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L’isolation naturelle bientôt incontournable? Exemple chez Gramitherm à Auvelais

L’isolation naturelle bientôt incontournable? Exemple chez Gramitherm à Auvelais

Hervé-Jacques Poskin (Cluster Eco-Construction), Agnès et Christian Roggeman (Gramitherm), la députée Valérie Delporte, et David Javaudin (Gramitherm). CMNRU

La députée wallonne Valérie Delporte (Écolo) s’est rendue à l’usine Gramitherm dans le cadre d’un projet de décret lié aux matériaux biosourcés.

Un produit est qualifié de biosourcé, lorsqu’il est issu de la biomasse et est composé de minimum 90% de matières premières d’origine wallonne ou situées dans un rayon de 350 km. C’est le cas du Gramitherm, qui possède également le Label Filière Wallonne, témoignant d’une production propre et responsable au sein d’un circuit court. Mais concrètement, en quoi consiste ce produit et pourquoi intéresse-t-il des députés wallons?

Fin 2019, la firme Gramitherm prenait ses quartiers dans un ancien bâtiment de 5 000 m2, rue des Glaces Nationales à Auvelais. Née en Suisse quelques années plus tôt, cette entreprise unique en son genre est aujourd’hui dirigée par l’administrateur délégué Christian Roggeman.

Au quotidien, son équipe génère une quarantaine de palettes de panneaux réalisés à base de 72% de fibres d’herbe, 20% de jute recyclée et 8% de fibres de liaison. Ces panneaux, tout naturellement nommés Gramitherm, pèsent 40 kg au m. Leur densité peut varier en fonction de leur vocation: protection thermique, acoustique ou phonique.

L’isolation naturelle bientôt incontournable? Exemple chez Gramitherm à Auvelais
La députée Valérie Delporte et le responsable du site de Gramitherm, David Javaudin, avec un panneau de Gramitherm EdA

«Nous travaillons notamment sur des panneaux anti-bruit, utiles le long des routes ou des voies de chemin de fer, indique Christian Roggeman. Mais au-delà de ça, ils peuvent être appliqués à l’intérieur de murs externes, entre, sur et sous chevrons, sous toits, combles, plafonds, sols… Ils sont actifs contre le froid et le chaud. Certes, la laine de verre reste majoritairement utilisée, mais elle laisse rentrer la chaleur facilement. Le Gramitherm, lui, bloque le transfert de chaleur. Il permet aussi de réguler l’humidité. Et sa résistance au feu a été testée.»

Concernant la provenance des composants, la toile de jute est issue de sacs de cacao du port d’Anvers. Quant à l’herbe, elle provient de Campine. «Nous ne valorisons que de l’herbe perdue, suite à l’entretien de bords de routes, de canaux ou autres domaines publics.» Cette production est donc 100% belge et répond à une logique de circuit court.

L’isolation naturelle bientôt incontournable? Exemple chez Gramitherm à Auvelais
Un panneau Gramitherm "en fonction" EdA

«En transportant de l’herbe, on transporte 50% d’eau. Le faire sur des longues distances n’aurait aucun sens. D’autant plus que notre bilan carbone se doit d’être négatif. Et il l’est! Un processus tel ne peut se concevoir que dans un écosystème régional.» En ce sens, notons que tous les ouvriers de l’usine habitent la région.

Tâter le terrain pour mieux légiférer

Pour se rendre compte de l’enjeu écologique, économique, mais aussi sanitaire de l’isolation naturelle, la députée Valérie Delporte a rendu visite aux employés de Gramitherm. «Au sein de la commission logement, nous est parvenue une proposition de décret visant à imposer des seuils de matériaux biosourcés, pour la construction d’habitations publiques et privées, ainsi que pour de la rénovation. C’est pourquoi je tâte le terrain ici, afin de trouver des réponses à mes questions. Nous devons à présent étudier cette proposition, l’amender, la changer, l’adapter en fonction des possibilités et de nos objectifs.»

«Cela me tient bien sûr à cœur en tant qu’écologiste. Mais ce travail ne doit pas être pris à la légère. La loi doit être bien calibrée. Avant de légiférer, il faut s’assurer que la Wallonie détienne une capacité de production suffisante. Heureusement, l’ASBL Cluster Éco-Construction, qui est un réseau d’entreprises et d’experts actifs dans ce domaine, est déjà en contact avec différents parlementaires et cabinets ministériels, pour les informer au mieux.»

 

Combien ça coûte?

En Europe, le taux de croissance du marché de l’isolation se situe entre 3 et 5%. Le biosourcé, lui, représente 10 à 12% de croissance. Hervé-Jacques Poskin, directeur du Cluster Éco-Construction, explique que la Wallonie a un rôle important à jouer dans cette évolution. «En Belgique, notre région est celle qui compte le plus de producteurs de biosourcé au m2. La France ne connaît pas une aussi grande concentration. La Wallonie a donc tout intérêt à favoriser son exportation et donner des perspectives aux industriels. »

Évidemment, privilégier les matériaux biosourcés a un coût: 70 à 80€ le m3, soit 15€ de plus qu’une isolation en laine minérale. «Mais en valeur absolue, la différence n’est pas énorme.», indique l’administrateur de Gramitherm, Christian Roggeman. « N’oublions pas que notre isolant a une garantie de vie de 50 ans! Il régule également l’humidité et protège de la chaleur. Investir dans le biosourcé, c’est rendre une construction pérenne. »

 


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