A L’HEURE LOCALE

VIDÉO | Des producteurs wallons qui ne manquent pas d’imagination

Faut-il acheter du quinoa ou du safran qui ont fait le tour du globe avant d’arriver chez nous? Pas du tout, grâce au pari réussi de plusieurs producteurs de notre région qui n’ont pas hésité à se réinventer.

En partenariat avec l’Apaq-W

Le pari était un peu fou: planter du quinoa en Wallonie, cette plante qui a pour habitude d’installer ses racines dans les sols du Pérou ou de Bolivie. Quelques années plus tard, les sceptiques ont désormais totalement disparu et, chaque année, la production du quinoa s’étend un peu plus dans nos contrées, grâce notamment au savoir-faire de l’’entreprise Graines de Curieux. «C’est finalement une belle histoire, sourit Isabelle Coupienne quand on lui demande de se plonger dans les souvenirs de sa jeune société. Comme nous sommes plutôt du genre à innover, en 2015, alors que personne n’a encore jamais entendu parler de quinoa belge, nous décidons d’en planter sur quelques hectares.»

 

En 2015, alors que personne n’a encore jamais entendu parler de quinoa belge, nous décidons d’en planter sur quelques hectares.

 

Et le succès est rapidement au rendez-vous. Les premières graines à peine en terre, plusieurs magasins apprennent qu’il existe du quinoa belge et achètent toute la production encore sur pied.

La toute jeune société profite de ce succès plutôt inattendu pour déjà se diversifier. «Nous avons évidemment continué de planter du quinoa, mais nous en avons profité pour tenter également de planter des lentilles, du sarrasin, du petit épeautre, du blé ancien, etc. Tout ce qui, en alimentation humaine, représente un intérêt nutritionnel», détaille Isabelle Coupienne.

Concrètement, l’entreprise Graines de Curieux ne plante pas elle-même le quinoa. «Nous apprenons aux agriculteurs les techniques de plantation», confirme-t-elle.. La petite société wallonne se charge ensuite de la transformation et de la commercialisation du produit. Et si une bonne partie était sous-traitée jusqu’ici, ce ne sera bientôt plus le cas. «On vient d’investir dans une usine de tri de 1600 mètres carrés qui est en train de se construire», se réjouit Isabelle Coupienne, des idées encore plein la tête.

 

On vient d’investir dans une usine de tri de 1600 mètres carrés qui est en train de se construire.

 

Du safran à la sauce wallonne

À moins de dix kilomètres de là, depuis onze ans, grâce aux connaissances d’Éric Léonard, le safran a lui aussi abandonné ses origines exotiques pour s’installer sur le sol wallon.

Pourtant, rien ne prédestinait Éric et son épouse à la culture de cette petite plante violacée dont le moindre gramme s’arrache à prix d’or. «Dans la région, on nous a un peu pris pour des fous quand nous avons décidé de nous lancer et d’abandonner notre boucherie à la ferme», se rappelle Éric.

 

Dans la région, on nous a un peu pris pour des fous quand nous avons décidé de nous lancer et d’abandonner notre boucherie à la ferme.

 

C’est à la suite d’un reportage à la télévision que le couple découvre la culture de safran. «C’était dans le Limousin, nous sommes partis là-bas pour apprendre notre nouveau métier, reprend le producteur. Nous nous sommes lancés en 2009 avec 1 500 bulbes, juste pour essayer.»

Et plus de dix ans plus tard, ici aussi, le parti est réussi. Désormais, ce sont plus de 600 000 bulbes qui sont désormais plantés chaque année. «Il faut 150 fleurs pour produire un gramme de safran, précise celui qui s’est tellement spécialisé qu’il partage désormais son savoir avec des confrères locaux. Et, chaque année, plusieurs milliers de personnes défilent dans les champs du safran de Cotchia pour en apprendre un peu plus sur cette fleur tellement particulière.

 

Notre safran est au moins aussi bon que nos concurrents. Par contre, le safran belge profite du terroir. L’arôme est différent. Il est moins agressif, plus fruité et rond.

 

Même s’il ne profite pas d’un ensoleillement aussi généreux que ses cousins venus du sud, notre safran n’a pas à rougir à leurs côtés et il s’est même invité dans de nombreuses grandes cuisines belges. «Notre safran est au moins aussi bon que nos concurrents, termine Éric Léonard. Par contre, le safran belge profite du terroir. L’arôme est différent. Il est moins agressif, plus fruité et rond.»

«Le retour du client et la fierté du produit fini»

Dans le local de production de la ferme du Tambourin, à Rebecq, les uns après les autres, les petits pots de riz au lait se remplissent. «C’est un de nos produits phares», précise Bernard Bartholomé, le maître des lieux, en nous faisant la visite.

En 2008, comme tous les producteurs de lait, Bernard et son épouse ont été frappés de plein fouet par la crise du lait. «J’ai repris l’exploitation de mes parents avec mon épouse, raconte Bernard Bartholomé. La production laitière a toujours été notre passion. La crise de 2008 nous a poussés à nous remettre en question. C’est là que nous est venue l’idée de valoriser notre production. Il y a huit ans, nous avons démarré la transformation de nos produits à la ferme. Nous avons continué d’évoluer pour que la ferme du Tambourin soit ce qu’elle est aujourd’hui.»

Il a fallu apprendre sur le tas plusieurs nouveaux métiers. «Mes parents faisaient du beurre donc nous avions un petit peu d’expérience, glisse Bernard. Pour le reste, nous nous sommes jetés à l’eau et nous avons appris au fil du temps.»

Nous nous sommes jetés à l’eau et nous avons appris au fil du temps.

Alors qu’elle vendait auparavant son lait à une laiterie, la ferme du Tambourin transforme désormais tout l’or blanc directement sur place. Outre le riz au lait, Bernard et son équipe proposent aujourd’hui du lait cru, du fromage frais, du pudding ou encore du yaourt. Nos produits sont vendus sur six marchés, dans les magasins de proximité et magasins bio, ainsi que dans différentes grandes surfaces.»

Même si transformer soi-même sa production prend du temps, Bernard Bartholomé regarde ce virage d’un œil positif. «Au moins, nous savons où va le lait. On sait ce qu’on en fait et ce que l’on propose aux consommateurs et surtout comment ils vont l’apprécier. Les retours des clients sont importants, sans compter la fierté du produit fini.»

 


Nos dernières videos