SAINT-GILLES

Le «mal au bide» du Verschueren: au bord de la faillite, la mythique brasserie du parvis de Saint-Gilles lance un crowdfunding

Le «mal au bide» du Verschueren: au bord de la faillite, la mythique brasserie du parvis de Saint-Gilles lance un crowdfunding

Le Verschueren a reçu des remontrances de la commune de Saint-Gilles pour avoir organisé sur son seuil la vente de sa fameuse Triple Verschueren brassée par la Brasserie de la Senne. Désormais, c’est le restaurant «Les Nourritures Terrestres», toujours sur le parvis, qui donne un coup de main au fameux «bruin café» en écoulant sa marchandise. ÉdA – Julien RENSONNET

La mythique Brasserie Verschueren, sur le parvis de Saint-Gilles, boit la tasse. Et ce ne sont pas quelques gorgées de son célèbre gingembre chaud qui soigneront ses maux, apparus avec la pandémie. Après le coup de gueule du patron, le bar lance un crowdfunding pour «payer ses étudiants».

«Je ne me serais jamais imaginé il y a un an être au bord de la faillite».

C’est peu dire que l’appel de Robert Van Craen, patron de la mythique Brasserie Verschueren au parvis de Saint-Gilles, a résonné plus fort et plus loin que les commandes hélées par ses serveurs à travers ses châssis à guillotines. Son cri d’alarme, posté le 9 décembre sur Facebook, a été relayé et commenté des centaines de fois. C’est que le bar fondé en 1880 par Louis Verschueren représente un symbole du vivre ensemble saint-gillois. Car derrière sa façade moderniste aux piliers bleu roi, ce sont toutes les classes sociales qui se croisent sous ses lambris: maraîchers se réchauffant les mains sur une soupe, familles bobos de retour de l’école, étudiants en art soignant leur voix au gingembre, touristes assoiffés de bières locales.

«Dites les gars, quel café a 10 temps pleins?»

Le «mal au bide» du Verschueren: au bord de la faillite, la mythique brasserie du parvis de Saint-Gilles lance un crowdfunding
L’enseigne au néon du Verschueren, sur sa façade moderniste. ÉdA – Julien RENSONNET
Mais selon le patron, tout ça pourrait s’arrêter. Et ce n’est pas faute d’avoir poussé toutes les portes qu’il pouvait pousser. D’abord, il y a eu celle du propriétaire, «une grosse brasserie belge qui emploie 640 personnes». Il s’agit D’Alken-Maes, qui fait partie du giron du géant Heineken. Bilan: 50% de réduction sur 2 mois de loyer. «Merci les gars, mais pas de quoi me sauver». Viennent ensuite les banques: prêt de crise refusé. 3e étape: la Région. Aide horeca bloquée faute d’un nombre de temps pleins suffisants. «Dites les gars, quel café a 10 temps pleins?», demande sarcastiquement Van Craen. Direction la Commune, «dont on sait très bien qu’elle n’a pas d’argent», en quête de «soutien moral». Le Verschueren s’en sort avec… des menaces de fermetures pour «infractions» aux règles covid. Dont le fait d’avoir lancé un take-away, «permis pour les restaurants, pas les cafés». Celui-ci est désormais assuré par un confrère restaurateur du Parvis, les Nourritures Terrestres.

On va tous se retrouver entre amis, autour d’une table, en buvant une bonne bière. Et ça, Amazon ne pourra jamais vous le vendre.

Désabusé, il revient de ce périple kafkaïen, Robert Van Craen. «Ce qui me fait mal au bide, c’est tous ces petits cafés qui font partie de notre patrimoine». Pourtant, le boss du Verschueren «garde espoir». Car il est «certain qu’on va tous se retrouver entre amis, autour d’une table, en buvant une bonne bière. Et ça, Amazon ne pourra jamais vous le vendre».

Un coin de ciel bleu pour le Verschueren vient aussi de son indéniable popularité. Aussi, le «bruin café» aux murs recouverts de classements de football vintage a-t-il lancé un crowdfunding. Celui-ci reste fidèle à la réputation plutôt gaucho du lieu: loin de mendier la générosité pour éviter la faillite, le patron promet de reverser les dons à ses étudiants. «Nos salariés touchent leur “chômage covid” mais les étudiants n’ont droit à rien. Ce n’est pas par plaisir que ces étudiants travaillent. Ils doivent faire face à des frais de logement et de nourriture». Après le versement d’un «chômage covid sur fonds propres» au premier confinement, «les tiroirs sont vides». D’où ce financement participatif qui permettra aussi de régler les dettes aux fournisseurs indépendants. En 2 jours, quelque 300 sympathisants on déjà versé leur obole, montant la cagnotte à près de 10.000€. Tout ça en échange… d’«une bière au Verschu, dès sa réouverture».

Nos salariés touchent leur “chômage covid” mais les étudiants n’ont droit à rien. Ce n’est pas par plaisir que ces étudiants travaillent.

Quant aux portes qui se sont fermées depuis mars, Robert Van Craen parie que «le succès de la vidéo comme outil de pression» aiguillonnera ses destinataires. Dans l’espoir «de leur rappeler leurs responsabilités et d’obtenir une autre écoute». Et ainsi éviter au Verschueren la faillite.

Le Moeder Lambic aussi a son coup de pompe

Le «mal au bide» du Verschueren: au bord de la faillite, la mythique brasserie du parvis de Saint-Gilles lance un crowdfunding
ÉdA – Julien RENSONNET
Le Verschueren n’est pas le seul café emblématique de Saint-Gilles à s’en remettre à la générosité des donateurs. En effet, le Moeder Lambic a lui aussi mis en ligne une campagne participative. Celle-ci doit permettre de maintenir à flot l’historique bar à bières du quartier de la maison communale, mais aussi sa déclinaison touristique place Fontainas, dans le centre de Bruxelles. Selon les dires des gérants, les pertes de ces temples de la bière artisanale, qui emploient 25 personnes, s’élèvent à 154.000€ depuis le début de la pandémie.

Lors du premier confinement, le Moeder Lambic a perdu 15.000€ d’un coup en bières et nourriture puisque 80 fûts étaient branchés dans ses deux adresses. Lors de la seconde fermeture, ce sont 5.000€ qui se sont évaporés. Selon le communiqué des exploitants, l’enseigne perd 9.000€ par mois désormais en loyer, assurances, téléphone… Après avoir dû verser 46.000€ de congés payés à ses employés en mars, le bar devra sans doute à nouveau en débourser 30.000 au printemps prochain. La balance est un peu rééquilibrée par les subventions covid de 14.000€ pour les deux bars.

La cagnotte solidaire, qui a déjà amassé près de 24.000€, servira à éponger les pertes.