CINÉMA

VIDÉOS | «Fantômas», «Le Guignolo», James Bond, «Taxi»: ces cascades qui ont marqué la carrière de Rémy Julienne

Son nom figure au générique de quelque 1.400 films, longs métrages, clips et publicités, et il a doublé d’immenses stars: Rémy Julienne, décédé à l’âge de 90 ans, était le plus célèbre des cascadeurs français. Retour sur une carrière hors du commun.

Le monde du cinéma est en deuil: Rémy Julienne est décédé dans la nuit des suites du Covid-19, à l’âge de 90 ans.

+ À LIRE AUSSI | Le célèbre cascadeur Rémy Julienne est mort des suites du Covid-19

Connu pour avoir orchestré quelques-unes des courses-poursuites et autres carambolages les plus incroyables du 7e art, le Français était une référence mondiale dans son domaine. Une carrière incroyable, entamée il y a près de 60 ans, qui aura été marquée par des cascades inoubliables.

1Les débuts dans «Fantômas»

La carrière de Rémy Julienne, né en 1930 dans le Loiret, dans le centre de la France, commence en 1964, quand un autre cascadeur, Gil Delamare, lui propose de participer au tournage de «Fantômas».

«J’étais champion de France de moto et il fallait quelqu’un de très précis» pour piloter une moto et doubler Jean Marais (1913-1998), un acteur culte français du XXe siècle. «C’est tombé sur moi», racontait-il volontiers.

«C’est le début d’une grande aventure», disait celui qui allait ensuite travailler auprès des plus grands réalisateurs – François Truffaut, Leos Carax, Dino Risi, Terence Young ou Sydney Pollack notamment – et les plus grands acteurs.

Mais parce qu’il était aussi reconnaissant, Rémy Julienne restera fidèle à Louis de Funès avec qui il travaillera sur plusieurs autres films, dont «La grande vadrouille» – il interprète le motard qui reçoit une citrouille sur la tête – ainsi que la série du «Gendarme», «Rabbi Jacob» ou encore «L’aile ou la cuisse».

2À tombeau ouvert dans «Le casse»

Très vite, Rémy Julienne se fait un nom dans le milieu du cinéma et de la télévision.

Au début des années 70, il participe au film d’Henri Verneuil, «Le casse». Un long-métrage dans lequel figure une course-poursuite plus vraie que nature. Et pour cause, elle a été filmée (en partie) dans les rues d’Athènes sans que l’équipe de tournage ne ferme l’accès à la circulation.

Encore plus dangereuse, la scène, qui dure près de neuf minutes dans le film sorti en 1971, s’est même terminée sur un accident imprévu. Rémy Julienne étant obligé, selon l’anecdote, de quitter la route pour éviter une voiture arrivant en face.

Reste que, lorsqu’on lui demandait s’il avait peur, le cascadeur répondait que «la peur, c’est nécessaire avant et après, mais jamais pendant». Sinon, «on ne peut pas faire le geste juste au moment juste».

3Renault, Fiat, Citroën: l’as de la publicité

Sorte de «fou raisonnable», pour reprendre les mots du réalisateur Claude Lelouch, Rémy Julienne séduit tout le monde. Y compris la télévision et les publicitaires qui feront appel à lui à plusieurs reprises.

Ce qu’il vend via ses cascades? Des voitures, évidemment!

3«Le Guignolo», la cascade mythique

Au fil des années, Rémy Julienne double les stars, comme Yves Montand ou encore Alain Delon. Mais son plus beau souvenir reste la rencontre avec le tandem Jean-Paul Belmondo-Georges Lautner.

Pour ces très populaires acteur et cinéaste français, Rémy Julienne va mettre au point une des plus spectaculaires cascades, dans «Le Guignolo»: l’acteur va survoler Venise suspendu à un trapèze accroché à un hélicoptère.

Jean-Paul Belmondo, «c’est lui qui m’a accordé le plus de sa confiance», racontait-il à 87 ans, son éternelle casquette vissée sur le crâne. Avec cet autre fou de cascades, qu’il va retrouver sur les plateaux à 14 reprises, «on était obligé de progresser».

4Six James Bond à son actif… et une récompense

Mais plus encore que la France, c’est le monde entier qui souhaite s’attacher les services de Rémy Julienne.

Ce qu’il le fera connaître du très grand public? Ses cascades dans six films – de «Rien que pour vos yeux» en 1981 à «Goldeneye» en 1995 – de la saga James Bond.

Parmi ses prouesses, un camion-citerne roulant en équilibre sur ses roues gauches dans «Permis de Tuer», un James Bond avec Timothy Dalton. Ou une berline qui, d’un tremplin, s’envole dans les airs avant de retomber sur le toit d’un bus, dans «Dangereusement vôtre», avec Roger Moore.

Comme la reconnaissance de son talent, c’est également une de ses cascades dans un James Bond, à bord d’une 2CV jaune dans «Rien que pour vos yeux», qui lui vaudra un award du meilleur concepteur de cascades décerné par la Motion Picture Hall of Fame.

5«Taxi», mortelle cascade

Crédibilité, précision, rigueur: ces mots revenaient constamment chez Rémy Julienne, dont la vie devant la caméra, ou celle de ses équipiers, était réglée au millimètre, à la seconde près.

Sinon, «c’est là-haut, dans une caisse en sapin». «Quelquefois, il aurait suffi de peu pour que ça arrive», disait cet homme marqué par la mort d’un cameraman lors d’une cascade sur le tournage du film «Taxi 2» en 1999, qu’il supervisait.

Pour l’ancien cascadeur, qui a commencé sa carrière en 1964 et supervisé les cascades de six James Bond, le véritable fautif se nomme Europacorp: «Si la production avait accepté les essais que je proposais, le drame ne serait pas arrivé», avait-il déclaré, incriminant la pression sur le tournage et les économies de la production.