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Protestations pro-Navalny en Russie: le Kremlin accuse Washington d’«ingérence»

Protestations pro-Navalny en Russie: le Kremlin accuse Washington d’«ingérence»

Moscou, un homme arrêté. AFP

Le Kremlin a accusé dimanche les États-Unis d’«ingérence», en dénonçant un communiqué de l’ambassade américaine à Moscou publié à la veille des manifestations de protestation en Russie pour exiger la libération de l’opposant Alexeï Navalny.

La représentation diplomatique américaine avait appelé sur son site les Américains à ne pas se rendre à ces rassemblements samedi, précisant les lieux où ils se déroulaient.

Ces publications «constituent indirectement une ingérence absolue dans nos affaires intérieures», a réagi dimanche le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par l’agence de presse Interfax.

Une atteinte «insupportable» à l’État de droit, dénonce Paris

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré dimanche que la vague d’arrestations opérée la veille en Russie lors de manifestations à l’appel de l’opposant Alexeï Navalny constituait une «dérive autoritaire» et une atteinte «insupportable» à l’État de droit.

«Je trouve cette dérive autoritaire très inquiétante (..) La remise en cause de l’État de droit par ces arrestations-là, collectives et préventives, est insupportable», a-t-il dit dans l’émission «Questions politiques» de la radio France Inter, du groupe France Télévisions et du quotidien Le Monde.

Près de 3.500 manifestants au total ont été arrêtés à travers la Russie, dont 1.360 à Moscou et 523 à Saint-Pétersbourg, deuxième ville du pays, a indiqué dimanche l’ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des rassemblements de protestation.

«Je trouve aussi que le succès des manifestations sur l’ensemble du territoire russe est impressionnant», a relevé le chef de la diplomatie française.

Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue dans une centaine de villes russes, de Moscou à Vladivostok (Extrême-Orient), pour réclamer la libération de M. Navalny, l’ennemi juré du Kremlin et pourfendeur de la corruption.

«La démarche (d’Alexeï Navalny) mérite beaucoup de respect. Il a l’audace de ses actes», a ajouté Jean-Yves Le Drian, interrogé sur la décision de l’opposant de rentrer le 17 janvier en Russie, après cinq mois de convalescence en Allemagne suite à un empoisonnement présumé dont il accuse le Kremlin, en sachant qu’il serait arrêté dès sa descente d’avion.

La répression des manifestations pèse sur le dialogue engagé par le président Emmanuel Macron avec la Russie depuis 2019, même s’il reste nécessaire, a pointé Jean-Yves Le Drian.

«C’est une dérive très préoccupante et qui remet un peu en cause la volonté de confiance et de sécurité que l’on peut avoir à l’égard de la Russie», a-t-il dit.

«Malgré tout la Russie ne va pas déménager (..) la géographie est têtue, la Russie est notre voisin et nous avons des questions de sécurité et de confiance» à discuter avec elle, a-t-il poursuivi.