BRUXELLES

«Lockdown partouze» dans le centre de Bruxelles: l’eurodéputé en cause est le Hongrois Jozsef Szajer, un poids lourd ouvertement homophobe du parti de Viktor Orban

«Lockdown partouze» dans le centre de Bruxelles: l’eurodéputé en cause est le Hongrois Jozsef Szajer, un poids lourd ouvertement homophobe du parti de Viktor Orban

Jozsef Szajer est l’architecte d’une politique ouvertement homophobe en Hongrie. Image Twitter

L’eurodéputé verbalisé lors de la lockdown party à laquelle la zone de Bruxelles-Ixelles a mis fin ce 27 novembre est Jozsef Szajer. L’homme de 59 ans reconnaît sa présence sur place et l’infraction aux règles sanitaires. Il est membre du parti de Viktor Orban et venait d’annoncer sa démission «pour raisons personnelles».

Le député européen Jozsef Szajer, membre du Fidesz de Viktor Orban, a bien dû reconnaître ce mardi 1er décembre avoir été interpellé vendredi dernier à Bruxelles lors d’une festivité enfreignant les règles sanitaires. C’est cette soirée que La Dernière Heure a présentée comme une partouze. L’homme, éminent membre du parti du Président hongrois, avait annoncé ce dimanche sa démission du Parlement européen, à la surprise générale.

«La presse belge parle d’une fête privée à Bruxelles vendredi dernier. J’y étais», a indiqué Jozsef Szajer dans un communiqué publié ce 1er décembre. L’aveu de cette participation à une soirée sexuelle homo aurait dû rester du domaine privé dans un pays comme la Belgique. Mais pour la Hongrie, l’affaire prend un autre retentissement (lire cadrée). Il s’avère en effet que l’homme né en 1961 est connu dans son pays d’origine pour ses positions ouvertement homophobes. Il a notamment écrit «sur son iPad» quelques passages parmi les plus décriés de la nouvelle constitution hongroise promulguée par Orban et son parti, le Fidesz.

Plainte de riverains

Le parquet de Bruxelles a confirmé que la police, alertée pour tapage nocturne, avait verbalisé vendredi soir une vingtaine de personnes pour non-respect des règles sanitaires, au premier étage d’un immeuble au centre-ville de Bruxelles, comme l’avait dévoilé la Dernière Heure.

Le parquet de Bruxelles nous confirme ce mardi 1er décembre que, vendredi 27 novembre vers 21h30, la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles a été appelée par des riverains se plaignant de tapage nocturne. Les hommes en bleus n’ont pas dû aller loin: l’endroit en question se situe rue des Pierres, juste à côté de l’AB, à la frontière entre le piétonnier et le périmètre du quartier gay de Bruxelles.

«Lockdown partouze» dans le centre de Bruxelles: l’eurodéputé en cause est le Hongrois Jozsef Szajer, un poids lourd ouvertement homophobe du parti de Viktor Orban
C’est dans un appartement à l’étage de cet immeuble que l’eurodéputé hongrois Jozsef Szajer a été surpris dans une fête homosexuelle qui lui coûte sa carrière politique dans la très homophobe Hongrie de Viktor Orban. BELGA

«Les voisins se plaignaient de tapage nocturne et d’infractions potentielles aux mesures liées à la pandémie de Covid-19 dans un appartement situé rue des Pierres», explique le parquet. «Sur place, les policiers ont trouvé une vingtaine de personnes. L’identité de toutes les personnes présentes a été vérifiée. Deux d’entre elles, D. O. (1977) et P. B. (1987), ont invoqué leur immunité diplomatique».

Sur la gouttière

Il n’est alors pas encore question de l’eurodéputé hongrois. Mais «un passant a signalé aux policiers qu’il avait vu un homme s’enfuir le long de la gouttière, qu’il a pu identifier ensuite». D’après le parquet, «ses mains étaient ensanglantées. Il est donc possible qu’il se soit blessé lors de sa fuite. Des stupéfiants ont été trouvés dans son sac à dos».

Lors de son interpellation, le suspect ne peut produire aucun document d’identité. Mais «il est amené jusqu’à son domicile, où il s’est identifié comme S. J. (1961) au moyen d’un passeport diplomatique». En plus de son PV pour non-respect des mesures Covid, Jozsef Szajer est inquiété pour «infractions relevant de la législation en matière de stupéfiants».

Immunité

Le parquet de Bruxelles termine en indiquant que «la procédure suit son cours» et que «des poursuites pénales ne pourraient être engagées qu’après la levée de l’immunité diplomatique et parlementaire des susnommés».

Dans son communiqué, Jozsef Szajer, 59 ans, reconnaît sa présence sur place, l’infraction aux règles sanitaires et confirme avoir fait état de son immunité parlementaire aux policiers débarqués sur les lieux, car il n’avait pas de carte d’identité sur lui. Il nie avoir fait usage des drogues que les agents ont retrouvées sur place, au contraire de ce que confirme le parquet.

