TOURNAI

Le Tournai d’avant: règlement strict pour les béguines

Elles vivent derrière des murs, isolement qui n’est pas d’un couvent, les béguines gardent des contacts avec l’extérieur. Sous surveillance.

À quoi ces femmes passent-elles leurs jours? Alors qu’à Gand ou Bruges, le tissage et/ou la dentelle les occupent, on ne les voit pas œuvrer à d’autres tâches que de soigner les malades et d’entretenir leur lieu de vie. Il est fait aussi mention, sans date sinon «époque moderne» de classes pour instruire les enfants pauvres de La Madeleine, Saint-Jacques et Sainte-Marguerite…

Un lieu immobile

Le cadre de vie des béguines est immuable, c’est leur enclos avec leur maison bâtie le long des murs extérieurs, c’est, au centre, l’église, l’infirmerie. C’est aussi un jardin, potager peut-être, une prairie plantée d’arbres dont on ne sait trop s’ils sont des fruitiers C’est là que se passeront les années, très semblables les unes aux autres car les remous du monde extérieur les atteignent rarement..

Elles ont choisi en connaissance de cause pour diverses raisons qui peuvent être: s’accomplir pleinement dans le service des autres, vivre sa foi, et s’approcher de Dieu par la prière et l’observation de ses commandements, fuir un mariage forcé, échapper, quand approche la vieillesse, au tourbillon de la société. Croyantes, oui mais refusant les contraintes de la vie conventuelle.

Pas d’âge pour y entrer, les rares documents cautionnent une fourchette de 20 à 40 ans, il est assez rare d’y entrer vieille ou veuve. La postulante est astreinte à un stage de probation d’un an et demi avant, si elle n’a pas changé d’avis, d’affronter la décision souveraine de la «maîtresse». Durant les six dernières semaines, elle sera examinée par cette Maîtresse, on rédigera le contrat stipulant ce que la nouvelle apporte en dot et si elle a de quoi subvenir à ses besoins. Si la porte s’ouvre, elle reçoit alors sa part des revenus de la maison..

La Maîtresse ou Supérieure est la représentante de l’autorité religieuse. Aidée de quatre béguines, elle règle les possibles problèmes posés dans la communauté tout en surveillant le respect du règlement. Sur le plan temporel, le béguinage relève du Magistrat.

Vie cadrée

La lecture du règlement permet d’entrer dans le quotidien de celles qui y sont nommées «sœurs». Rédigé au XIVe siècle croit-on, il ne comportait pas moins de 116 articles. C’est dire que les moindres détails des jours y sont explicités. Un second, dit «des ordonnances, constitutions et règles des sœurs béguines résidant au grand béguinage de Tournai» donné par l’évêque Louis (Guillard) le 2 avril 1519 est calqué sur le premier en 30 articles qui ne laissent place à aucune initiative de la part des béguines.

Sur le plan religieux, les devoirs sont multiples, messe quotidienne, communions, confessions, jeunes la moitié de l’année, prières nombreuses et longues; en ex. 300 Pater et Ave à la mort d’une consœur.

Leurs habits doivent les différencier du monde extérieur, ils seront «de draps peu chers, tombant jusqu’aux pieds chaussés de souliers larges et grands assez, le manteau un peu plus court»; Le brun ou le noir est privilégié.

Les sœurs peuvent sortir «avec autorisation de la Maîtresse et accompagnée d’une consœur; la tête sera couverte, se tiendront un peu baissées, les oreilles fermées à ce qui n’est pas le service de Dieu, la bouche fermée pour ne pas médire»..

En cas de faute avérée, discorde, haine, noise, la punition tombe: manger à genoux, recevoir la discipline (sauf par grands froids) et, si «elle ne veut condescendre à se soumettre, sera boutée hors de la maison».

Malgré la sévérité, la rigidité de cet impitoyable règlement, le béguinage poursuit sa route.