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VIDÉO & PHOTO | Atterrissage réussi pour Perseverance, la quête de vie ancienne sur Mars peut commencer

Le rover Perseverance a atterri sur le sol martien après sept mois de voyage, a annoncé jeudi l’agence spatiale américaine, une réussite éclatante pour la Nasa qui marque le début d’une mission de plusieurs années.

«Atterrissage confirmé!», s’est exclamée Swati Mohan, en charge du contrôle des opérations. Dans la salle de contrôle du Jet Propulsion Laboratory, à Pasadena en Californie, les équipes présentes ont explosé de joie.

 

 

La Nasa a immédiatement communiqué une image prise par le rover sur place. «Bonjour le monde. Ma première vue sur la maison qui sera la mienne pour toujours», a tweeté le compte officiel du rover pour accompagner l’extraordinaire image en noir et blanc, sur laquelle on peut voir l’ombre du véhicule projetée au sol.

 

 

La manoeuvre était ultra-périlleuse et le site d’atterrissage, le cratère de Jezero, le plus risqué jamais tenté, en raison de son relief.

Après être entré dans l’atmosphère martienne à 20.000 km/h, les frictions avec l’air ont fait monter la température du vaisseau jusqu’à 1.300°C. Le rover était protégé par un bouclier thermique, qui n’a été largué qu’après l’ouverture d’un immense parachute supersonique.

Huit rétrofusées ont fini de le ralentir avant qu’il ne déploie ses six roues, suspendu le long de câbles jusqu’au contact avec le sol.

Pour la première fois, la mission «Mars 2020» de l’agence spatiale américaine a comme but explicite de trouver des traces de vie ancienne sur la planète rouge, en collectant pendant plusieurs années jusqu’à une trentaine d’échantillons de roche.

Les tubes scellés devront ensuite être rapportés sur Terre par une future mission, dans les années 2030, afin d’être analysés et de peut-être enfin pouvoir répondre à «l’une des questions qui nous habitent depuis des siècles, à savoir: sommes-nous seuls dans l’univers?», a souligné Thomas Zurbuchen, administrateur associé pour la science à la Nasa.

Perseverance est le véhicule le plus gros et le plus complexe jamais envoyé sur Mars. Il pèse une tonne et est équipé d’un bras robotique de plus de deux mètres.

Preuve que la mission est également le fruit d’une coopération internationale: le président français Emmanuel Macron, dont le pays a conçu l’un des nombreux instruments scientifiques du rover, a assisté à l’atterrissage au siège parisien du Centre national d’études spatiales (Cnes).

Découverte exceptionnelle

Les chercheurs pensent que le cratère de Jezero abritait, il y a 3,5 milliards d’années, un profond lac d’environ 50 km de large.

«Nous avons de très fortes preuves que Mars aurait pu abriter de la vie dans un lointain passé», a déclaré mercredi lors d’une conférence de presse Ken Williford, responsable adjoint de la mission. «La question est: la (vie sur) Terre est-elle une anomalie, un coup de bol?»

Les premiers prélèvements devraient commencer cet été. Plusieurs trajets sont envisagés afin de creuser dans différents milieux, notamment le rivage de l’ancien lac, et le delta formé par une rivière qui s’y jetait.

Les scientifiques cherchent ce qu’ils appellent des biosignatures: des traces de vie microbienne qui «peuvent prendre toutes sortes de formes», par exemple «chimiques» ou de «modifications de l’environnement», a expliqué Mary Voytek, directrice du programme d’astrobiologie pour la Nasa. «Nous, astrobiologistes, rêvons de cette mission depuis des décennies», s’est-elle enthousiasmée.

«Ou bien nous trouvons de la vie, et ce serait une découverte exceptionnelle, ou bien ce n’est pas le cas, (...) et cela suggèrera que tous les environnements habitables ne sont pas habités», a prévenu Ken Farley, scientifique du projet. Et qu’il faudra chercher ailleurs.

Les quelque 450 membres de l’équipe qui piloteront cette phase travailleront par ailleurs dans des conditions exceptionnelles à cause de la pandémie de Covid-19, a-t-il souligné: «La mission sera effectuée depuis le salon des gens, aux quatre coins du globe.»

