TOURNAI

Le Tournai d’avant: pourquoi une chouette?

Au 128, boulevard Roi Albert, cette demeure est unique par la leçon des s’graffites élégants, la philosophie de son auteur, Victor Facon.

Millésimée par la date de 1910 inscrite dans un joli cartouche, cette façade due à l’architecte Alphonse Dufour est entièrement cimentée et serait simplement exemple d’un Art Nouveau tardif s’il n’y avait le dynamisme qu’y dévoilent ses éléments de base, baies, porte d’entrée et son illustration..

Elle garde en effet les structures bien connues en Art Nouveau, y imprimant verticalement sur trois niveaux les deux travées asymétriques, de service et de vie. Ce qui la distingue des autres, ce sont donc ces s’graffites (dessins réalisés dans la matière et colorés ensuite) que Tournai arbore, avec plus ou moins de bonheur, dans une cinquantaine de ses demeures.

Ici, les décors généralement usités, guirlandes et/ou animaux, font place à une ode aux valeurs universelles que découvre le XIXe siècle lorsque les fouilles de la Grèce antique ouvrent au monde la beauté des formes et de l’esprit. Les artistes, dont Victor Facon, y sont très sensibles.

Lumière et sagesse

L’auteur, Victor Facon, est un peintre. Né à Tournai le 6 février 1874, il est formé aux spécificités de son art, à l’académie des Beaux-arts de sa ville natale et aussi à Saint-Luc, rue de la Tête d’or, là où il professera durant de longues années. Pris par ses cours, sa production connue, tant en toiles que murales est plutôt confidentielle, on ne recense à cette heure qu’un pèlerinage à Notre-Dame de Lourdes dans la chapelle dite des Anglais (elle est française) en l’église Saint-Nicolas et des compositions en l’église du Séminaire et à la cathédrale.

C’est pour sa maison que l’artiste va déployer à la fois son talent et sa philosophie.

Tout là-haut, un astre rayonnant décline son identité et sa raison d’être grâce à trois lettres grecques, Phi, Omega et Sigma dont les initiales constituent le mot «PHOS» qui signifie la lumière, la connaissance.

Les rayons de l’astre sont recueillis, un niveau plus bas, par deux groupes de trois jeunes femmes en tuniques longues, tenant en leur main un miroir. Elles recueillent ainsi les bienfaits du savoir et les renvoient vers l’humanité afin de lui inculquer les valeurs premières de la vie..

Notre monde, l’artiste le synthétise par deux personnages que voisine un arbre (symbole de la connaissance) et proches de sa personnalité et de sa vie.. Chenu, à la longue barbe blanche, cet architecte tient ses plans en main tandis que le peintre, jeune, travaille avec pinceau et palette. Ils sont identifiés comme symbolisant la Renaissance, époque de l’ébullition des arts et des sciences, réceptacles des philosophes de la Grèce antique, Platon, Aristote ou Socrate.

Dernière touche d’hellénisme, au-dessus de l’oriel (avancée de la façade sur encorbellement), ailes déployées, croissant de lune sous ses griffes sur fond d’astre solaire, une chouette. C’est l’oiseau d’Athena, l’oiseau qui voit au-delà de l’obscurantisme, éclaire l’Homme vers le savoir.

Deux s’graffitis rouge et ocre terminent le décor et sont clins d’œil à sa profession et son école St-Luc, l’un au motif végétal, l’autre avec poteries et deux initiales, V F.

Bémol, le te temps marque cette façade, unique en Tournai de son empreinte négative. N’est-ce pas le moment de penser à la restaurer?,