CINEY

PHOTOS | Grottes de Conjoux: des prières aux lamentations face à un site en décrépitude

Jadis lieu de pèlerinage le plus fréquenté du Namurois, les grottes de Conjoux auraient bien besoin d’une cure de jouvence.

Perché sur les hauteurs du village, le site des grottes de Conjoux constitue assurément une curiosité locale au-delà d’être un des fleurons du patrimoine religieux cinacien. Même s’il est loin de susciter la fréquentation qui fut sienne au début du siècle passé (lire par ailleurs), ce lieu dédié à la dévotion mariale continue à être quotidiennement visité. Mais le spectacle qui s’offre aux regards des promeneurs et des villageois est plus enclin à susciter des lamentations que des prières.

Si la grotte principale, réplique exacte de celle de Lourdes, continue à donner le change, il en va autrement des petites chapelles artificielles en calcaire qui composent le rosaire. L’une d’elles a été complètement éventrée lors d’une tempête. D’autres nécessitent des travaux rapides d’étanchéité au risque de continuer leur lente agonie. Quant à l’importante statuaire évoquant la vie du Christ, elle requiert un conséquent travail de remise en couleurs.

«Voici quelques années, nous nous sommes renseignés pour connaître le coût d’une rénovation. L’on parle plutôt en centaines de milliers d’euros qu’en dizaines» confie Olivier Goffinet, président de la fabrique d’église locale, propriétaire des Grottes. Laquelle fabrique avait prévu d’injecter une partie des 160 000€ de la vente du presbytère, accolé au site, dans l’enveloppe des travaux.

Entre gens de bonne volonté

Sauf que, comme le rappelle l’évêché par la voix du chanoine Jean-Marie Huet, la loi (héritée du Code Napoléon) interdit à une fabrique d’église de s’appauvrir. «Même si je reconnais l’intérêt patrimonial des Grottes, le produit de la vente du presbytère doit être entièrement réinjecté dans l’achat d’un bien qui remplace le presbytère vendu. Cela vaut pour Conjoux comme pour toutes les communes».

Quid dès lors de l’avenir, sachant que tous les interlocuteurs – villageois, fabrique d’église et Ville de Ciney – partagent une même conscience de l’état actuel des grottes et de la nécessité d’intervenir pour les restaurer? «Ce dossier n’a pas encore été évoqué au Collège vu la priorité accordée à la gestion de la situation sanitaire, mais nous avons conscience qu’il faudra trouver une solution avec tous les intervenants» indique l’échevine du culte, Anne Pirson. Et d’évoquer la possibilité, par exemple, d’affecter à la rénovation le montant de la location du bien immobilier qu’achèterait la fabrique d’église avec l’argent du presbytère. «Si cette proposition venait sur la table, je dirais oui.» répond le chanoine Huet.

Si elle devait être suivie, cette piste dégagerait un montant mensuel insuffisant pour couvrir l’entièreté du financement des travaux, mais constituerait un premier pas vers une résurrection des grottes. En espérant l’intervention de l’un ou l’autre mécène.

 

Sur le champ d’Élisée

À sa plus glorieuse époque, le site a comptabilisé jusqu’à 30 000 visiteurs par an. Aujourd’hui, il reste quotidiennement fréquenté.

Un panneau signalétique indique, au centre du village, la direction du parking des grottes. Il faut en effet savoir qu’au plus fort de la dévotion, des voyages organisés acheminaient par milliers les fidèles venus se recueillir dans ce qui était encore un haut lieu de pèlerinage en province de Namur. «Le site a comptabilisé jusqu’à 30 000 visiteurs par an.», précise Olivier Goffinet, président de la fabrique d’église. «Nombreux sont ceux qui descendaient de train à Leignon avant de prendre le bus jusqu’à Conjoux» ajoute Charles Mottet, historien local. Courues, les messes du lundi de Pentecôte et du 15 août attiraient la grande foule.

L’histoire des grottes de Conjoux remonte au XIXe siècle. Elle est directement liée à celle de son curé, Élisée Laloux. «Ce dernier, après un séjour à Lourdes en 1883, imagina reproduire le sanctuaire marial pyrénéen dans son village, conscient de l’impossibilité pour la grande majorité de ses concitoyens de pouvoir visiter l’original. Avec des fonds prélevés sur ses propres deniers et le concours des villageois, il érigea en contrebas du presbytère, dans un champ lui appartenant, une grotte dédiée à Notre-Dame sur le modèle de celle de Massabielle, à Lourdes» ajoute Charles Mottet.

Par la suite, il réalisa 15 autres grottes abritant des scènes de la vie du Christ. Soit un total de 97 statues en plâtre. L’ensemble fut inauguré le 24 octobre 1893 par Mgr Heylen, évêque de Namur.

Aujourd’hui, le lieu reste quotidiennement visité, que ce soit par des promeneurs (de plus en plus nombreux en ces temps de confinement) ou des pèlerins, comme en attestent des bougies constamment allumées. De quoi justifier une intervention à tout le moins de sauvegarde dans le champ d’Élisée.

 


Nos dernières videos