EXPLORATION URBAINE

VIDÉO | L’urbex comme art de vivre: les Silent_explorers dévoilent certains de leurs plus beaux trésors

Depuis leur rencontre dans une villa abandonnée, les Silent_explorers ont fait de l’exploration urbaine bien plus qu’une passion: un art, presque un mode de vie, avec respect et humilité. Alors qu'ils ont récemment décidé de partager leurs plus belles découvertes au grand public, nous les avons rencontrés pour évoquer certaines facettes d’une discipline qui, année après année, compte de plus en plus d’adeptes.

Dans le petit milieu de l’exploration urbaine («urbex», pour les initiés), on les connait sous le nom de Silent_explorers.

Régulièrement, ce couple belgo-suisse arpente les friches industrielles et manoirs délabrés de Belgique, de France, d’Allemagne ou même d’Italie. Leur but? Dénicher des bulles temporelles, c’est-à-dire des lieux abandonnés, là où le temps s’est arrêté. «Un endroit où la nature a repris ses droits sur la nature humaine», précise aussi le couple.

Plus qu’une passion, ces deux jeunes hommes ont érigé l’urbex en véritable art de vivre. Il faut dire que cette discipline - qui connaît un regain de popularité depuis quelques années - prend une place toute particulière dans leur histoire personnelle: «On s’est rencontré grâce à l’urbex, c’est vrai», sourient-ils de concert. Une rencontre qui, pour le coup, ne manque pas de sel: «Nous faisions de l’urbex chacun de notre côté et un jour nous avons décidé de nous rencontrer, de visiter un spot ensemble. Nous avons pénétré dans une maison où, une fois à l’intérieur, on a ressenti vraiment quelque chose de glauque. Il y a quelque chose qui clochait. Il devait y avoir quelqu’un d’autre à l’intérieur au même moment que nous. Bref, on ne s’est donc pas attardé et on a préféré filer. Sauf qu’une fois arrivés à la porte, un groupe de policiers nous attendait!»

On ne s’est pas attardé et on a préféré filer. Sauf qu’une fois arrivés à la porte, un groupe de policiers nous attendait!

Quelques explications plus tard - et le propriétaire du site injoignable, les Silent-explorers purent quitter les lieux, non sans un certain ouf de soulagement, mais avec une fameuse anecdote de rencontre à raconter!

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Cette discipline prend une place toute particulière dans leur histoire personnelle: « On s’est rencontré grâce à l’urbex, c’est vrai». Silent_explorers

Entre la recherche de sites, la planification des visites et l’exploration proprement dite, une passion chronophage

Depuis cette rencontre en tout point palpitante, le couple n’a jamais cessé de nourrir cette passion commune pour l’exploration urbaine. Mais cette passion a un coût: le temps! Et même beaucoup de temps: «En temps normal, lorsque les frontières sont ouvertes, on essaye de réaliser un week-end d’exploration complet par mois. Cela nous laisse la possibilité de visiter plusieurs spots.»

Et si le temps de l’exploration d’un bâtiment tourne habituellement «autour d’une heure» dans le chef de ces deux explorateurs, celui consacré à la recherche et la planification de toutes ces expéditions se révèle, lui, particulièrement chronophage.

«Il arrive parfois de tomber par hasard sur des spots. Quand on les voit depuis une route par exemple. Mais il s’agit souvent de coquilles vides. Ce qui est assez logique: lorsque le bâtiment est bien en vue, il renferme rarement les trésors que l’on peut trouver ailleurs. Du coup, on fait énormément de recherches avant de partir. On utilise par exemple beaucoup Google Earth ou Google Map. Une fois qu’on repère quelque chose, on fait des recherches pour voir si le bâtiment est abandonné, s’il est connu d’autres urbexeurs et ce genre de choses. »

On fait énormément de recherches avant de partir. On utilise par exemple beaucoup Google Earth ou Google Map.

Une communauté

Car les urbexeurs forment une petite communauté au sein de laquelle certains secrets ou bons plans peuvent parfois s’échanger.