Pourquoi la péripétie sexuelle de Jozsef Szajer crée-t-elle un séisme politique en Hongrie?

«Lockdown partouze» dans le centre de Bruxelles: l’eurodéputé en cause est le Hongrois Jozsef Szajer, un poids lourd ouvertement homophobe du parti de Viktor Orban
Szajer avec Orban en 2009 à Berlin. BELGAIMAGE
L’attention des suiveurs de la politique européenne et hongroise, ainsi que des défenseurs des droits humains et LGBT +, a été attirée sur Jozsef Szajer dès ce dimanche. En effet, l’eurodéputé a annoncé sa démission ce 29 novembre. Et c’était à la surprise générale. Le membre du Parti populaire européen (PPE, centre-droit), avait aussi annoncé son retrait de la vie politique «pour raisons personnelles».

Le contexte est étonnant, celui d’une crise entre l’UE et Budapest. Plusieurs politiques menées en Hongrie par le parti nationaliste-conservateur Fidesz de Viktor Orban sont en effet combattues par les instances européennes pour leurs atteintes à l’État de droit. Jozsef Szajer est à ce titre l’une des chevilles ouvrière de la Hongrie d’Orban et de son parti, le Fidesz, dont il est membre depuis les débuts, en 1992.

«Un fardeau»

«Ma démission n’a rien à voir avec l’actuel débat politique animé au niveau européen. Dans ce débat, j’approuve et soutiens complètement la position du gouvernement hongrois», avait déclaré Jozsef Szajer dimanche encore. Il expliquait que la politique devenait pour lui «un fardeau de plus en plus lourd, et ceux qui sont sur le champ de bataille doivent être aptes au combat», ajoutant avoir l’intention de poursuivre sa vie publique «dans un registre intellectuel de plus long terme».

Pourtant, les révélations du parquet de Bruxelles apportent aujourd’hui un nouvel éclairage à cette démission. Il semble difficile en effet pour ce poids lourd politique ultraconservateur, député européen depuis l’adhésion de la Hongrie à l’Europe en 2004, de concilier sa fidélité à la ligne drastique de Viktor Orban tout en étant convaincu d’avoir participé à une «lockdown party» dans le quartier gay de Bruxelles, où les autorités policières et judiciaires révèlent n’avoir verbalisé que des hommes.

Sur Twitter, les opposants de Viktor Orban, dont de nombreux militants de la cause LGBT +, l’ont bien compris. Ainsi, on peut lire sur le réseau social que, «dans un pays normal, personne n’aurait à fuir par une gouttière pour ne pas être découvert dans un bar gay». Certains décrivent ainsi comme une «tragédie» ce qui pourrait n’être considéré que comme un banal fait divers dans d’autres circonstances. Ou d’autres pays.

Anti mariage et adoption pour les gays

Là où les choses se corsent pour celui qui fut dès 2011 président du comité de rédaction de la nouvelle Constitution de la Hongrie, c’est que ce texte est ouvertement homophobe. Le journaliste d’investigation hongrois Szabolcs Panyi indique ainsi ce 1er décembre sur Twitter que Jozsef Szajer «a personnellement réécrit sur son iPad la constitution hongroise pour y inclure cette ligne: “la Hongrie doit protéger l’institution du mariage comme l’union d’un homme et une femme”».

«Lockdown partouze» dans le centre de Bruxelles: l’eurodéputé en cause est le Hongrois Jozsef Szajer, un poids lourd ouvertement homophobe du parti de Viktor Orban
Szajer en 2010 avec Barroso, à Budapest. BELGAIMAGE
On dit aussi de l’ex-député européen qu’il est l’un des instigateurs de la récente proposition de loi hongroise bannissant l’adoption pour les couples de même sexe. Ou de la décision du gouvernement hongrois de ne plus baser la définition du genre que sur les chromosomes à la naissance, refusant de facto le droit à la reconnaissance des personnes transgenres.

On comprend donc pourquoi les événements bruxellois de ce week-end donnent donc un jour plus nuancé à ce CV plutôt ultradroitier construit par le zélé Szajer durant sa carrière. Ce qui fait dire à Florian Eder, journaliste à Bruxelles pour le média d’analyse politique européen Politico, que «peu importe qu’il s’agisse d’un gang bang ou d’une orgie “ordinaire”. ce qui compte, c’est que cette personne puisse vivre confortablement comme politicien dans une Bruxelles gay-friendly alors qu’il rend la vie des LGBT misérable chez lui», en Hongrie.

Dans un second communiqué, arrivé après la révélation de ses initiales par le parquet de Bruxelles, Szajer assure «regretter profondément cette violation des restrictions anti-Covid, c’était irresponsable de ma part. Je suis prêt à payer l’amende prévue dans ce cas». Il termine en disant présenter ses excuses «à ma famille, à mes collègues et à mes électeurs», parlant d’«un faux pas strictement personnel». Un «faux pas» qui sera diversement apprécié par les défenseurs de la cause gay et les maîtres à penser homophobes de Viktor Orban.