BRUXELLES

VIDÉO | Uber VS taxis: 1000 chauffeurs enlisent la circulation à Bruxelles

Environ 800 véhicules Uber et 120 taxis ont manifesté ce 4 mars dans Bruxelles. D’où de gros embarras de circulation. Le Gouvernement annonce un projet d’ordonnance «avant l’été».

Environ 800 véhicules Uber et 120 taxis ont manifesté durant la matinée de jeudi dans le centre de Bruxelles, ce qui a généré d’importants embarras de circulation, a indiqué la porte-parole de la police de Bruxelles-Ixelles Ilse Van de keere.

Le nerf de la guerre: la décision du gouvernement bruxellois d’appliquer strictement à compter de ce lundi l’ordonnance bruxelloise de 1995 sur les services de taxis et les sociétés de location de voiture avec chauffeur. Celle-ci stipule que les sociétés de LVC, et donc les chauffeurs Uber qui circulent sous ce statut, ne peuvent pas se servir d’appareils de radiocommunication, en ce inclus les GSM, pour recevoir des commandes de courses en direct, car cet outil est réservé aux seuls taxis.

Les chauffeurs Uber se sont rassemblés pour protester à compter de 09h30 sur le boulevard Pacheco, qui a été fermé à la circulation, puis se sont rendus devant le cabinet du ministre-président du gouvernement bruxellois Rudi Vervoort sur le boulevard du Régent. Ce déplacement a causé des ralentissements sur la petite ceinture. De plus, les tunnels Tervueren, Cinquantenaire et Loi ont été fermés en raison d’une manifestation.

«Nous sommes contre l’application Uber dans les smartphones»

Les taxis, eux, se sont rassemblés devant le parlement bruxellois pour encourager Rudi Vervoort à maintenir fermement sa position. La circulation a été quelque peu perturbée rue du Lombard, où les taxis s’étaient garés sur deux files. Deux voies restaient libres. La place Saint-Jean et la rue Dusquenoy ont été fermées dans les deux sens de circulation pendant une à deux heures.

Ils avaient apposé sur leurs pare-brise des affiches avec des messages comme «Ubérisation = Régression» et «Télécommunication = Progression». Ils ont scandé le slogan «Appli, Appli, Application de la loi» sous les fenêtres du parlement bruxellois et ont lancé des encouragements à tenir bon à Rudi Vervoort.

«Nous soutenons l’état de droit et pas un état de fait»

La législation de 1995 stipule que les sociétés de LVC, et donc les chauffeurs Uber qui circulent sous ce statut, ne peuvent pas se servir d’appareils de radiocommunication, en ce inclus les GSM, pour recevoir des commandes de courses en direct, car cet outil est réservé aux seuls taxis.

Avec cette mobilisation, le collectif des Travailleurs du Taxi, ainsi que les associations Elite Taxi Belgium et Brussels Taxi Fed ont voulu contrer les voix qui s’élèvent dans les rangs de l’opposition.

«Nous soutenons l’état de droit et pas un état de fait», explique Michaël Zylberberg, président du collectif des Travailleurs du Taxi. «Nous sommes contents que la loi de 1995 soit finalement appliquée. C’est une réglementation de taxi». Il défend que beaucoup de lois ont plus de 25 ans et estime que son ancienneté n’est pas un argument pertinent. «Nous sommes contre l’application Uber dans les smartphones car cette application est utilisée à des fins de taxi», continue Michaël Zylberberg. «On ne peut pas autoriser une application fonctionnant comme une centrale de taxis, qui est réglementée. C’est déloyal».

Gouvernement: un plan avant l’été

Les ministres du gouvernement bruxellois se sont accordés jeudi sur la nécessité d’avancer rapidement sur la réforme du secteur taxis et Location de Voiture avec Chauffeur (LVC). La réforme permettra d’offrir un statut décent à tous les travailleurs mais aussi une qualité de service optimale aux usagers. L’objectif est d’avoir un projet d’ordonnance avant l’été, a indiqué le cabinet du ministre-président Rudi Vervoort (PS), à l’issue de la réunion.

Au cours de la réunion, le ministre-président a rappelé les rétroactes des décisions judiciaires et politiques qui ont mené à l’arrêt de la Cour d’appel du 15 janvier dernier. Cet arrêt «porte certaines interprétations juridiques, indépendamment des deux questions préjudicielles adressées à la Cour constitutionnelle, qui doivent être prises en compte par l’administration (NDLR: régionale) dans son application de l’ordonnance de 1995, lors des contrôles quotidiens qu’elle assure sur le secteur du transport rémunéré de personne, taxi comme LVC», a commenté le cabinet de Vervoort.

Rudi Vervoort a également reçu des représentants du secteur LVC regroupés au sein de l’ASBL ABCL dans le contexte de la manifestation du jour. Selon son cabinet, le ministre-président leur a expliqué la situation engendrée par l’arrêté de la Cour d’appel du 15 janvier qui touche les chauffeurs LVC et, indirectement, la plateforme Uber.

Statut précaire des chauffeurs

Une discussion «constructive» a porté sur les points qui devraient figurer dans la réforme du secteur mais aussi sur le statut précaire des chauffeurs et «l’importance de trouver des solutions rapidement pour protéger les travailleurs».

Toujours selon le cabinet de Rudi Vervoort, les contrôles de Bruxelles Mobilité ont lieu en permanence. Les contrôleurs de l’administration «ont reçu pour instruction de veiller au bon respect de l’ordonnance. Celle-ci précise que les véhicules sous licence LVC doivent disposer d’un contrat écrit préalable en respectant toute une série de conditions d’exploitation. Ces LVC ne sont pas autorisés à circuler sur la voie publique à la recherche de clients (maraudage électronique) et n’ont pas vocation à être connectés à une plateforme leur permettant de recevoir des commandes de course à exécution instantanée. Cette interdiction ne concerne pas les taxis. Le LVC est une limousine avec chauffeur réservée préalablement avec un contrat écrit et destinée à transporter des clients déterminés pendant de longues heures» a-t-il été rappelé.

Rudi Vervoort a assuré que le premier but des contrôles est de rappeler les règles et non de mettre à genoux un secteur fragilisé par un business model condamné par la Cour d’appel.

«Il s’est d’ailleurs engagé fermement à avancer rapidement sur la réforme du secteur pour aboutir dans un délai court à un projet d’ordonnance. Il a partagé son souhait d’assainir la situation pour que tous les chauffeurs puissent travailler dans des conditions décentes, en toute légalité et trouver, comme chacun, leur place dans la société, avec dignité», a encore dit son cabinet.