MONDE

Les réactions internationales suite au chaos au Capitole: «La démocratie américaine en état de siège»

Les réactions internationales suite au chaos au Capitole: «La démocratie américaine en état de siège»

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a dénoncé mercredi un «assaut inédit contre la démocratie américaine» après l’irruption de manifestants pro-Trump au Congrès, et appelé au respect du résultat de l’élection présidentielle remportée par Joe Biden. AFP

Les condamnations internationales se sont multipliées dans la nuit de mercredi à jeudi après après l’intrusion de manifestants pro-Trump dans le Capitole mercredi soir à Washington

OTAN

Le chef de l’OtTANJens Stoltenberg a dénoncé mercredi des «scènes choquantes» à Washington après l’irruption de manifestants pro-Trump dans le Congrès américain, et appelé au respect du résultat de la présidentielle remportée par Joe Biden.

«Scènes choquantes à Washington D.C. Le résultat de cette élection démocratique doit être respecté», a tweeté le secrétaire général de l’Alliance.

UE

Le président du Conseil européen, le Belge Charles Michel, a évoqué dès mercredi le «choc» d’être témoin des scènes d’insurrection dans la capitale américaine Washington, où «le Congrès américain est un temple de la démocratie».

Il a néanmoins affirmé faire «confiance aux États-Unis pour assurer un transfert pacifique du pouvoir» au président élu démocrate Joe Biden.

Le chef de la diplomatie européenne, l’Espagnol Josep Borrell, a pour sa part dénoncé un «assaut inédit contre la démocratie américaine» et appelé au respect du résultat de l’élection présidentielle.

La présidente la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, a quant à elle déclaré croire «en la force des institutions et de la démocratie américaines». Elle a assuré que «la transition pacifique» du pouvoir outre-Atlantique est «essentielle», répétant que Joe Biden est le vainqueur du scrutin présidentiel américain de novembre.

Le président du Parlement européen, l’Italien David Sassoli a, lui, qualifié de «profondément préoccupantes» les scènes qui se sont déroulées au Capitole. «Les votes démocratiques doivent être respectés», a-t-il ajouté.

Des scènes de violences se sont produites mercredi après-midi à Washington avec l’irruption de manifestants pro-Trump dans le Capitole alors que le Congrès américain devait tenir une session destinée à certifier la victoire de Joe Biden à la présidentielle.

Le lendemain, le commissaire européen à la Justice Didier Reynders a réagi à son tour, via Twitter. Le Belge a «regretté» des scènes de «terrible chaos», qui s’apparentent selon lui à une «attaque contre la démocratie américaine». En charge côté européen des rapports annuels sur l’Etat de droit, entre autres, l’ancien ministre libéral a affirmé «avoir confiance en la force des institutions des Etats-Unis, pour assurer une transition démocratique pacifique et le respect de l’Etat de droit». Les évènements de mercredi à Washington démontrent justement la nécessité de protéger les principes d’Etat de droit «contre toutes les menaces, dans l’UE et dans nos relations avec des partenaires internationaux», a-t-il enfin estim

ALLEMAGNE

«Trump et ses partisans devraient en fin de compte accepter la décision des électeurs américains et cesser de piétiner la démocratie», a tweeté pour sa part le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, ajoutant que «les paroles incendiaires se muent en actions violentes».

Angela Merkel s’est dite jeudi «triste» et «en colère» après l’intrusion de partisans de Donald Trump au sein du Capitole à Washington, dont le président sortant porte, selon elle, une part de responsabilité.

«Je regrette profondément que le président Trump n’ait pas concédé sa défaite, depuis novembre et encore hier» mercredi, a déclaré la chancelière allemande à la presse, relevant que «les doutes sur le résultat de l’élection ont été alimentés et ont créé l’atmosphère qui a rendu possible les événements» de Washington.

Le Congrès a certifié l’élection de Joe Biden à la Maison Blanche après une journée d’une violence inimaginable mercredi à Washington, où des partisans de Donald Trump ont semé le chaos au sein même du Capitole, temple de la démocratie américaine.

«Il est tragique que des personnes aient perdu la vie dans les événements de cette nuit mais pour moi, c’est un signe d’espoir que le Congrès ait poursuivi ses travaux dans la nuit», a ajouté Mme Merkel, dans cette déclaration prononcée avant que Donald Trump admette sa défaite et promette une «transition ordonnée».

«Je suis très soulagée que nous apprenions ce matin que cette certification a eu lieu au Congrès. Joe Biden sera le prochain président. Cela signifie que les forces démocratiques ont prévalu», a fait valoir la chancelière, pour qui l’entrée en fonction du président élu et de Kamala Harris «ouvrira un nouveau chapitre dans moins de deux semaines».

FRANCE

«Nous ne cèderons rien à la violence de quelques-uns qui veulent remettre en cause» la démocratie, a déclaré le président français Emmanuel Macron dans une vidéo jeudi.

«Quand, dans une des plus vieilles démocraties du monde, des partisans d’un président sortant remettent en cause, par les armes, les résultats légitimes d’une élection, c’est une idée universelle - celle d’un homme, une voix - qui est battue en brèche», a ajouté le président français.