«On est en contact étroit avec 4, peut-être 5 autres urbexeurs. Pas plus. Il s’agit vraiment d’une relation de confiance, on s’échange des informations sur les sites que l'on a pu visiter ou que l'on aimerait explorer. Après, on suit beaucoup de comptes Instagram d’urbexeurs, ce qui peut aussi nous donner des idées

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Les friches industrielles sont des décors très recherchés dans le milieu de l’urbex. Silent_explorers

Concurrence

Mais à la manière de ce qui se faisait autrefois lorsqu’il s’agissait d’investir des continents entiers inexplorés, une certaine forme de compétition peut parfois naître entre les différents urbexeurs.

«Mouais, ce n’est pas trop notre truc à nous, mais bon... Il nous arrive parfois de tomber sur un autre urbexeur dans un endroit que l’on découvre. En général, ça se passe bien.. »

Il nous arrive parfois de tomber sur un autre urbexeur dans un endroit que l’on découvre. En général, ça se passe bien.

Le respect comme valeur motrice: «Ne rien prendre si ce n’est des photos, ne rien laisser si ce n’est des traces de pas»

Pourtant, l’idée même de planter son drapeau sur un spot va à l’encontre de la discipline: «Fidèles aux principes qui régissent l’urbex “ Take nothing but pictures, Leave nothing but footprints ”, nous avons à coeur de rester discrets et silencieux pour préserver les lieux et assurer leur longévité.», précisent les Silent-explorers sur leur site.

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Tous ces lieux visités répondent essentiellement à deux caractéristiques: ils sont à l'état d’abandon - donc, par principe, inoccupés et en décrépitude - et... interdits d’accès! Silent_explorers

Il faut dire que tous ces lieux visités répondent essentiellement à deux caractéristiques: ils sont à l'état d’abandon - donc, par principe, inoccupés et en décrépitude - et interdits d’accès.

Hors-la-loi

«Car ce sont en effet tous des lieux abandonnés mais qui appartiennent à un propriétaire privé ou aux pouvoirs publics. Donc, oui, le fait de s’y introduire est en réalité illégal. Et c’est aussi l’une des raisons qui nous poussent à respecter scrupuleusement ces lieux. Nous avons comme principe de ne jamais rien devoir casser ou même forcer pour pénétrer à l'intérieur d’un site. Ça nous est déjà arrivé de faire six heures de trajet pour se rendre compte qu’il n’existe pas d’accès au site et de faire du coup demi-tour.»

Ça nous est déjà arrivé de faire six heures de trajet pour se rendre compte qu’il n’existe pas d’accès au site et de faire du coup demi-tour.

D’ailleurs, il arrive que certains lieux souffrent de la présence de certains urbexeurs. «La plupart sont respectueux, chose vraiment essentielle, mais il arrive parfois que certains lieux soient saccagés au bout d’un moment.» Et c’est d’autant plus vrai que certains sites deviennent parfois tellement réputés au sein de la de plus en plus vaste communauté d’urbexeurs que les incessants va-et-vient de ces explorateurs modernes attirent l’attention d’autres passants, nettement moins respectueux de règles qui font la noblesse de l’urbex. «Il y avait comme ça un château à l’abandon en France où, quelque temps après que nous l’ayons visité, le site s’est en quelque sorte transformé en parc d’attractions! Du coup, les jeunes du village ont commencé à s’y intéresser et à venir squatter les lieux

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Ces lieux de vie ont été désertés pour nombre d’entre eux du jour au lendemain. Silent_explorers

Il arrive aussi, et ce malgré la facette abandonnée de ces bâtiments, que certains ne soient pas tout à fait inoccupés. «Un jour, en Italie, alors qu’on était entré dans une église, on est tombé nez à nez avec un SDF qui avait élu domicile dans les ruines. On était tellement mal pris qu’on lui a donné tout ce que nous avions sur nous comme argent et nous sommes partis. Pas question dans ces cas-là de prendre des photos

Rendre vie aux vestiges découverts: l’autre dimension de l'urbex

La prise de photos est l’une des autres grandes caractéristiques de la discipline. Plus que pour fanfaronner sur les trésors débusqués, pour partager l’histoire et la beauté de certains de ces lieux: «C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer un site Internet. Contrairement aux réseaux sociaux comme Instagram où tout est axé essentiellement sur l’image, notre site permet de raconter notre expérience et l’histoire du lieu. Car les photos représentent ce que l’on a ressenti dans ces lieux.»

