TOURNAI

Mesures Covid différentes en Belgique et en France : Charles Michel répond au bourgmestre de Tournai

Mesures Covid différentes en Belgique et en France : Charles Michel répond au bourgmestre de Tournai

C’était en 2018, lors des Special Olympics à Tournai. Les deux hommes affichent une réelle complicité. EdA - 40310733857

Charles Michel, président du Conseil européen, n’a pas snobé, loin s’en faut, la missive de Paul-Olivier Delannois, le bourgmestre de Tournai. La réponse va au-delà du protocole., mais repose des balises délicates…

Récemment le bourgmestre de Tournai, Paul-Olivier Delannois, a fait part au président du Conseil européen, Charles Michel, de son «incompréhension face au manque de cohérence de certaines mesures de lutte contre le coronavirus, particulièrement pour les citoyens transfrontaliers (...) et qui entraine aussi un sentiment d’injustice de certains commerçants tournaisiens.» Le bourgmestre relève également un véritable problème de sécurité. «Certains citoyens consomment dans le pays voisin bénéficiant de certaines largesses et se rassemblent dans certains lieux alors qu’il serait plus prudent d’éviter de type de rassemblement, profitable à la propagation du virus».

Voici la réponse, du président du Conseil européen, datée du jeudi 21 janvier.

Monsieur le Bourgmestre, Cher Paul-Olivier (manuscrit),

Vous avez pris l’initiative de m’écrire pour partager vos interrogations au sujet de la coordination européenne de lutte contre le coronavirus. Votre courrier a retenu ma plus grande attention. Pour des raisons évidentes d’abord. Mais aussi car ma compagne étant originaire de Tournai, je m’y sens attaché par un lien particulier.

Avant tout, croyez bien que comme ancien bourgmestre, je comprends intimement votre souci quant aux difficultés des commerçants tournaisiens. En particulier le sentiment d’injustice qu’ils ressentent face aux différences entre les mesures anti-Covid des deux côtés de la frontière.

Vous demandez si un plan européen de lutte contre le Covid ne serait pas possible. Des plans européens existent, ambitieux, et certains ont déjà produit leurs résultats.

L’Union européenne a été la force motrice de la mobilisation internationale qui a abouti à financer et à mettre au point, en moins d’un an, les vaccins anti-Covid. La Commission européenne a comme vous le savez, négocié et sécurisé pour le compte des États membres de l’UE l’obtention des vaccins en nombre plus que suffisant.

Enfin l’Union a adopté un budget pluriannuel d’un fonds de relance, pour un montant historique de 1800 milliards d’euros. Ces fonds viendront directement en aide à toutes les régions d’Europe, notamment au Hainaut et à la Picardie qui n’ont jamais été oubliés par l’Europe.

En ce qui concerne la coordination des mesures restrictives pour enrayer la propagation du virus, vous savez que ces compétences sont nationales. Voire souvent régionales. Nous sommes bien placés en Belgique pour savoir que, même entre régions d’un même État, la concertation est une entreprise complexe, qui produit souvent des résultats différents d’une région à l’autre. Pour être très pratique et concret sur le sujet que vous évoquez: une harmonisation des mesures des deux côtés de la frontière, si elle était envisagée, devrait-elle être alignée sur la réglementation française (un couvre-feu à 18 heures), ou sur la wallonne (22 heures)? Voire sur la flamande qui partage également sa frontière méridionale avec la France?

Nous touchons là une question sensible: la souveraineté des États membres reste une réalité politique et sociale qu’on ne peut ignorer. La Belgique pas plus que d’autres pays n’aimerait se faire imposer, dans son propre champ de compétences, des mesures décidées par d’autres.

Ceci étant, pour ce sujet comme pour beaucoup d’autres, les concertations, que ce soit au niveau de l’UE ou entre régions d’Europe, sont nombreuses? Nous allons par exemple, lors de la réunion virtuelle des chefs d’État ou de gouvernement que j’ai convoquée pour ce mercredi, échanger sur les campagnes vaccinales. Ou encore sur l’opportunité d’un certificat vaccinal qui permettrait aux citoyens européens d’exercer leur liberté de circuler tant que la pandémie ne sera pas éteinte. Dans ce contexte, la circulation transfrontalière sera certainement abordée.

Plus globalement, je puis vous assurer que les membres du Conseil européen partagent une réelle conviction quant à la nécessité de coordonner le mieux possible les politiques nationales. La recherche d’unité et de décisions communes aux 27 constitue d’ailleurs ma première mission. Je m’y consacre avec détermination et passion.

En vous remerciant d’avoir partagé avec moi vos réflexions que je garderai à l’esprit, je vous prie de croire, cher Monsieur le Bourgmestre, à mes sentiments les meilleurs,

Bien cordialement (manuscrit)

Charles MICHEL

(+ signature).