«Ce qui est arrivé aujourd’hui à Washington n’est pas américain, assurément», a-t-il conclu, cette fois en anglais, dans une allocution prononcée solennellement derrière un pupitre à l’Elysée, diffusée sur les réseaux sociaux vers 3 heures du matin.

ROYAUME-UNI

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, allié traditionnel des Etats-Unis, a ainsi appelé à une transition «pacifique et ordonnée» du pouvoir vers le démocrate Joe Biden.«Scènes honteuses au Congrès américain. Les Etats-Unis sont les défenseurs de la démocratie dans le monde entier», a-t-il estimé dans un tweet, «et il est désormais vital que le transfert de pouvoir se fasse de manière pacifique et ordonnée».

USA

«Assaut impensable contre la démocratie», «anarchie», «dégoût»: des grands noms du monde des affaires aux Etats-Unis ont vivement condamné mercredi les violences au Capitole causées par des partisans de Donald Trump et exhorté le président sortant à intervenir et à accepter le choix des électeurs.

«Nous valons mieux que ça», a affirmé le patron de la plus grande banque du pays JPMorgan Chase, Jamie Dimon, en condamnant «fermement» dans un tweet les agissements des manifestants.

Des centaines d’entre eux ont envahi le Parlement à Washington dans un climat insurrectionnel, interrompant la session du Congrès qui devait confirmer la victoire de Joe Biden.

«Nos responsables politiques ont la responsabilité d’appeler à la fin des violences, d’accepter les résultats et, comme notre démocratie le fait depuis des centaines d’années, de soutenir une transition pacifique du pouvoir», a ajouté M. Dimon sans toutefois nommer directement le milliardaire républicain, qui se gargarise régulièrement de ses amitiés avec les grands patrons.

A la tête de la banque Citigroup, Michael Corbat s’est, lui, dit «dégoûté» par les événements.

«En tant qu’une des plus vieilles entreprises des Etats-Unis, nous avons vu notre pays faire face à des événements éprouvants», a-t-il souligné.

«Même si certaines scènes sont dures à regarder, j’ai confiance en notre processus démocratique», a-t-il assuré en espérant que la situation «puisse se résoudre sans effusion de sang supplémentaire».

Le patron d’Apple, Tim Cook a déploré de son côté un «chapitre triste et honteux de l’histoire» des Etats-Unis.

«Les responsables de cette insurrection devront être tenus pour responsables», a-t-il rappelé.

IBM a aussi condamné «l’anarchie sans précédent» observée à Washington et appelé à l’arrêt «immédiat» des violences.

«Ces actions n’ont pas leur place dans notre société et elles doivent cesser pour que notre système démocratique puisse fonctionner», a ajouté la société.

Trump lâché par son ministre

Pour Richard Trumka, président du puissant syndicat AFL-CIO, les violences au Capitole sont «un assaut impensable contre la démocratie».

«Le chaos dans la capitale de la nation est la conséquence d’efforts illégaux pour changer les résultats légitimes d’une élection démocratique», a aussi fustigé le lobby Business Roundtable, qui représente les plus grandes entreprises américaines.

Le groupe, qui regroupe des fleurons américains allant d’Apple à Boeing en passant par American Express ou Best Buy, a dans la foulée appelé «le président et les autorités à mettre fin au chaos et à faciliter une transition politique pacifique».

La Chambre américaine du Commerce a également exhorté dans le courant de l’après-midi à «cesser immédiatement les attaques» contre le Capitole.

«Le président sortant a incité à la violence dans une tentative de garder le pouvoir, et tout élu qui le défend viole son serment à la Constitution et rejette la démocratie au profit de l’anarchie», a de son côté réagi l’Association nationale des fabricants dans un communiqué.

Des militaires de la Garde nationale ont été envoyés à Washington et Donald Trump a fini par demander à ses partisans, dans une courte vidéo, de «rentrer chez eux», tout en déclarant sans preuves que l’élection avait été «volée».

En réponse, Twitter et Facebook ont supprimé la vidéo et bloqué temporairement le compte du président sortant.

Même le ministre de l’Economie Steven Mnuchin a réagi dans un tweet: «La violence n’est jamais acceptable. Nous devons respecter la Constitution et le processus démocratique.»

Irlande

«Le peuple irlandais a un lien profond avec les États-Unis d’Amérique, construite sur plusieurs générations. J’en connais beaucoup, comme moi, qui observent les scènes qui se déroulent à Washington avec beaucoup d’inquiétude et de consternation», a écrit le Premier ministre irlandais Micheal Martin.

Italie

Depuis l’Italie, le Premier ministre Giuseppe Conte a rappelé que «la violence est incompatible avec l’exercice des droits politiques et des libertés démocratiques», soulignant avoir confiance en «la force des institutions des États-Unis».

Pologne

Le Premier ministre polonais Andrzej Duda a quant à lui estimé d’une part que les actes de violences à Washington étaient «une affaire domestique» aux USA, mais que la Pologne avait foi dans «la force de la démocratie américaine».