+ À DÉCOUVRIR | Le site web des Silent Explorers - URBan EXploration

Compte Instagram: @silent_explorers

Secrets d’histoires

Car une fois rentré d’une exploration et avant de se mettre en chasse d’un nouvel eldorado, le couple aime aussi faire des recherches plus approfondies lorsqu’un site l’a vraiment marqué. «On aime évidemment connaître l’histoire de ces lieux, savoir qui y a vécu, qui en sont les derniers occupants et ce genre de choses. Mais ce n’est pas évident. On ne perce pas tous les secrets, c'est ce qui fait la magie du truc.»

On ne perce pas tous les secrets, c'est ce qui fait la magie du truc.

Outre les friches industrielles, les manoirs délabrés ou les églises en ruine, les opportunités d’escapades ne manquent pas et offrent une palette très diversifiée de lieux à redécouvrir. Certains sites, devenus cultes, ont d’ailleurs établi leur réputation largement en dehors de la communauté. On pense au stade de football de Detroit (USA), à l’aéroport de Nicosie (Chypre) ou encore, plus proche de chez nous, le Fort de la Chartreuse (Liège). « Il y avait aussi le château de Noisy (+ revoir ici) qui était très connu des urbexeurs avant sa démolition. En Italie, nous avons pu aussi visiter plusieurs hôpitaux abandonnés. Dont un hôpital psychiatrique qui avait sévi jusque dans les années 70. Le lieu était glauque. L’expérience que l’on en retire est évidemment plus marquante qu’une simple demeure abandonnée...»

+ Découvrez quelques uns de leurs clichés dans la vidéo en tête d'article

Les k7 porno et la tarentule crevée

Si certaines expéditions offrent de magnifiques prises de vue au couple, d’autres réservent parfois de drôles de surprises. «Un jour que l’on visitait un pavillon dont la façade recouverte en partie par de la végétation sauvage avait attiré notre attention, on s’est retrouvé confronté à quelque chose de très particulier. Il y avait des cassettes vidéo porno partout sur le sol, des magazines... Derrière, dans une véranda, il y avait une volière qui avait été ouverte. Et un peu plus loin, un terrarium où une tarentule crevée gisait, probablement morte de faim. Beurk! C’est le genre d’expédition dont on n’a pas vraiment envie de montrer ensuite des photos... Le respect passe par une certaine forme d'auto-censure. »

VIDÉO | L’urbex comme art de vivre: les Silent_explorers dévoilent certains de leurs plus beaux trésors
Le temps s’est arrêté dans cette demeure à laquelle les Silent_explorers redonnent vie l’espace d’un cliché. Silent_explorers

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Une pratique illégale, en principe…

En Belgique, la loi est claire: personne ne peut entrer dans une propriété privée sans avoir eu l’autorisation préalable.

Une norme qui ne correspond pas vraiment à l’esprit même de l’urbex, car au plus le lieu est difficilement accessible, au plus il suscite de l’intérêt. Les urbexeurs sont conscients de frôler avec la légalité. «Mais on ne risque pas grand-chose, expliquait ainsi précédemment l’urbexeur belge Wunder. On repère d’abord les lieux, pour voir si on peut y entrer en toute sécurité. Et si on se fait attraper par un vigile ou par la police, on repart sans broncher.» Les urbexeurs partent du principe qu’une porte ouverte est un point de passage vers une nouvelle découverte. Mais le respect des lieux reste primordial. «On ne casse rien pour entrer et on n’emporte rien. Et pour protéger les lieux des pilleurs, on ne révèle jamais l’endroit. L’urbex connaît un effet de mode, et certaines personnes mal intentionnées en profitent pour nous faire du tort en taguant les murs ou en détruisant les lieux.» (Romain IZZARD)