TOURNAI

Le Tournai d’avant: boulevard du roi Albert, une artère à découvrir

En deux longs cordons élevés en 25 ans, le boulevard du roi Albert inaugure un nouveau mode pensée et de vivre. Tournai s’y évade du passé.

L’artère propose deux visages, bien que mêlés parfois. Le côté droit est celui des demeures certes de belle facture tout en oubliant les innovations, tels les garages. Ceci s’explique par l’empreinte de l’empereur d’Autriche Joseph II qui décida de diminuer drastiquement le site de la citadelle en 1783 et de rendre à la ville le quartier dit aujourd’hui de la Justice. Les terrains sont disponibles dès le début XXe. En face, en ce début XXe, les vestiges des défenses de Louis XIV retardent la mise à disposition, il y faudra du temps, ce n’est d’ailleurs qu’en 1942 que les Volontaires du Travail nivellent cette plaine coupant le fil des habitations. On construit plus tard, les habitations se doteront des tendances créées entre les deux guerres, l’art déco ou le modernisme. Hétéroclite? C’est ce qui fait son charme.

La raison et la beauté

Drôle d’idée que d’offrir d’abord à la curiosité une prison? Mais cet édifice naît dans le contexte de la fièvre de bâtir qui séduit en cette fin XIXe tant les autorités nationales et communales que les candidats propriétaires. L’architecte, le Bruxellois Derre, y refuse (1871) la seule raison d’efficacité. Il livre ce qui est une vraie maison d’arrêt tout en dessinant, malgré les murs d’enceinte, un véritable château d’antan, type anglais, échappant à la monotonie par l’accent mis sur les guérites, les tours crénelées, le chœur de la chapelle, le jeu subtil des lignes.

Cet exemple est présent aux pavillons de l’ancien hôpital civil (1887-1889) de Beyaert et Janlet et répondait à cette même volonté architecturale de concilier le nécessaire avec l’harmonie du bâti.

La comparaison avec ce qui suit est interpellant.

Courbes bannies

Le passéisme n’a plus cours, les propriétaires veulent se loger confortablement dans des demeures qui ne soient pas copie de jadis. Et ça se voit au roi Albert.

Ce qui frappe, c’est la rapide évolution qui jette à l’encan le fameux Art Nouveau (à voir près de la gare) fait de volutes, de coups de fouet, d’exubérance dans le détail. L’Art déco (né à l’expo de Paris en 1925) et le Modernisme s’imposent ici…

Les architectes, souvent locaux, tels G. Bariseau (le plus prolifique), M. Rucq, J. Leuridan, M. Carton ou Schelstraete en en sont les chantres et proposent à une clientèle bourgeoise un vocabulaire marqué par une géométrisation généralisée et une stylisation décorative. Les façades n’en perdent pas leurs attraits, gardant pour l’Art Déco la division verticale en travées – services avec entrée, escalier et de vie avec salon, s. à manger, chambres -. Même les décrochements, encorbellements géométriques et stylisation des décors demeurent en vogue.

Il existe avec une présence moins affichée que le Modernisme qui lui ravira la préséance….Tournai, ville de «l’éternel milieu», où le Modernisme se refuse l’outrance; le bourgeois veut une belle maison mais elle ne peut être extravagante (Le Corbusier n’y aucune chance). Ainsi, l’ornement est banni, les volumes sont sobres et les lignes pures car ce courant se veut fonctionnel donc solide, facile à entretenir. La brique est privilégiée, souvent de couleur, l’horizontalité est prédominante, élargissant visuellement l’édifice notamment par les balcons alors que certaines baies s’autorisent une pensée de hublot (style paquebot). La multiplicité des formes est une règle que respectent les architectes qui en jouent avec délectation.

Évidemment, ces styles vivront dans d’autres artères, surtout hors les murs, ils sont un pan, de l’hisitoire de l’architecture tournaisienne méconnue, donc à découvrir.