Canada

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a quant à lui fait part mercredi de l’»inquiétude» des Canadiens face aux «attaques contre la démocratie aux Etats-Unis, notre plus proche allié et voisin». «La violence ne réussira jamais à renverser la volonté du peuple», a affirmé sur Twitter M. Trudeau dont la relation est notoirement dégradée avec Donald Trump.

Australie

Autre proche allié des USA, l’Australie, par la voix de la ministre des Affaires étrangères Marise Payne, a condamné «toute violence visant à interférer avec les processus démocratiques». «Cela n’entravera pas le transfert de pouvoir, les institutions des USA sont solides et sa force démocratique réside dans l’étendue de sa population qui ne font pas partie de cette violence», a dépeint la diplomate.

Russie

La démocratie américaine «boîte des deux pieds», a commenté jeudi le président de la commission des Affaires étrangères du sénat russe après les troubles provoqués par les soutiens du président Donald Trump au Capitole à Washington.

«La partie perdante a des raisons plus que suffisantes d’accuser les gagnants de falsifications, il est évident que la démocratie américaine boîte des deux pieds», a déclaré sur Facebook Konstantin Kosatchev.

Selon lui, les événements survenus dans la capitale américaine montrent que les Etats-Unis n’ont pas le droit de dispenser des enseignements sur la démocratie à d’autres pays.

«La fête de la démocratie est terminée. Elle a, malheureusement, touché le fond, et je dis cela sans une once de jubilation. L’Amérique a perdu le nord et n’a donc plus aucun droit de donner le cap. Et encore moins de l’imposer aux autres», a-t-il indiqué.

Moscou s’est longtemps offusqué des critiques américaines de l’état de la démocratie russe sous le président Vladimir Poutine, accusant Washington d’hypocrisie et de condescendance.

En Russie, des voix de premier plan se sont élevées pour pointer du doigt le refus de Donald Trump de reconnaître les résultats de l’élection de novembre, ainsi que les divisions croissantes aux Etats-Unis, comme des signes évidents du déclin du pays.

Le Kremlin a été accusé d’avoir fomenté ces divisions. Washington a pris de multiples sanctions contre la Russie, notamment du fait de piratages informatiques et d’accusations d’ingérence dans la présidentielle de 2016.

Iran

La démocratie occidentale est «fragile et vulnérable», a jugé jeudi le président iranien Hassan Rohani, mettant en garde «le monde entier» contre la montée du «populisme» après les troubles de mercredi au Capitole de Washington.

«Ce que nous avons observé aux Etats-Unis hier soir et aujourd’hui a montré, tout d’abord, à quel point la démocratie occidentale était vulnérable et fragile», a déclaré M. Rohani dans une allocution transmise par la télévision d’Etat.

«Nous avons constaté que dans (les pays occidentaux), malheureusement, le terrain est prêt pour le populisme, malgré les progrès de l’industrie et de la science», a déploré M. Rohani.

«Un populiste est arrivé (au pouvoir) et il a provoqué un désastre dans son pays pendant ces quatre années (...). J’espère que le monde entier et les prochains dirigeants à la Maison Blanche en retiendront la leçon», a-t-il ajouté, en faisant allusion au président sortant américain Donald Trump.

Le président iranien a tenu ces propos au lendemain d’une journée de chaos et de violences à Washington, notamment l’invasion du bâtiment du Congrès par des partisans de M. Trump qui refusent de reconnaître la victoire de son opposant démocrate Joe Biden à l’élection présidentielle du 3 novembre.

Accusé par ses adversaires ultraconservateurs de chercher des «compromis» avec l’Ouest, M. Rohani, un modéré sur l’échiquier politique iranien, a envoyé un nouveau signe d’ouverture vis-à-vis de la future administration américaine.

Les responsables américains qui «prendront le pouvoir dans deux semaines compenseront (les dégâts causés par le gouvernement Trump) et feront retrouver à leur pays une position digne de la nation américaine, car la nation américaine est une grande nation», a-t-il espéré.

«Qu’ils reviennent à la raison, à la légalité et à leurs obligations, c’est pour leur propre bénéfice et pour le bien du monde», a ajouté M. Rohani.

Bien que la République islamique qualifie les Etats-Unis de «Grand Satan», ce n’est pas la première fois qu’un président iranien parle de la «nation américaine» comme d’une «grande nation».

La République islamique et les Etats-Unis ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980 et ont frôlé par deux fois la guerre depuis juin 2019 sur fond de tensions dans le Golfe et autour de l’accord international sur le nucléaire iranien, qui menace de voler en éclats depuis que M. Trump l’a dénoncé en 2018.

Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a estimé jeudi que les scènes de violence au Capitole à Washington représentaient «un acte scandaleux» devant être «vigoureusement condamné».«Le saccage du Capitole hier était un acte scandaleux et doit être vigoureusement condamné», a-t-il déclaré, avant une rencontre à Jérusalem avec le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin. «Je n’ai aucun doute sur le fait que la démocratie américaine triomphera, elle l’a toujours fait».