BRUXELLES

«La maison d’Horta ne verra plus le ciel»: projet Lebeau retoqué au Sablon

Cette vue depuis la rue de Ruysbroeck montre l’une des deux tours de 50m de haut prévue dans le projet Lebeau, au Sablon. Immobel

Les riverains du Sablon peuvent respirer: la commission de concertation exige une étude d’incidence indépendante pour le projet Lebeau. Immobel y prévoit 2 tours de 50m de haut qui plongeraient dans l’ombre des maisons du XIXe et du XVIIe. Dont l’hôtel Frison, signé Horta.

La commission de concertation a décidé ce 27 janvier de ne pas émettre d’avis concernant le projet immobilier polémique de la rue Lebeau, dans le quartier du Sablon à Bruxelles. Elle invite le promoteur Immobel à retirer sa demande de permis d’urbanisme et d’environnement pour en réintroduire une nouvelle qui puisse être soumise à une étude d’incidence. C’est ce que transmet l’avis publié ce jeudi en ligne par la Ville de Bruxelles.

Le projet Lebeau est l’objet d’une vive contestation dans le quartier du Sablon. Immobel est propriétaire de tout l’îlot allant du bas du Sablon à la place de la Justice, à l’arrière de la Bibliothèque Royale. L’ensemble est délimité par la rue Lebeau, en pente raide au nord, et par les rues de la Paille et de Ruysbroeck, au sud. L’idée du géant immobilier est de raser purement et simplement l’ancien bâtiment moderniste de Belgacom, devant lequel flottent les drapeaux jaune et bleu de l’artiste Daniel Buren. Ambition: ériger 2 tours de 15 étages dans le bas du site, et bâtir celui-ci jusqu’au Sablon en remplaçant l’actuelle façade tout en courbe par une succession d’immeubles d’habitation allant de 7 à 10 étages.

«La maison d’Horta ne verra plus le ciel»: projet Lebeau retoqué au Sablon
Le projet d’hôtel, sur la place de la Justice: 15 étages et 50m de haut. Immobel
Au total, Immobel planifie 42.100 m² de superficie, dont 22.100 m² de résidentiel, 1700m2 de commerces, 10.100m2 de bureaux et 8.200m2 consacrés à un hôtel.

«Hauteur extravagante»

Problème selon les riverains: les deux tours «d’une hauteur extravagante» vont jeter à jamais dans l’ombre les façades, pour certaines Art Nouveau, de la rue Lebeau. «Avec 15 étages, la maison Frison d’Horta ne va plus voir le ciel», assure ainsi Dominique Vautier, membre du comité de riverains. Les opposants pointent en effet depuis plusieurs mois que les tours de 13 et 15 étages et 50m de haut prévues par Immobel «seraient visibles depuis le Mont des Arts, la place des Musées, la rue de la Régence». Ils comparent ces gabarits, ainsi que ceux des logements de 7 à 10 étages prévus dans la rue Lebeau, aux dimensions des maisons anciennes de cette même rue, «pour la plupart du XIXe siècle et de 3 ou 4 étages», ainsi qu’aux survivances du XVIIe siècle de la rue de Ruysbroeck, «de 2 ou 3 étages».

Par ailleurs, les riverains plaident pour «préserver les façades en courbe de la rue Lebeau», un immeuble «qualitatif» selon eux. «La Commission royale des Monuments et Sites n’a pas décidé de les classer, mais a préconisé dans son avis leur conservation», pointe Vautier. Les riverains assurent aussi que la démolition-reconstruction risque d’engendrer des problèmes de stabilité en raison de cours d’eau passant sous l’ensemble.

«La maison d’Horta ne verra plus le ciel»: projet Lebeau retoqué au Sablon
À gauche, le projet Lebeau et ses immeubles remontant vers le Sablon. À droite les anciennes façades du XIXe. Immobel
Enfin, des craintes sont nées quant aux 385 places de parking souterrain et leurs répercussions sur la mobilité du quartier, «en plein centre-ville».

Une décision de justice qui remet tout à plat

La commission de concertation qui met un coup de frein au projet a eu lieu ce 19 janvier. Son avis a été reporté à ce 27 janvier. Ce dernier se fonde sur l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 21 janvier, sollicitée par un particulier avec l’intervention de l’association Inter-Environnement. L’arrêt annule des modifications du Cobat de novembre 2017, qui révisaient à la baisse la nécessité de soumettre des projets de parking à des études d’incidences indépendantes.

En effet, selon ces modifications du Cobat, Immobel pouvait en théorie se limiter à faire lui-même un rapport d’incidences. Motif: le nombre de places de parking envisagées était quelque peu inférieur au seuil remonté à 400 emplacements, non plus à 200 selon les anciennes règles du Cobat.

Mais la commission de concertation s’est pour sa part conformée à la décision de justice du 21 janvier. «Un rapport d’incidences est fait par le demandeur et je trouvais ici qu’Immobel avait fort minimisé l’impact du projet», estime un expert du comité de riverains Sauve Lebeau Sablon. «Les riverains vont pouvoir demander ce qu’ils veulent voir étudier dans l’étude d’incidences. Beaucoup de riverains s’inquiètent de la hauteur du projet, des ombres qu’il va générer…»