MOBILITÉ

Chauffeurs Uber interdits de smartphone: 100 voitures manifestent devant le palais Royal

Une centaine de chauffeurs liés à la plateforme Uber se sont rassemblés sur la place Royale à Bruxelles avant de défiler rue Ducale, devant le cabinet Vervoort. BELGA – PAUL-HENRI VERLOOY

Bruxelles va interdire aux chauffeurs Uber d’utiliser leur smartphone pour accepter des commandes de courses. En réaction, une centaine d’entre eux se sont réunis autour du parc Royal pour manifester dans Bruxelles.

Les chauffeurs utilisant la plateforme de taxi Uber manifestent ce 1er mars dans les rues de Bruxelles. Une centaine de véhicules avec licence LVC (location de véhicule avec chauffeur) ont circulé en cortège dans la rue Ducale, devant le cabinet du ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort (PS). Ils se sont rassemblés place des Palais.

Ces chauffeurs, qui utilisent l’application Uber pour prendre en charge des clients, ont protesté contre la décision du ministre de leur interdire d’utiliser leur smartphone (lire cadrée). Une nouvelle action des chauffeurs LVC est prévue jeudi.

«Nous avons demandé une rencontre avec Rudi Vervoort et nous attendons sa réponse», a déclaré Emil Miletinov, porte-parole de l’Union Syndicale des Chauffeurs Privés (USCP).

«On est très déçu de l’ambiguïté de l’intervention du ministre Vervoort ce matin sur les ondes de la RTBF. Il reste très flou par rapport aux contrôles à l’avenir. Il fait référence à la fameuse ordonnance de 1995 qui selon nous est dépassée. Ce qu’on voudrait, c’est avoir un plan taxi qui reflète les réalités de terrain d’aujourd’hui», a déclaré Emil Miletinov.

«Nous ne visons pas spécifiquement Uber»

Si les chauffeurs manifestent, c’est que l’administration bruxelloise a décidé d’interdire aux chauffeurs du service de transport Uber d’utiliser leur smartphone pour accepter des commandes de courses. C’est ce que rapporte lundi La Libre Belgique.

Aussi, les autorités bruxelloises vont sévir dès lundi, selon ce que confirme au quotidien le cabinet du ministre-président Rudi Vervoort (PS). «Nous ne visons pas spécifiquement Uber, mais nous faisons en sorte que l’ordonnance et les arrêtés sur les LVC (location de voitures avec chauffeur) soient respectés», explique le cabinet.

«Or celle-ci stipule que les contrats de réservation doivent être au moins de trois heures et que les commandes de courses via le système de géolocalisation d’un téléphone portable sont interdites. Les chauffeurs qui seront en infraction recevront un avertissement après le premier contrôle. Ils seront sanctionnés par la suite», détaille encore le cabinet.

Saisie possible

En cas de non-respect de la réglementation, le contrevenant s’expose à la saisie du véhicule, à des poursuites pénales et à une sanction administrative de suspension temporaire, voire de retrait définitif de son autorisation d’exploiter un service de location de voitures avec chauffeur.

«Le fait que le gouvernement prenne des mesures contre 2.000 chauffeurs sur la base d’une réglementation en cours d’examen par la Cour constitutionnelle est incompréhensible», a réagi un responsable d’Uber en Belgique.

«C’est demander à un cuisinier de ne plus utiliser de casseroles»

Pour le député cdH Christophe De Beukelaer, cette interdiction équivaut à «demander à un cuisinier de ne plus utiliser de casseroles», s’indigne-t-il. Son parti demandera au ministre-président de s’expliquer au parlement cette semaine. Le MR fera de même. «Sacrifier 2.000 travailleurs en pleine crise économique, c’est scandaleux», a dénoncé le député David Weytsman, soulignant l’incapacité du gouvernement bruxellois à réformer le secteur.

Interrogé sur La Première (RTBF), Rudi Vervoort a rappelé que le problème était l’usage du téléphone en course, prendre des courses au fur et à mesure. Uber s’est servi du système des limousines pour contourner certaines règles, il doit donc respecter ce système. Le chef du gouvernement bruxellois souligne aussi le fait qu’Uber ne recourt pas à des contrats d’emploi.

«C’est le système lui-même qui est condamnable. La question, c’est de savoir quel avenir l’on veut donner au transport de personnes à Bruxelles. La concurrence mise en place par Uber n’est pas tenable sur le long terme», selon le dirigeant socialiste, qui appelle à envisager des alternatives.

«Des règles archaïques»: la majorité divisée sur le cas Uber

La majorité bruxelloise apparaissait divisée lundi au sujet de l’interdiction d’usage des smartphones par les chauffeurs Uber. Le ministre Sven Gatz (Open Vld) a ainsi clairement dénoncé la mesure.

«Plutôt que de vouloir maintenir des règles archaïques de 1995, nous ferions mieux d’attendre la décision de la Cour constitutionnelle concernant le secteur des taxis et Uber, comme le demande explicitement la Cour d’appel de Bruxelles», a-t-il réagi sur Twitter.

Le secrétaire d’Etat Pascal Smet (sp.a) a lui aussi dénoncé la position bruxelloise. «Interdire les smartphones et les technologies intelligents en 2021 est insensé. Nous devrions attendre l’arrêt de la Cour constitutionnelle et travailler entretemps à une nouvelle proposition», a renchéri, toujours sur Twitter, l’ancien ministre bruxellois de la Mobilité.