GEMBLOUX

GSF Event: «Le salon de l’auto virtuel nous a rapportés 35 000€, contre 850 000€ en présentiel»

En un an, la crise n’a pas épargné l’entreprise GSF Event, qui compte toutefois garder la tête hors de l’eau, en redoublant d’effort.

Depuis mars 2020, la sucess-story des fondateurs de GSF, Sammy et Sabry Freh, est freinée par la pandémie. Un coup dur pour ces deux frères gembloutois qui, dès le plus jeune âge, rêvaient de fonder leur propre société d’événementiel. «Cela a commencé par l’organisation de concerts au collège Saint-Guibert et de soirées scouts, explique Sammy. Notre boîte a été créée quelques années plus tard, durant nos études. Pour ma part, je suis passé par l’IAD en tant qu’ingénieur du son, mais je suis aussi diplômé de l’ICHEC, de l’EPHEC et de la Vlerick School à Gand. Mon frère, lui, est titulaire d’un diplôme d’ingénieur en électronique avec une spécialisation en acoustique.»

Après avoir occupé un petit container et l’entrepôt de leur papa, les deux entrepreneurs possèdent aujourd’hui leur propre bâtiment, chaussée de Charleroi. «Nos missions sont triples. D’un côté, nous avons le département Event, qui se charge d’événements 'corporate' pour de grandes entreprises ou institutions. De l’autre, se trouve GSF Engineering, qui développe des produits pour de grands acteurs du monde audiovisuel. Et nous avons également GSF Real Estate, une société immobilière spécialisée dans l’intégration et l’installation de ce genre de matériel pour des sociétés ou privés haut de gamme.»

Le live streaming: une solution durable?

La suspension de grands rassemblements depuis un an et l’interdiction de voyages à l’étranger n’arrangent évidemment pas les affaires du volet Event. «Nous n’organisons plus d’événements en présentiel et nos ambitions internationales sont clairement ralenties, confie Sammy Freh. Nous essayons donc de trouver des solutions, comme celle du live streaming (la diffusion d’événements en vidéo). Nous disposons ici d’une salle, qui fait office de studio, et de huit autres studios en Belgique chez nos clients. L’édition virtuelle du salon de l’auto, c’était nous. Mais cela n’a pas suffi. En présentiel, ce salon aurait pu nous rapporter environ 850 000€ de chiffre d’affaires. En virtuel, cela ne représente que 35 000€.»

GSF Event: «Le salon de l’auto virtuel nous a rapportés 35 000€, contre 850 000€ en présentiel»
Au sein de son bâtiment, GSF dispose d’une salle reconvertie en studio vidéo. ÉdA

Heureusement, GSF Engineering poursuit son travail et développe désormais du matériel pour de plus petites structures, comme des systèmes de sonorisation pour des salles de conférences. Résultat des courses: d’un point de vue économique, la tendance s’est inversée. «Avant, Event faisait à peu près 70% du chiffre d’affaires du groupe et Engineering, 30%. Aujourd’hui, Engineering est à 80%, Event à 10-15% et Real Estate, 5-10%

Les aides financières? «Une goutte d’eau»

Le manager de GSF Event pointe du doigt un manque de cohérence dans les aides octroyées par le gouvernement. «3 000 à 5 000€ ne sont pas suffisants pour couvrir les frais et investissements d’une entreprise comme la nôtre. Quand on perd 3 à 4 ou 5 millions d’euros en un an, c’est une goutte d’eau. En Flandre, il serait question d’adapter les aides au chiffre d’affaires de l’entreprise. Mais en Wallonie, il s’agirait de les lier aux équivalents temps plein. Or, plus de la moitié de notre personnel est freelance!»

Si le reste de l’équipe GSF fournit un travail administratif ou gestionnaire à des heures fixes, ce n’est effectivement pas le cas des indépendants, qui exercent leur métier sur le terrain. La plupart de ces travailleurs sont encore et toujours à l’arrêt.

Ils diffusent les annonces du Premier ministre

Malgré le contexte difficile, GSF est tout de même sollicité par de prestigieux clients, dont la Chancellerie du Premier ministre. Saviez-vous que derrière le son et l’image des conférences du comité de concertation, se cachait cette société gembloutoise?

GSF Event: «Le salon de l’auto virtuel nous a rapportés 35 000€, contre 850 000€ en présentiel»
Si vous voyez et entendez Alexander De Croo lors de ses conférences de presse covid, c’est grâce à GSF. - – COMMENTAIRES - – Si vous voyez et entendez Alexander De Croo lors de ses conférences de presse covid, c’est grâce à GSF. Sébastien Pirlet/Isopix

En 2016, elle avait déjà collaboré avec le 16, Rue de la Loi pour les centres de presse des attentats. Mais ce n’est pas tout. GSF est également fournisseur officiel du Parlement européen et de la Cour! Plus anecdotique: l’entreprise a participé aux trois premières éditions de Tomorrowland.

Mais depuis 2008, l’équipe concentre son énergie sur des événements «corporate», au détriment de rassemblements culturels, pour des questions de rentabilité. Notons enfin que les cartes électroniques que produit Engineering servent au fonctionnement de l’éclairage de la plus haute tour du monde, la Burj Khalifa à Dubaï. Pas mal.

«On nous interdit de travailler»

Si Sammy Freh retransmet les conférences du Premier ministre, cela ne l’empêche pas de manifester son désaccord sur certaines règles.

«En tant que professionnels, nous ne manquons pas de ressources. Par exemple, Engineering travaille sur des systèmes de désinfection aux UVC, efficaces pour divers rassemblements. L’association belge des fournisseurs d’événements BESA a également mis en place le système Event Risk Model, qui prévient de potentiels risques liés à l’organisation d’un événement. Cette initiative n’a jamais été clairement validée par les politiques.»

«Bref, on nous interdit de travailler, alors qu’on propose tout un tas de solutions. D’après moi, on ne reviendra pas à la normale d’ici 2022. Mais dans n’importe quel secteur, quelle entreprise serait capable de rester à l’arrêt ou de survivre avec 5% de chiffre d’affaires pendant deux ans, tout en payant ses charges? Aucune.»