LIÈGE-BRUXELLES

«C’est honteux de pointer les jeunes du doigt»: Philippe Devos réagit après les fêtes dans les parcs

«C’est honteux de pointer les jeunes du doigt»: Philippe Devos réagit après les fêtes dans les parcs

«On n’a pas laissé aux jeunes un moment d’exutoire depuis un an», insiste Philippe Devos. Capture RTL Info - Labeye

«Le Covid-19 est une maladie qui ne touche pas les jeunes», rappelle le docteur Philippe Devos. Selon lui, il ne faut pas stigmatiser les jeunes qui ont profité du beau temps pour prendre l’air dans les parcs.

Le printemps semble avoir déjà débuté, et plusieurs fêtes en plein air se sont improvisées dans les parcs en Belgique, que ce soit au bois de la Cambre à Bruxelles ou au parc de la Boverie, à Liège, où des centaines de jeunes, pour la plupart, ont pris l’air.

«C’est trop facile de les pointer du doigt, je trouve que c’est même honteux», réagit le médecin chef adjoint de l’unité des soins intensifs du CHC MontLégia (Liège), Philippe Devos, par ailleurs président de l’association belge des syndicats médicaux (ABSyM).

 

 

«On ne leur a pas laissé un moment d’exutoire depuis un an. Cela fait un an qu’ils font le sacrifice avec aucun intérêt pour eux-mêmes, car je rappelle que, pour eux, le risque est inférieur à la grippe. C’est à partir de 40 ans que cela domine la grippe, puis ça devient exponentiel. Le Covid-19 est une maladie qui ne touche pas les jeunes, donc on leur explique qu’ils doivent faire des efforts mais pas pour eux. Et ce qu’ils ont en retour, c’est de la stigmatisation.»

 

Je suis plus scandalisé par rapport à un patron qui exige l’arrêt du télétravail.

 

Comme l’explique le docteur Philippe Devos, «un an sans vie sociale pour un jeune, c’est insupportable». «Je suis davantage scandalisé par rapport à un patron d’entreprise qui exige l’arrêt du télétravail et qui exige le retour de dix employés dans un bureau commun, même pour un employé qui a peur d’attraper le coronavirus», poursuit-il. «Cela me gêne plus qu’une grosse fête une seule fois quand il fait beau…»

 

Je pense qu’aucun jeune n’a dit: Je vais aller au parc et je ne vais pas respecter les gestes barrières car mon objectif, c’est de tuer mon père quand je rentre...

 

Quid du respect des gestes barrières? «Si les jeunes n’adhèrent plus aux gestes barrières, c’est plus un échec de la compréhension et donc de l’éducation et de l’information qu’on leur a données qu’une erreur de leur part», analyse le docteur Philippe Devos.

 

 

«Tout le monde essaie de faire au mieux pour lui et sa famille. Je pense qu’aucun jeune n’a dit ‘‘Je vais aller au parc et je ne vais pas respecter les gestes barrières car mon objectif, c’est de tuer mon père quand je rentre’’. Personne n’a fait cela pour ça, même si cela risque d’arriver. Si le jeune a, dans sa famille, quelqu’un qui est dans une population à risque en rentrant chez lui, et s’il n’a pas respecté les gestes barrières, c’est qu’il y a quelque chose qu’il n’a pas compris. C’est ce que je vois dans les patients aux soins intensifs. Souvent, les familles savent qui a ramené le virus à la maison et celui-là a un poids moral gigantesque et n’avait pas réalisé le risque qu’il faisait porter à son père, par exemple… Je ne peux pas en vouloir à ces gens-là, on a tous un devoir de bienveillance vis-à-vis d’eux et d’aide plutôt que de les punir...»

+ Retrouvez l’interview complète du Dr Devos ce samedi sur notre site ainsi que dans L’Avenir, sur tablette, smartphone ou PC