a repris les rênes d’ALP en 2016, après l’accident, avait déjà été entendue par les enquêteurs.

Fer de lance de la production des jeux d’aventure en France, ALP a subi en quelques années deux accidents graves: le crash meurtrier de 2015 et la mort d’un candidat en 2013 dans «Koh-Lanta».

Selon des éléments consultés par l’AFP, aussi bien Peter Hogberg que Nicolas Roussel ont désigné devant les juges les pilotes comme principaux responsables.

Les magistrats, toutefois, se demandent si ALP n’a pas fait preuve de «passivité» sur la sécurité.

«Personne, au sein d’ALP et de la production, ne s’était enquis de vérifier le profil professionnel» de l’un des pilotes, ont-ils estimé, alors que certains témoins ont évoqué sa maladresse, «ses lunettes à fortes correction» ou le fait qu’il se «déplaçait péniblement».

Ils se sont aussi demandé si ALP n’avait pas imposé le recours aux hélicoptères publics pour des raisons budgétaires, ce que M. Roussel a contesté.

En parallèle, plusieurs procédures d’indemnisation des familles sont en cours en France et la société a déjà été condamnée plusieurs fois pour « faute inexcusable ».