TOURNAI

Le Tournai d’avant: des Rois et des lapins

C’est une quête menée par trois mages venus de l’Orient, elle est devenue réjouissances populaires avec la galette et le Lundi parjuré.

Ce sont des savants, observateurs de la voûte céleste qui selon l’évangéliste Mathieu, ont suivi une nouvelle étoile à l’existence avérée (l’hypothèse d’une conjonction Jupiter – Saturne est avancée) et les ont conduits vers Bethléem.

Rêve d’ailleurs

C’est, dans l’imaginaire des anciens et particulièrement des enfants, un conte, un récit d’aventure que cette progression à travers déserts et montagnes de trois riches personnages représentant l’Inde, l’Arabie et l’Europe, porteurs de riches et symboliques cadeaux: Merchior offre l’or au Roi; Gaspard donne l’encens pour le dieu; Balthazar dépose la myrrhe (utilisée en embaumement) de l’homme. Cette jolie histoire se convertira au fil des siècles en une fête populaire traditionnellement fixée au lundi suivant le 6 janvier (jour des Rois) où se mêleraient divers épisodes de la vie locale.

Le côté religieux s’est très vite perdu; par contre, durant des siècles, des cortèges d’estropiés, de mendiants et de pauvres hères parcourent ville et faubourgs, mendiant pitance et deniers, créant de tels désordres que les Consaux les interdirent (1450, 1458). Les rois mages n’ont pas disparu totalement, on les retrouve dans les billets des Rois du Lundi perdu.

Parjuré

Beaucoup d’incertitudes subsistent quant à l’origine, la date et le lieu de ce qui devint, aux temps modernes, le «Lundi Parjuré». Certitude, les plaids où se réglaient baux à ferme, embauches de valets, jugements entre, propriétaires fonciers ou locataires, ont bel et bien existé. Ce lundi était dit «parjuré» car les accords se faisant par serment et qui le trahissait étaient donc «parjure». Il est des documents qui les disent localisés à la rue des Maux, sans preuves tangibles.

Beuveries et lapins

Traversons le temps jusqu’au XIXe.

Lors, en ce lundi particulier, toute activité, dès midi, cessait en ville. Belle occasion pour les ouvriers tournaisiens de fréquenter les nombreux cafés, tavernes et auberges et d’y dépenser leur maigre avoir..À cette époque, l’ouvrier, s’il savait trouver de l’embauche dans le textile, la métallurgie ou les «petites boutiques» ne recevait qu’un bien mince salaire et habitait ce que l’on nommerait aujourd’hui des taudis où s’entassait la famille, parents et nombreux enfants.

La journée d’un tel personnage peut se synthétiser, selon les documents d’époque, comme ceci.

Matinée à l’atelier; à midi, visite au patron qui lui remet ses étrennes; puis, avec ses copains, direction d’un bistrot ou d’un «potélot» (petit café où se buvait surtout de l’alcool) avec jeux de cartes et de fer ayant comme enjeux des lapins; retour vers 19 h à la maison pour le repas spécial «lundi perdu». dans un état proche de l’ivresse, ce qui suscita la réaction véhémente de la bourgeoisie et l’adoption, plutôt que d’argent, d’étrennes en nature.

Ce fameux souper est demeuré, en ses grandes lignes, fidèle à la tradition et était l’un des rares qui étalait, sur la toile cirée, plusieurs plats. On tirait les Rois, chacun y avait son rôle et son refrain; le boucher fournissait la petite saucisse en tant qu’étrennes, pour la salade tournaisienne, la ménagère trouvait dans son garde-manger grillagé d’une moustiquaire betteraves rouges et haricots blancs mélangés aux oignons blanchis, le lapin sortait du clapier dans le jardin ou de l’étal de «Noirte gueule» au marché, du four sortait une tarte, souvent à la crème avec ou sans sa fève tandis que les bouteilles de bière locale se succédaient dans la joie et la chanson.

Ces quelques heures étaient une trêve tellement bienvenue qu’elle a traversé le temps.