MONS

Le mobilier de la Collégiale Sainte-Waudru saccagé par un restaurateur amateur?

Le mobilier de la Collégiale Sainte-Waudru saccagé par un restaurateur amateur?

L’Autel dédié à Jean-Baptiste, repeint comme on redécore sa chambre… Montage : Communauté Historia

Depuis plusieurs mois, des travaux de restauration clandestins auraient été menés dans l’enceinte de la Collégiale Sainte-Waudru. Deux associations dénoncent un saccage patrimonial.

«Tiens, et si j’allais repeindre les vieilles statues de la collégiale Sainte-Waudru?» C’est ce qui semble avoir traversé l’esprit d’un individu… et qui est passé aux actes! C’est ce que dénoncent l’ASBL Communauté Historia et le réseau Archeologia.be à propos d’une «restauration illégale aux conséquences catastrophique» du mobilier de la Collégiale Sainte-Waudru, classée au Patrimoine exceptionnel de Wallonie et édifice emblématique de la Ville de Mons.

Les deux associations ont été alertées lundi dernier par des riverains, s’inquiétant de la tournure «bizarre» que semblent prendre des «travaux de restauration» menés au sein de la Collégiale Sainte-Waudru. Ces derniers ont constaté que, depuis plusieurs mois, un ouvrier réalise des travaux en ayant recours à des méthodes de restauration qu’ils estiment «inappropriées» et en contradiction avec les règles élémentaires de conservation préventive.

Le mobilier de la Collégiale Sainte-Waudru saccagé par un restaurateur amateur?
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«D’après ces témoignages, ces interventions auraient eu des ‘conséquences catastrophiques’sur une grande majorité des éléments présents au sein de la Collégiale», relaient les associations.

Alertées par ces témoignages, les responsables des associations patrimoniales ont contacté le cabinet de la ministre Valérie De Bue, en charge du Patrimoine culturel, où il leur fut confirmé qu’aucune opération n’était officiellement en cours au sein de l’édifice. L’Agence Wallonne du Patrimoine (AWAP) n’a été informée de rien.

Le lendemain, des experts de l’AWAP se sont rendus sur place. «Nos pires craintes se sont révélées fondées, déplorent les associations. Des dégâts importants, graves et, pour certains, irrémédiables, ont été constatés. Toute la collégiale semble concernée.»

Statues repeintes en blanc bon marché

Parmi les dégâts constatés: des bas-reliefs poncés à la fibre de verre et détérioré par des traces de ponçage excessif, des couches de peinture blanche bon marché appliquées sur une grande partie des statues de la collégiale, la cloche du chœur griffée par des traces de ponçage, du béton utilisé pour réparer les ornements d’un autel, des autels nettoyés à plusieurs reprises à l’eau… La liste des dégâts est effarante.

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«Nous sommes effarés devant l’étendue des dégâts occasionnés et nous sommes légitimement en droit de nous poser de nombreuses questions sur les responsabilités à établir dans cette affaire», s’insurgent les défenseurs du patrimoine.

Qui s’étonne qu’une telle chose puisse se produire et durer durant plusieurs mois, sous les yeux des Autorités ecclésiastiques et de la Fabrique d’église. Dès lors, la communauté Historia et le réseau Archéologia recommandent à la ministre De Bue «de désigner une commission d’experts chargée d’évaluer les dégâts et de proposer toutes les pistes envisageables pour une restauration rapide des éléments touchés.»

Action judiciaire réclamée

«Nous l’invitons dans ce cadre à recourir aux services de l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) afin que puisse être établi un constat technique détaillé.»

Mais les défenseurs du patrimoine veulent aller plus loin et porter l’affaire en justice. «Nous exigeons par ailleurs que Madame la Ministre se constitue partie civile en déposant plainte contre le ou les auteurs présumés.»

«Une enquête judiciaire nous semble plus que nécessaire au vu de l’enjeu financier énorme que représentera une remise en état des éléments affectés par des interventions inacceptables.»

«Il s’agit ici d’une question de principe, de droit, mais surtout de respect dû à un élément exceptionnel du patrimoine culturel wallon», concluent les responsables des deux associations.