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#MeTooInceste, le hashtag qui libère la parole des victimes d’inceste

#MeTooInceste, le hashtag qui libère la parole des victimes d’inceste

Le livre de Camille Kouchner brise l’omerta de l’inceste. Bénédicte Roscot

Depuis ce week-end, des milliers de victimes d’inceste partagent leur témoignage sur les réseaux sociaux. De quoi briser le silence et forcer les autorités politiques françaises à réagir.

Tout qui s’est baladé quelque peu sur Twitter ou Facebook durant le week-end n’a pas pu passer à côté du hashtag #MeTooInceste. En lien, des articles de presse mais aussi, et surtout, des milliers de témoignages d’internautes victimes d’inceste.

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Abusés par leur père, leur frère, leur oncle ou encore leur cousin, les victimes, ces internautes évoquent publiquement leur calvaire. Et participent à libérer la parole, comme Camille Kouchner dont le livre «La familia grande» paru début janvier relate le viol de son frère jumeau à l’âge de 13 ans par leur beau-père, le politologue Olivier Duhamel.

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Imaginée par le collectif #NousToutes, la vague de témoignages #MeTooInceste a été lancée ce samedi 16 janvier par 180 personnes. Avec, pour premier commentaire, celui de «Marie Chenevance» – dont le pseudonyme fait allusion à une chanson de Barbara, elle-même victime d’inceste: «J’avais 5 ans. En une soirée, ce frère de ma mère a bouleversé ma candeur et assombri le cours du reste de ma vie. En une seconde, j’avais 100 ans.»

 

Prescription et «silence»

Les faits dénoncés dans son livre «La Familia grande» remontent à la fin des années 1980, et ont probablement été prescrits 10 ans après la majorité de la victime, le fils de l’ancien ministre Bernard Kouchner, qui n’a jamais porté plainte et ne souhaite pas le faire.

Le parquet de Paris a néanmoins ouvert une enquête préliminaire, le 5 janvier, à la veille de la parution de ce récit autobiographique.

Invitée de l’émission «La Grande Librairie», l’autrice a révélé avoir expliqué à son fils qu’Olivier Duhamel ne serait pas condamné.

«Je lui ai raconté l’histoire, parce que j’écrivais le livre. Déjà ça a cette vertu-là. Il a 12 ans mon fils, et il m’a dit: «OK, OK, je voyais bien qu’il y avait un truc qui n’allait pas, parce que tu as été quasiment élevée par quelqu’un que j’ai jamais rencontré», a-t-elle confié. «Mais donc maintenant il va être condamné?» Je lui dis: «Ben non.» […] Je venais de lui raconter un truc terrible […] et je lui ai ensuite dit: «Eh bien non, on ne peut plus rien faire».»

 

Il a fait un truc qui est impardonnable, impardonnable. Donc je ne lui pardonne pas.

 

Camille Kouchner a néanmoins estimé que son beau-père était réduit au «silence» par ces accusations: «J’ai eu à me taire pendant des années, pendant 30 ans de silence. Maintenant je trouve que le silence, il est pour lui […] Ce n’est même pas une histoire de punition, c’est juste qu’il entende que c’est impardonnable, et que ça va durer toute la vie. Il a fait un truc qui est impardonnable, impardonnable. Donc je ne lui pardonne pas.»

Après ces révélations, Olivier Duhamel avait pour sa part annoncé sa démission de la tête de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), qui chapeaute Sciences Po.

La presse a par ailleurs révélé que le directeur de Science Po, Frédéric Mion, aurait été informé dès 2019 des accusations portées contre Olivier Duhamel, ce qui a provoqué des appels à la démission. Vendredi dernier, le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé le lancement d’une inspection à Sciences Po pour établir les «responsabilités» et d’«éventuelles failles» au sein de l’école.

 

Aujourd’hui âgée de 67 ans, «Marie Chevenance», qui milite aussi au sein du collectif #NousToutes n’en dira pas plus. Contactée par France Télévisions, elle admettra simplement que «le livre de Camille Kouchner est une porte qui s’ouvre pour briser l’omerta».

 

 

Nombreux, les témoignages #MeTooInceste ne sont pas toujours anonymes. Exemple avec la chanteuse Yasmine Modestine qui raconte comment elle a été violée à l’âge de six ans par son oncle. Mais aussi la conseillère de Paris, Geneviève Garrigos, qui avoue «40 ans d’amnésie traumatique». Ou encore l’artiste Christian Guémy, alias C215, qui reconnaît être le fruit d’un inceste, lui dont la mère s’est suicidée à 18 ans.

 

 

 

 

 

 

«C’est tout de suite parti hyperfort. D’habitude, un hashtag ça dure à peu près trois heures, là dimanche soir ça continuait encore, note Caroline De Haas, une des membres de #NousToutes à la base de l’initiative sur les réseaux sociaux, dans «Le Monde». On est toujours surpris quand une campagne rencontre autant une réalité, mais en même temps on le sait, la France a un problème avec l’inceste. Et ces tweets ne sont qu’une petite partie de la réalité du problème.»

La protection des jeunes mineurs au Sénat

Solidaire, l’initiative du collectif #NousToutes, rejoint par d’autres associations, est également politique. Et les revendications sont nombreuses, passant d’une meilleure formation des professionnels de l’enfance à l’imprescriptibilité de tous les crimes commis sur les mineurs.

Ce jeudi, le Sénat va ainsi se pencher sur une proposition de loi portée par la présidente centriste de la délégation aux Droits des femmes Annick Billon sur le délicat sujet de la protection des jeunes mineurs des crimes sexuels. Le texte, adopté à l’unanimité par les sénateurs en commission, est le fruit d’une longue réflexion engagée depuis 2018 avec le projet de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Il vise à créer un nouveau crime pour poser l’interdiction de tout acte de pénétration sexuelle entre un majeur et un mineur de moins de 13 ans. Il renforce en outre la protection des mineurs entre 13 et 15 ans.

La question du seuil d’âge sera sans aucun doute à nouveau discutée dans l’hémicycle.