Hélicoptère et machine à oxygène

Les premiers mois de la mission ne seront toutefois pas consacrés à ce premier objectif. Des expérimentations parallèles sont prévues.

La Nasa veut notamment prouver qu’il est possible de faire voler un engin motorisé sur une autre planète. Un hélicoptère, baptisé Ingenuity, devra arriver à s’élever dans un air d’une densité équivalente à 1% de celle de l’atmosphère terrestre.

Deux micros pourraient également, pour la première fois, enregistrer du son martien.

La Nasa fera aussi l’expérience de production d’oxygène directement sur place, grâce à un instrument de la taille d’une batterie de voiture fonctionnant un peu comme une plante, en aspirant le dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne.

Cet oxygène pourrait servir à de futurs colons humains pour respirer, mais aussi de carburant.

Depuis le premier rover ayant foulé le sol martien, en 1997, tous sont tous américains, et l’un d’eux, Curiosity, est toujours en activité.

Mais la Chine a récemment placé sa sonde «Tianwen-1» en orbite autour de Mars, contenant un robot téléguidé qui devrait tenter d’atterrir vers mai.

 

Comment se passe l’atterrissage?

 

130km: entrée dans l’atmosphère

 

Dix minutes avant d’entrer dans l’atmosphère martienne, le vaisseau s’est séparé de l’étage de croisière qui l’alimentait notamment en carburant pendant le voyage.

Il n’est alors plus composé que d’un bouclier arrière, d’un bouclier thermique à l’avant, et, pris entre les deux, de l’étage de descente, relié au rover lui-même.

À environ 130km d’altitude, il entre dans l’atmosphère à une vitesse de 20.000km/h, provoquant des frictions faisant monter la température jusqu’à 1.300°C. Le bouclier thermique protège le rover de cette chaleur infernale.

 

11km: ouverture du parachute

 

Mais l’atmosphère ne suffit pas à ralentir suffisamment le vaisseau, qui va encore à 1.500 km/h.

À environ 11km d’altitude, à un moment opportun calculé en fonction de la distance restante jusqu’au lieu d’atterrissage, un immense parachute supersonique de 21 mètres de diamètre, situé dans le bouclier arrière, est déployé.

Celui-ci ralentit le vaisseau jusqu’à environ 300 km/h.

 

9km: bouclier thermique largué

 

20 secondes après l’ouverture du parachute, le bouclier thermique est largué: le rover qu’il protégeait se retrouve pour la première fois exposé à l’atmosphère martienne.

Une toute nouvelle technologie, appelée «Terrain Relative Navigation» (TRN), entre en jeu: les images enregistrées en direct par les caméras du vaisseau sont comparées à des cartes enregistrées dans son système, où sont pré-définies les zones dangereuses à éviter. En tenant compte de ces données, le vaisseau décide du lieu final d’atterrissage.

 

2km: phase rétro-propulsée

 

À environ 2km d’altitude, le bouclier arrière --et son parachute-- sont largués.

Le rover n’est plus rattaché qu’à l’étage de descente, équipé de huit moteurs pointés vers le bas, qui s’allument pour finir de le ralentir. Après avoir effectué une manoeuvre pour s’éloigner du parachute, le rover finit par descendre à la verticale, pile au-dessus de son site d’atterrissage.

 

20m: séparation du rover

 

À environ 20m du sol, il a atteint la vitesse de 2,7km/h, soit plus lente que celle à laquelle un homme marche. Le rover descend alors le long de câbles grâce à un système de poulies, durant une dernière quinzaine de secondes (étape appelée «skycrane»).

Le véhicule déploie ses roues à ce moment. Lorsque ces dernières sentent le sol, les suspentes sont coupées et l’étage de descente effectue une dernière poussée pour aller s’écraser le plus loin possible.

À cause du délai de transmission entre la Terre et Mars, lorsque l’atterrissage sera confirmé par la Nasa, il aura en réalité eu lieu plusieurs minutes auparavant.