TOURNAI

Le Tournai d’avant: béguinage, vient la République et la fin

Dans leur enclos, loin des changements imposés à leurs concitoyens, les béguines ne laissent aucune trace jusqu’à la révolution française.

Heureuses ou non? Cet enfermement dans un univers qui leur est propre est peut-être la cause du manque dommageable de documents fiables relatant le quotidien, hors assistance aux offices, des béguines tournaisiennes. Après six siècles, elles vont disparaître..

Jugées inutiles

La fin du XVIIIe siècle forge, à Tournai, des changements radicaux dans la société et, surtout, la fin de la souveraineté de l’Église. La déesse Raison y est au pinacle.

Les troupes d’une France en guerre maîtrisent la cité en 1792. Chassées, elles reviennent en 1794 et, cette fois, imposent leur administration et leurs lois. Pour les Tournaisiens, une révolution dans leur façon de vivre et de penser.

Le béguinage en sera victime. Le décret du 15 Fructidor An IV (1er octobre 1796) supprime dans tous les départements les ordres religieux réguliers, épargne l’enseignement (Ursulines par ex.) et les soins aux malades. Celui du 5 Frimaire An VI (27 novembre 1797) est plus dur encore, s’en prend aux chapitres séculiers, séminaires et corporations laïques des deux sexes. Le couperet tombe..

Comme dans bien d’autres établissements en ville, les citoyens Defacqz et Thiébaut vont donc faire l’inventaire des biens de la communauté béguine. Pas grand-chose à glaner à la chapelle mais en février, l’inventaire des biens révèle la propriété de nombreuses terres, rentes et sept maisons rue de la Madeleine. Revenu annuel: 5 113 livres, 16 sous, 1 denier augmenté de rasières (46) de froment et de chapons (7). Les revenus de ces biens permettaient en fait à la communauté une vie quotidienne correcte. (bien que les testaments parlent souvent des pauvres sœurs béguines).

1798: tout se termine pour les douze béguines encore en place (dont six de Tournai) vivant dans un enclos comptant 21 maisons. Les Hospices Civils en sont les héritiers (en 1800) malgré l’opposition du ministère de l’Intérieur.

Plus de béguinage dans le sens propre du terme mais les sœurs restent dans leur maison. Provisoirement.

En quenouille

Imbroglio, initiatives multiples et diverses de faire vivre cet enclos se multiplient avec les Hospices. L’excellent travail de Lucia Russo, guide la ville, démontre combien la tâche sera ingrate.

Ainsi, en 1820, les béguines sont astreintes à l’instruction gratuite des jeunes filles de La Madeleine, Saint-Jacques et Sainte-Marguerite (elles le faisaient déjà!) mais aussi aux enfants pauvres, mixité de quatre à huit ans, filles de huit à douze. En 1823, la Ville décide que le béguinage n’est point praticable, il n’y a que deux sœurs (plus deux en ville) dans l’enclos. Leur pension annuelle est de 227 francs.

Dès lors, on va louer (1831) à des particuliers, à des boutiquiers; autre idée, y ramener quatre Jésuitesses puis les 66 pourvues de neuf fondations ou hospices dont l’habitation est trop vétuste.. Coup de grâce, vers 1838, le sieur Mambour, propriétaire du jardin central, bâtit un double rang de maisons là où était l’église vendue en 1798 puis abattue.

Si vous passez le porche rue de la Madeleine, vous trouverez, en cherchant un peu, des traces du béguinage, quelques maisonnettes, un jardin..