TOURNAI

Le Tournai d’avant: le parachute d’un ingénieux aéronaute

Vieille de 126 ans, la photo fait renaître les exploits de Jean-Baptiste Glorieux, un passionné qui a maîtrisé les plus légers que l’air.

Les ballons libres, les Tournaisiens connaissent puisque chaque année il leur est proposé, sur le forum, la place Verte ou la place Crombez, l’une ou l’autre «montée» du ballon.

La foule y est toujours aussi dense mais lorsqu’il leur est annoncé que le mardi 11 septembre 1894, un parachute accompagnera le «Titien» de Glorieux, c’est du délire.

Chercheur passionné

Destin atypique que celui-là; né à Tournai en 1834, Jean-Baptiste et sa famille s’en vont vivre dès 1843 à Roubaix où son père a trouvé embauche. Son cursus prévu est logique, il sera tisserand mais aussi tourneur.

En même temps, il s’intéresse à la physique, la mécanique et l’astronomie, indices d’un touche-à-tout doué d’une vive intelligence qui l’entraîne aussi sur la scène d’une troupe locale.

Ce n’est pas le lot de tous mais, pour se forger l’expérience jugée indispensable, Jean-Baptiste s’embarque bientôt pour un tour de France. Ce qu’il découvre dans ce périple doit être multiple et pas vraiment porté vers la «tissanderie» car, au retour à Roubaix, il a choisi sa voie: aéronaute.

L’essai de son premier ballon, construit dans une usine désaffectée est pourtant un échec. Le 15 avril 1861, l’enveloppe, gonflée à l’hydrogène, se dégonfle lamentablement. Pas de découragement et le 15 août, le Vengeur s’élève majestueusement des Ballons à Herseaux, emportant le constructeur assis sur une simple planchette.

Pour s’attirer des commanditaires, il corse les ascensions d’attractions diverses comme de faire l’acrobate sur un trapèze ou d’envoyer un âne vers les cieux (il se brisera les pattes à l’atterrissage).

C’est la gloire pour «Batiss» comme l’appellent ses amis; il est invité avec son ballon à toutes les fêtes, kermesses et foires. Parfois, il est près du drame comme lorsqu’il dérive six heures au-dessus de la mer où il amerrit et a la chance d’être recueilli (1885).

Il s’est donc sorti indemne de 635 ascensions et rejoignit le ciel à Roubaix, 23 mars 1905..

Revenir sur terre

Ils sont nombreux ceux qui, comme Icare, se sont envolés vers le ciel avant de se blesser, voire de se tuer, au retour sur le plancher des vaches.

La liste est longue de ceux qui se sont évertués à résoudre le problème; combien sont-ils à s’être tués en se jetant d’une tour, d’une corniche avec un engin de leur fabrication.. Même Léonard de Vinci se penche sur le sujet, sans succès. J.-B. Glorieux a sans doute suivi au cours de ces années, l’évolution du parachute.

Mais ce qu’il ose le 22 juin 1884 est exceptionnel. Parti de Lille, il a embarqué comme passager Zéphirin Disdal qui, de 4 000 mètres, se jette dans le vide suspendu simplement à un drap de lit. C’est réussi mais que de risques qu’il ne prendra pas le 9 septembre 1894.

Le Titan se gonfle place Crombez tandis que l’harmonie des Sapeurs Pompiers fait patienter le public. Lequel se perd en conjectures car le ballon emporte deux nacelles: l’une pour Glorieux avec sa petite fille, l’avocat Jules Roger et le baron Pierre de Crawnez de Gosselies; l’autre nacelle, en dessous de la première, est réservée à M. Duchâteau, horloger roubaisien..

Sans accroc, le Titan monte. À 900 mètres, Duchâteau coupe les cordes qui le relient et, parachute ouvert, descend gentiment et touche terre à Rumillies, chez le fermier Rucq qui lui fit bon accueil.

Le Titan se montre, lui, capricieux. Au-dessus de Rumillies, il reste immobile avant de rebrousser chemin, de traverses Tournai, de partir vers Orchies avant d’atterrir à Mouchin.

C’était là la dernière ascension de Jean-Baptiste Glorieux, il l’avait réservée pour sa ville natale..